Que change, pour lemprunteur, le remplacement du TEG par le TAEG (1) au 1er octobre prochain ?
Laurent Quignon : « Les nouvelles modalités de calcul de ce taux global nauront aucune incidence sur le coût effectif du prêt immobilier. Cette évolution ninfluence en rien les mensualités, lassurance emprunteur, la garantie, etc. Seule la manière de calculer ce taux est modifiée. Le nouveau taux inclut de nouveaux types de coûts et passe dune logique proportionnelle à une logique actuarielle (2). Pour une même offre, le TAEG sera peut-être légèrement différent du TEG, mais lintérêt est que toutes les banques utilisent une même norme, désormais le TAEG, pour pouvoir comparer. »
Les banques faisaient déjà figurer un TEG. En quoi le passage au TAEG améliore la comparabilité des offres et simulations ?
L.Q. : « Avec le TEG, il pouvait y avoir de petites différences selon ce qui était inclus dans le calcul. Ce nouveau calcul renforce encore lharmonisation, mais il concerne davantage les marchés sur lesquels lhypothèque et les taux variables sont prépondérants, ce qui nest pas le cas en France. »
Cette évolution étant la conséquence dune directive européenne, y voyez-vous la volonté dinciter les Français à emprunter dans un autre pays de lUnion européenne ?
L.Q. : « En 2007, dans son livre blanc, la Commission affichait déjà sa volonté dintégrer le marché européen du prêt hypothécaire. Mais, dans les faits, cela reste très compliqué. La directive répond à des problématiques particulières qui concernent assez peu le marché français comme le calcul du TAEG dans le cadre des emprunts à taux variables et les emprunts libellés en monnaie étrangère. Par ailleurs, même si le TAEG sera bientôt la norme européenne, des spécificités nationales subsistent : les droits nationaux diffèrent en matière de garantie, de taxes sur les transactions, sans oublier la barrière de la langue. »
Concrètement, quels frais viennent sajouter dans le calcul du taux : les frais de tenue de compte et le coût de lévaluation du bien ?
L.Q. : « Oui. Ce sont les deux nouveautés. Ces frais étaient déjà payés par lemprunteur mais ils nétaient pas inclus dans le TEG. Limpact de la prise en compte du coût dévaluation sera relativement faible. En effet, dans un grand nombre cas, la caution mutuelle de type ''Crédit Logement'' remplace lhypothèque en France et il ny a pas de coût dévaluation. De surcroît, le coût dévaluation ne dépend pas de la banque, ce nest donc pas le critère qui permettra de discriminer les offres. Sagissant des frais de prélèvement ou de tenue de compte, là encore, de mon point de vue, cela naura quun impact très limité sur le taux. Dune banque à lautre, cela ne créera sans doute un écart que sur la troisième décimale du TAEG. »
Faut-il y voir une volonté gouvernementale de sattaquer à la domiciliation des revenus ? En intégrant les frais de tenue de compte dans ce calcul
L.Q. : « Il sagit dune initiative européenne et non gouvernementale. Le crédit immobilier est un produit de conquête clientèle pour les banques : le segment est très concurrentiel et ce nest pas un produit ''à marge''. Dès lors, il semble légitime que la banque qui octroie le prêt ait pour objectif de conserver ce client pour les autres aspects de la relation bancaire. Le client est dailleurs gagnant puisque, parmi dautres critères, cet objectif contribue à lobtention de bonnes conditions de crédit. La question des frais de prélèvement ne se pose finalement que dans lhypothèse où le client qui domicilierait ses revenus dans une banque A emprunterait auprès dune banque B. »
Ce taux annuel effectif global du prêt peut paraître compliqué. Nétait-il pas possible de faire plus simple pour aider à comparer ?
L.Q. : « Dans la comparaison des conditions des prêts immobiliers, lemprunteur se concentre souvent sur le taux nominal. Veiller à limiter le coût du financement est évidemment important. Toutefois, la comparaison ne doit pas porter uniquement sur le taux, surtout lorsque la fourchette de taux est très resserrée entre établissements. Il convient certes de sintéresser aux éléments quantitatifs, comme les frais de dossier, le coût de lassurance emprunteur mais pas seulement. Par exemple, certains éléments qualitatifs, comme les clauses du contrat de prêt permettant de reporter ou de moduler les mensualités, apportent une souplesse appréciable et peuvent justifier un coût un peu plus élevé. En revanche, dans un contexte de taux bas, la négociation des pénalités de remboursement anticipé, plafonnées à un semestre dintérêts, perd de son acuité. »
De votre point de vue, pour comparer deux simulations de prêt, les emprunteurs regarderont-ils le TAEG ou le taux nominal ?
L.Q. : « Le TAEG permet de comparer deux simulations de durée et montant identiques. Donc, en effet, à ce jour, dans la négociation avec la banque, lemprunteur se concentre souvent sur le taux nominal, pas le TEG. Or ladjonction des frais de tenue de compte ou dévaluation dans le TAEG peut ajouter de la complexité. Le taux nominal constitue déjà un bon élément de comparaison si lon examine chaque élément séparément par ailleurs. »
Au 1er octobre, une nouvelle fiche dinformation standardisée européenne fera aussi son apparition dans les offres de prêt. Justement pour résumer les éléments de comparaison
L.Q. : « Tout ce qui est de nature à améliorer linformation de lemprunteur constitue une avancée. Mais attention, parfois, lexhaustivité nuit à la bonne compréhension. »
Pour plus de détails sur les modalités de calcul : Un taux annuel effectif global comparable dans toute l'Europe ?
(1) Taux effectif global (TEG) et taux annuel effectif global (TAEG).
(2) Le TAEG est calculé directement sur une base annuelle, alors que le TEG se base sur un taux périodique, qui correspond plus généralement au mois.
















