Cest une petite musique qui monte. La fiscalité dérogatoire de lassurance vie est de plus en plus critiquée. Mercredi, la commission dexperts pilotée par Jean Tirole, prix Nobel déconomie, et lancien chef économiste du FMI, Olivier Blanchard, a rendu un rapport de 510 pages pour relever les défis économiques post-Covid. Mandatée par Emmanuel Macron, elle fait une série de propositions sur les retraites, lemploi ou le climat, à moins dun an de lélection présidentielle.
Les auteurs défendent par exemple la nécessité dune réforme globale des retraites sur la base dun système universel à points. Autre proposition phare : une refonte de limpôt sur les successions, qui se focaliserait sur les héritiers et non sur les donateurs, afin de résorber linégalité des chances, criante en France. En labsence dune réforme majeure à ce sujet, les auteurs suggèrent des améliorations au système en place.
« Les possibilités déchapper à limpôt sur les successions sont trop nombreuses dans le système actuel. Lexonération des assurances vie, plafonnée à 150 000 euros, et les taux généralement préférentiels qui sappliquent au-delà de ce seuil, en sont un des exemples les plus flagrants. Le taux préférentiel devient particulièrement attractif pour les héritages importants et lorsque ceux-ci ne sont pas en ligne directe. Cette exonération et le raisonnement qui justifie que lon favorise ce type dactifs par rapport à dautres (en particulier dautres investissements à long terme, plus sûrs) devraient être réexaminés. Les estimations actuelles suggèrent que les recettes seraient de 20% plus élevées sans cette exonération », souligne le rapport.
En savoir plus sur la fiscalité de lassurance vie en cas de décès
Supprimer le traitement fiscal différencié des contrats dassurance vie
Un récent dossier de lOCDE publié en mai fustigeait également le traitement fiscal actuel des contrats dassurance vie. Une position déjà adoptée par le passé. En 2019, un autre rapport de lOCDE estimait « opportun de supprimer le traitement fiscal différencié des contrats dassurance vie aux fins de limpôt sur les successions pour les contrats dassurance vie les plus importants. »
En février, une proposition de loi socialiste avait été déposée aussi pour réformer la fiscalité des droits de succession, justifiée par le développement des inégalités de patrimoine. Lexception de lassurance vie était là aussi clairement ciblée. Aujourdhui, les versements effectués avant les 70 ans de lassuré, ne font aujourdhui pas partie de sa succession à son décès. Ils bénéficient dune fiscalité réduite par rapport aux actifs successoraux, avec une exonération jusquà 152 500 euros.
| Versements effectués | Imposition |
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| avant 70 ans | Base taxable : ce sont les versements ainsi que les plus-values pour l'ensemble des contrats. L'imposition est faite selon la part de chaque bénéficiaire :
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| après 70 ans |
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« Le malentendu qui entoure la fiscalité des successions »
Cette réforme « achèverait » lassurance vie, aujourdhui plus que jamais productive et « rien de bon ne naîtra de la taxation punitive, si ce nest un mouvement de délocalisation », dénonçait alors lAfer, première association dépargnants en France.
Si le rapport Tirole-Blanchard a peu de chance dêtre suivi deffet dans limmédiat, il pourrait bien inspirer le programme des candidats à la présidentielle de 2022. Mais la tâche sannonce ardue à en croire la députée Christine Pires-Beaune, auteure de la proposition de loi socialiste, qui constate « la profondeur du malentendu qui entoure la fiscalité des successions et des donations, qui est rejetée par ceux même quelle épargne, et de loin, tant elle est surestimée ».
« Il est faux de dire qu'on paie beaucoup d'impôts sur l'héritage en France »




















