Le taux annuel effectif global (TAEG) est un élément essentiel d'une offre de prêt. Il s'agit d'un taux qui intègre les intérêts et les principaux frais supportés par l'emprunteur lorsqu'ils constituent une condition pour obtenir le crédit. Il peut ainsi servir à comparer des offres différentes et ne doit ni être erroné, ni dépasser le taux de l'usure, sous peine de sanctions.
Sommaire
Qu'est-ce que le TAEG ?
Appelé « taux effectif global » (TEG) jusqu'en 2016, le taux annuel effectif global est un élément central d'une offre de prêt, car ce taux indique à l'emprunteur le coût total de son crédit. Défini par les articles L314-1 et suivants du Code de la consommation, il s'agit d'une mention obligatoire, commune aux crédits à la consommation et aux crédits immobiliers.
Comment est calculé le TAEG ?
Le TAEG est composé de tous les frais supportés par l'emprunteur qui constituent une condition pour obtenir le prêt. Ainsi, doivent être compris dans ce taux :
- les intérêts du crédit ;
- les frais de dossier ;
- les frais dus aux éventuels intermédiaires, comme un courtier ;
- le coût de l'assurance emprunteur et des garanties obligatoires (hypothèque, caution) ;
- les frais d'ouverture et de tenue d'un compte si celui-ci a été ouvert spécifiquement pour obtenir le crédit ;
- l'évaluation du bien immobilier, le cas échéant.
A contrario, tout ce qui n'est pas nécessaire pour souscrire le prêt sera exclu du calcul du TAEG. Ce sera le cas, par exemple, des assurances optionnelles sur les crédits à la consommation. Sont également exclus du calcul les frais de notaire (frais d'acquisition indépendants de l'opération de crédit), ainsi que ceux liés à un manquement au contrat de crédit (d'éventuels intérêts supplémentaires).
Il existe une abondante jurisprudence sur les éléments devant entrer ou non dans le calcul du TAEG/TEG.
TAEG et taux d'usure
Le taux annuel effectif global d'un crédit ne peut en aucun cas être supérieur au taux de l'usure. Ce dernier correspond au taux maximal qu'une banque ou un organisme de crédit peut accorder pour leurs crédits.
Ce seuil de l'usure est fixé pour chaque catégorie de financement (crédits à la consommation, crédit renouvelable, découvert...). Il est calculé chaque trimestre pour le trimestre suivant par la Banque de France, et est publié au Journal Officiel. Tous les financements aux particuliers sont soumis à la législation sur l'usure.
En janvier 2023, la Banque de France décidait, pour faire face à la hausse rapide des taux de crédits immobiliers et éviter un blocage du marché, de mensualiser le taux d'usure à partir du 1er février 2023 pour une durée de six mois. Fin juin 2023, elle prolongeait la mesure pour six mois supplémentaires. Le taux d'usure a ainsi été revu tous les mois jusqu'à la fin 2023. Cette mesure exceptionnelle a pris fin en décembre 2023, avec un retour au calcul trimestriel du taux d'usure à partir de 2024.
L'évolution du taux d'usure sur les 15 dernières années
Comment contester le TAEG ?
Les prêteurs doivent obligatoirement mentionner le TAEG dans toute la documentation en rapport avec le crédit qu'ils proposent : publicités, offres de prêt et contrat de prêt. Si l'établissement de crédit indique une mention erronée ou ne mentionne pas ce taux, l'emprunteur peut intenter une action auprès du tribunal judiciaire, qui se prescrit par 5 ans.
Point de départ de la prescription quinquennale
C'est la jurisprudence qui définit quel point de départ prendre en compte, selon le grief. Ainsi, s'agissant des prêts consentis à des non-professionnels, la prescription commence à courir le jour où l'emprunteur se rend compte de l'erreur, ou aurait dû en avoir connaissance. Pour les professionnels, en revanche, le délai part de la date de conclusion du contrat de prêt.
