La simulation réalisée par la banque vous séduit. Vous commencez à discuter constitution du dossier de crédit avec le banquier, quand soudain : « Donc, maintenant, pour lassurance habitation » Objectif du chargé de clientèle : vous vendre le contrat habitation aux couleurs de la banque. Evidemment, la conclusion dun prêt à lhabitat, à lorée dun déménagement, tombe à pic pour cette proposition commerciale. Sauf que cette « proposition » est formulée de façon plus ou moins impérative, et de façon plus ou moins insistante.
Pouvez-vous la refuser ? « Lassurance habitation nest pas mise en balance pour loctroi mais cest un élément très important de la négociation de taux », nuance Cécile Roquelaure, porte-parole du courtier Empruntis. Elle fait ainsi partie des « contreparties » pour obtenir un taux préférentiel, au même titre que le fait de souscrire lassurance emprunteur, rapatrier des comptes dépargne, domicilier ses revenus, acheter des parts sociales, etc. Certaines contreparties savèrent plus difficilement négociables que dautres. Ulrich Maurel, fondateur dImmoprêt, cite ainsi la domiciliation de salaire comme un « prérequis » alors que le contrat habitation est « un plus ».
Compliqué de jouer la montre !
Lassurance habitation nest généralement pas liée, contractuellement, au prêt immobilier. Laccord restera donc oral et la banque na aucun moyen de forcer son client à signer. Ce dernier peut-il donc espérer « jouer la montre », en promettent de prendre lassurance habitation mais en repoussant la signature du contrat ? Compliqué Car le délai dédition de loffre de prêt prend du temps, souvent plusieurs semaines. En cas daccord oral, le banquier va donc probablement chercher à conclure le dossier d'assurance habitation avant la signature de loffre.
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Multiplier les produits pour un même client
La cotisation annuelle dassurance habitation se chiffrant en centaines deuros, lenjeu peut paraître anodin pour la banque. Il est dordre stratégique : « Au niveau dun groupe bancaire, le poids de lassurance dommages reste souvent faible, à côté de limportance de lassurance-vie et de lactivité bancaire dans les bilans », reconnaît ainsi Marie-Catherine Sarraudy, directrice métier actuariat conseil dOptimind Winter. « En revanche, il sagit dun véritable élément de diversification : pour la banque, il est important de disposer de la plus large palette de produits possible, ainsi il sera plus difficile pour le client de changer détablissement principal. »
Et la donne a changé depuis le 1er janvier 2015 : dans le cadre de la loi Hamon, le changement dassurance habitation a été facilité. Plus besoin dattendre léchéance annuelle ou un déménagement : une fois passé le premier anniversaire du contrat, il est possible d'en changer à nimporte quel moment ! Les banques ont saisi loccasion et se montrent désormais bien plus offensives sur ce marché.
Les banques ont profité de la loi Hamon
Conséquence directe : les « bancassureurs » affichent les plus belles progressions, depuis 2015, en assurance habitation. Les banques sont ainsi « probablement les principales bénéficiaires » de la loi Hamon, comme le reconnaît Alexandre Muratet, responsable tarification IARD du cabinet Actuaris. « Toutefois, dans les bilans [des assureurs], tous les acteurs évoquent à la fois plus de départs et plus daffaires nouvelles » Bref, plus de « turnover ».
« Si les bancassureurs ont gagné des parts de marché, cest avant tout parce quils ont de plus nombreuses occasions de contact avec les clients », explique Marie-Catherine Sarraudy, dOptimind Winter. « Notamment lors de la souscription dun crédit immobilier ou dopérations en agences. La bascule est dautant plus aisée que le nouvel assureur se charge de toute la procédure de résiliation » de l'assurance habitation. La baisse quasi-ininterrompue des taux de crédit en 2015 et 2016 a soutenu ce phénomène : grâce à la loi Hamon, lors dun rachat de crédit, les banques ont pu proposer un changement immédiat dassurance habitation.
Où est le meilleur rapport qualité-prix ?
Comment les assureurs traditionnels réagissent-ils ? Ont-ils lancé des contre-offres ? Le sujet semble tabou : plusieurs assureurs mutualistes ont été contactés à ce sujet, aucun na voulu s'exprimer. « Pour éviter les départs, les assureurs tentent de jouer sur les programmes de fidélisation, et daugmenter la communication vis-à-vis des assurés », répond Marie-Catherine Sarraudy. « Lamélioration de la qualité de service ainsi que la digitalisation sont aussi des enjeux prioritaires : souscription et déclaration en ligne, gestion rapide des sinistres, etc. » Le souci, pour le client, cest que comparer lassurance habitation de sa banque avec celle de son assureur na rien dévident, à cause de garanties multiples et de tarifs peu lisibles « La qualité des assurances habitation des banques tend à saméliorer et à se rapprocher des produits traditionnels », affirme Alexandre Muratet, dActuaris. « Désormais, la différence se fait surtout sur les garanties spécifiques. » Couverture d'un bris de miroir, de la tondeuse, etc. Finalement, des détails.
Lélément déterminant reste donc le prix. Mais, là encore, difficile de dresser un tableau uniforme. Car la tendance est à la généralisation des tarifs différenciés, en fonction des précédents sinistres mais aussi en fonction de la détention d'autres contrats, d'une épargne en assurance-vie, etc. Une pratique de plus en plus plus « codifiée » selon Alexandre Muratet, qui constate que, « désormais, les tarifs incluent directement des remises commerciales » selon le profil du client.
Accepter pour mieux changer lannée suivante
Si elle a paradoxalement favorisé les banques, la loi Hamon permet aussi de changer dassurance habitation plus régulièrement. Ainsi, un emprunteur peut tout à fait accepter la couverture proposée par son établissement de crédit, par facilité. Puis comparer et changer, tranquillement, une fois le premier anniversaire du contrat passé.
Les tarifs de l'assurance habitation en hausse
En 2016, le cabinet conseil Actuaris a constaté une hausse de 2,5% de lensemble des tarifs dassurance habitation. Et prévoit une hausse similaire en 2017, tout comme le cabinet Optimind Winter. Marie-Catherine Sarraudy, directrice métier actuariat conseil de ce dernier, relativise cette augmentation : « Cela concerne la majorité des assureurs, du fait notamment des événements naturels (inondations, grêles, etc.) de 2016. »


















