Deux études parues récemment tentent de cerner l’évolution du comportement des Français en matière d’épargne. Conclusion : ils fuient massivement les produits risqués. C’est la conséquence de la crise de 2008, mais aussi de la frilosité de leurs conseillers financiers.

Repli vers l’épargne de précaution et crainte de se lancer dans de nouveaux projets : c’est en substance les principaux enseignements fournis par le baromètre Les Echos / La Banque Postale, dont la 14e vague a été publiée ce mercredi.

L’étude, réalisée par téléphone auprès d’un échantillon représentatif de 2.006 Français de plus de 18 ans, sonde leurs comportements d’épargne des trois derniers mois. Un sur deux a déclaré avoir mis de l’argent de côté au cours de cette période. Parmi les produits utilisés, le Livret A arrive largement en tête (56% l’ont abondé), devant le Plan Epargne Logement (33%), le Livret de développement durable, les livrets non réglementés et l’assurance vie (tous trois à 25%). Le PEA et le Compte Titres sont loin derrière, utilisés respectivement par 6% et 5% des personnes interrogées.

Le baromètre s’intéresse également à l’évolution de l’équipement des Français en produits financiers. Si les chiffres des livrets d’épargne (83%) et de l’assurance vie (43%) sont relativement stables depuis début 2007, les valeurs mobilières (actions, Sicav et FCP, obligations) ont connu un important décrochage en juin 2008, au moment de la crise des subprimes, puis de nouveau depuis octobre 2010, avec la crise de la dette dans la zone euro. Aujourd’hui, seuls 17% des Français possèdent ce type de produit, perçu comme trop risqué et incertain.

Inquiets, les Français semblent également remettre à plus tard leurs projets. Seuls 8% envisagent de souscrire un crédit dans les trois prochains mois. Majoritairement, ils considèrent que le moment est mal choisi pour acheter un logement, ou même une voiture. Ils sont par contre 86% à vouloir épargner.

Epargne binaire

La seconde étude, réalisée par l’Autorité des marchés financiers (AMF), parvient, par des voies différentes, aux mêmes conclusions. La cartographie 2011 de l’épargne des ménages révèle en effet une aversion croissante des Français pour le risque.

Ainsi, en 2010, le flux de placements des ménages vers les dépôts bancaires a atteint 30,6 milliards d’euros. Soit un peu plus de 10 milliards de plus que l’année précédente. Selon l’étude, cette tendance se serait encore accentuée en 2011, du fait de la remontée des taux, notamment du Livret A, et de la « course aux dépôts » ouverte par les banques pour s’adapter aux nouvelles règlementations en matière de liquidités. Dans le même temps, l’étude chiffre à plus de 20 milliards d’euros les cessions nettes d’OPCVM (Sicav et Fonds communs de placement).

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Conséquence : l’AMF constate un « renforcement récent du caractère binaire de l’épargne des Français », dont le patrimoine financier, évalué à 3.000 milliards d’euros, est composé à 47% d’assurance vie (très majoritairement en euros) et à 37% de dépôts bancaires. Un repli vers l’épargne garantie constatée également dans les autres pays de l’Europe de l’Ouest, même si la structure du patrimoine des Allemands, Italiens ou Espagnols apparaît plus diversifiée.

Frilosité des chargés de clientèle

Comment expliquer cet état de fait ? L’AMF évoque bien entendu les incertitudes liées au contexte de sortie de crise. Mais elle propose également une autre piste : les conseils fournis aux épargnants par les conseillers financiers ou les chargés de clientèle des banques.

Pour parvenir à cette conclusion, l’AMF a dépêché dans des agences bancaires des « clients mystère » avec deux profils d’investisseurs différents : un prudent, un plus dynamique. Elle a constaté que dans les deux cas, les chargés de clientèle leur proposaient très majoritairement de souscrire une assurance vie. Même lorsque le client mystère s’affirmait prêt à prendre quelques risques, le PEA était rarement proposé. Par ailleurs, le principal argument développé par les chargés de clientèle, avant les perspectives de gain, était les avantages fiscaux de l’assurance vie. Enfin, confrontés à des questions plus précises sur des produits plus rares, comme les trackers, les chargés de clientèle ont été, le plus souvent, incapables de répondre.