En cas d'absence de TAEG, le délai commence à partir de la date du contrat. Enfin, s'il s'agit d'un découvert, la prescription court de la réception des relevés de compte indiquant ou devant indiquer le TAEG appliqué.
Attention, il ne faut pas confondre cette prescription avec la forclusion de 2 ans en matière d'impayés sur les crédits à la consommation. Si un emprunteur cesse de rembourser son prêt personnel, son prêteur dispose de 2 ans à compter du premier impayé pour intenter une action en paiement à son encontre. Passé ce délai, l'action en justice n'est plus envisageable.
Les sanctions en cas de TAEG usuraire, erroné ou absent
Les actions pour dépassement du taux de l'usure et celle pour absence de TAEG (ou de TAEG erroné) ne sont pas exclusives l'une de l'autre.
En l'absence de TAEG ou lorsqu'il est erroné, deux sortes de sanctions civiles sont appliquées :
- La déchéance du droit aux intérêts : le prêteur perd le droit de percevoir des intérêts sur le crédit. Le juge peut appliquer cette sanction en totalité, ou seulement sur une partie des intérêts.
- La substitution au taux d'intérêt légal : le juge remplace le taux contractuel par le taux d'intérêt légal.
Dans les deux cas, l'application de la sanction est rétroactive, à partir de la date fixée par le magistrat (depuis la première échéance, généralement). Pour les intérêts jugés trop perçus, ils doivent être réimputés sur le capital restant dû ou faire l'objet d'un remboursement au taux d'intérêt légal, le cas échéant.
| SANCTION | DÉPASSEMENT DU TAUX D'USURE | TAEG ERRONÉ OU ABSENT |
|---|---|---|
| Sanction pénale | Emprisonnement de 2 ans et amende de 300 000 euros (L341-50 du Code de la consommation) | Amende de 150 000 euros (L341-49 du Code de la consommation) |
| Sanction civile | Les perceptions excessives sont imputées de plein droit sur les intérêts normaux alors échus et subsidiairement sur le capital de la créance. Si la créance est éteinte, les sommes indûment perçues doivent être restituées avec intérêt au taux légal (article L341-48 du Code de la consommation et L313-5 du Code monétaire et financier). | Déchéance du droit aux intérêts ou substitution du taux d'intérêt légal au taux d'intérêt contractuel. |
A compter du 20 novembre 2026, tout manquement à l'obligation d'afficher le TAEG ou tout affichage d'un TAEG erroné sera passible d'une amende administrative allant jusqu'à 150 000 euros pour une personne physique et 750 000 euros pour une personne morale. De plus, le maximum de l'amende encourue pourra être doublé en cas de réitération du manquement dans un délai de deux ans à compter de la date à laquelle la première décision de sanction est devenue définitive.
Le TAEG en présence de plusieurs prêts
Lorsqu'un plan de financement est constitué de plusieurs prêts (typiquement pour un financement immobilier), certaines dépenses doivent être réparties entre ces différents prêts, afin de faire ressortir un TAEG par prêt.
Par exemple, en cas de financement de l'acquisition d'un terrain et d'une construction, on peut dire que les frais d'inscription de l'hypothèque légale spéciale du prêteur de deniers concernent le terrain, et ceux de l'hypothèque concernent la construction. Mais lorsque le plan de financement est composé de plusieurs prêts de différents montants, on peut se demander lequel des prêts finance le terrain et lequel finance la construction puisqu'il faudra leur faire supporter le coût de la garantie correspondante.
Cela peut être une véritable difficulté pour déterminer le TAEG de chacun des prêts. Aussi, il convient d'être particulièrement prudent avant d'engager une action tendant à prouver que le TAEG mentionné au contrat est erroné. Il faut impérativement, au préalable, se faire communiquer par le prêteur la méthode de répartition qui a présidé aux différents calculs !
Petit historique du taux effectif global
- 1966 : instauration du taux effectif global en France par la loi sur l'usure n°66-1010.
- 1993 : création du Code de la consommation et transfert du TEG dans ce nouveau code.
- 2001 : le Code monétaire et financier intègre l'obligation de mentionner un TEG pour tous les crédits.
