La Cour des comptes appelle l'Etat à entamer en 2023, sans précipitation, des efforts pour rétablir les finances publiques, en particulier via des réformes comme celles des retraites, des recommandations pas si éloignées des ambitions affichées par le gouvernement.

Dans un pavé de 200 pages, la Cour des comptes appelle l'Etat à entamer dès la sortie de la crise sanitaire des efforts pour rétablir les finances publiques. L'instance présidée par l'ancien ministre de l'Economie et commissaire européen Pierre Moscovici estime que l'année 2023 doit être celle des réformes, notamment du régime des retraites, mais aussi de l'assurance-maladie, des minimas sociaux, de la politique de l'emploi et du logement.

Sur les contours de la réforme, la Cour des comptes ne prend pas position mais « incite à prendre le temps, de crainte qu'une réforme précipitée ne fasse tomber la réforme », que ce soit un passage de la répartition au sytème par points ou un ajustement sur l'âge de départ, la durée de cotisation, ou le calcul de la pension. « On ne peut pas faire une réforme des retraites qui soit brutale », a jugé sur franceinfo Pierre Moscovici, plaidant pour la concertation avec les partenaires sociaux. « Il faut faire très attention à l'équité », indique le premier président de l'institution de la rue Cambon.

Ce qui rend la réforme des retraites inéluctable selon la Cour est qu'il n'y a aujourd'hui plus que 1,1 cotisant pour un retraité quand ce ratio était de 4 pour 1 dans les années 60. L'espérance de vie accrue conduit à des durées de versement de pension de 27 ans. De plus, la multiplication des départs anticipés est à crainde en cas d'allongement de la durée de cotisation. Ainsi, en 2018, seuls 63% des hommes et 52% des femmes avaient une activité professionnelle au moment de leur départ en retraite.

Un enjeu pour 2022

Avec ce rapport, qui avait été commandé en février par Jean Castex et remis mardi à Emmanuel Macron, le gouvernement continue d'engranger les propositions pour définir une stratégie de sortie de crise et de rétablissement des finances publiques. Néanmoins, il n'est pas certain que le chef de l'Etat et son gouvernement soient si patients dans la perspective de la présidentielle de 2022 et après avoir renoncé une première fois.

Interrogés la semaine passée sur le sujet, cette réforme des retraites est une « priorité » selon le ministre de l'Économie Bruno Le Maire et une « nécessité absolue » pour celui de la Santé et des Solidarités Olivier Véran. Les syndicats comme la CFDT, ou le patronat, ont souhaité que la question des retraites soit arbitrée après la présidentielle. Proche d'Emmanuel Macron et Haut commissaire au Plan, François Bayrou s'est aussi prononcé en ce sens. Dans le même temps, selon un sondage publié par Les Echos plus d'un Français sur deux ne souhaite pas une réforme des retraites avant l'élection du prochain locataire de l'Elysée.

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Depuis mars 2020, la France a déployé des moyens considérables et sa dette a gonflé pour atteindre 115,1% du PIB l'an dernier. L'effort sur le déficit doit donc débuter, écrit la Cour des comptes, « quand la crise sanitaire sera circonscrite et l'activité aura suffisamment rebondi. » La Cour ne donne pas de rythme précis, ni ne commente à ce stade l'ambition du gouvernement de ramener la progression des dépenses publiques à +0,7% par an jusqu'en 2027, ce qui permettrait de réduire le poids de l'endettement à partir de 2025. Elle plaide simplement pour qu'une trajectoire soit votée dans une loi de programmation à l'automne 2022.