- 2010 : le TAEG devient obligatoire, à la place du TEG, pour les crédits à la consommation (loi Lagarde).
- 2016 : le TAEG devient obligatoire pour tous les crédits aux consommateurs (à la consommation ou immobilier) suite à la transposition de la directive européenne MCD.
- 2019 : le régime des sanctions civiles en cas de TAEG absent ou erroné évolue, avec une déchéance du droit aux intérêts fixée par le juge selon les circonstances.
- 2023 : le taux d'usure fait exceptionnellement l'objet d'une révision mensuelle.
- 2024 : retour au calcul semestriel du taux d'usure.
- 2026 : au 20 novembre 2026, la sanction en cas de TAEG absent ou erroné évolue et elle peut aller jusqu'à 750 000 euros pour une personne morale.
La calculatrice de TEG et le taux d'intérêt légal
Questions fréquentes
TAEG et taux d'intérêt nominal : quelle différence ?
Le taux d'intérêt nominal, ou taux débiteur, correspond au taux utilisé pour calculer les intérêts du prêt. Il ne prend pas nécessairement en compte l'ensemble des frais supportés par l'emprunteur. Le TAEG est plus complet : il intègre, lorsqu'ils sont exigés pour obtenir le crédit ou l'obtenir aux conditions annoncées, les intérêts ainsi que certains frais, commissions, coûts d'assurance et de garanties. Il est donc généralement supérieur au taux débiteur dès lors que des frais supplémentaires sont intégrés dans son calcul.
Que comprend le calcul du TAEG ?
Le TAEG intègre tous les frais obligatoires pour obtenir le prêt, notamment : les intérêts du crédit, les frais de dossier, les frais de courtage, le coût de l'assurance emprunteur, les garanties obligatoires (hypothèque, caution), les frais d'ouverture de compte liés au crédit, ainsi que les frais d'évaluation du bien immobilier le cas échéant.
En revanche, sont exclus du calcul du TAEG : les assurances optionnelles, les frais de notaire et les éventuels intérêts de pénalité liés à un manquement au contrat.
Quelle est la différence entre le TAEG et le taux d'usure ?
Le taux d'usure est le taux maximal légal qu'une banque ou un organisme de crédit peut appliquer. Le TAEG d'un crédit ne peut en aucun cas dépasser ce seuil, sous peine de sanctions pénales et civiles. Ce taux est fixé par catégorie de financement et calculé chaque trimestre par la Banque de France, puis publié au Journal Officiel.
À titre d'exemple, face à la hausse rapide des taux immobiliers, la Banque de France a exceptionnellement mensualizé le taux d'usure de février à décembre 2023 afin d'éviter un blocage du marché immobilier. Pour consulter l'évolution du taux d'usure sur les 15 dernières années, vous pouvez vous référer aux données historiques disponibles.
Quelles sont les sanctions en cas de TAEG usuraire, erroné ou absent ?
Il est nécessaire de consulter un avocat et d'agir en justice. Les sanctions sont à la fois pénales et civiles. Sur le plan civil, le juge peut prononcer la déchéance du droit aux intérêts (totale ou partielle) ou substituer le taux d'intérêt légal au taux contractuel. Ces sanctions sont appliquées de manière rétroactive, généralement depuis la première échéance du prêt.
Comment calculer le TAEG ?
Le TAEG est calculé à partir des flux financiers du crédit afin de déterminer un taux annuel qui tient compte du montant emprunté, des remboursements et des coûts entrant dans son calcul. Il ne suffit donc pas d'additionner le taux d'intérêt et les différents frais. Pour comparer des offres, il est recommandé de regarder le TAEG indiqué par chaque prêteur, calculé selon les mêmes hypothèses.
Pour calculer vous-même un TAEG, vous pouvez utiliser la calculatrice de TEG/TAEG disponible en ligne.
Carole-Anne CORNET
Diplômée dun Master de droit privé général, Carole-Anne se charge de la veille juridique, assure la mise à jour du site, assiste les journalistes... Lire la suite
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