En France, il y a bien longtemps que le-commerce nest plus un épiphénomène. Fin 2019, ce sont 40 millions de consommateurs, soit près de 80% des internautes, qui avaient déjà effectué des achats en ligne, selon les chiffres de la Fédération e-commerce et vente à distance (Fevad). Le montant des ventes sur internet continue ainsi à progresser rapidement : pour la première fois en 2019, le chiffre daffaires du e-commerce français a dépassé les 100 milliards deuros (103,4 précisément), en hausse de près de 12% en un an.
8 euros sur 10 payés par CB
Limmense majorité de cette somme (80,1% précisément, toujours selon la Fevad) a été payée, non pas avec un portefeuille électronique du type PayPal, conçu pourtant pour cet usage, mais avec une bonne vieille carte bancaire. Paradoxalement, vous êtes encore nombreux à ressentir une certaine inquiétude au moment de communiquer votre numéro de carte à un site marchand. A tort ou à raison ? Regardons les derniers chiffres disponibles.
Une fraude relativement marginale
Utiliser sa carte bancaire pour régler ses achats en ligne est-il effectivement risqué ? Pas tant que ça. Selon lObservatoire de la sécurité des moyens de paiement de la Banque de France, le taux de fraude - cest-à-dire le rapport entre les montants fraudés et les montants totaux dépensés avec ces moyens de paiement - des transactions effectuées à distance sur des sites français reste contenu : 0,173% en 2018, soit 1 euro fraudé pour 578 euros dépensés.
Cela peut paraître beaucoup par rapport au taux de fraude constaté dans les boutiques traditionnelles (0,010%, soit 17 fois moins !). La fraude sur les achats internet en France est pourtant celle qui baisse le plus franchement : elle est ainsi passée de 0,251% en 2014 à 0,210% en 2016 puis à 0,190% en 2017 et à 0,173%, donc, en 2018.
1,4 million de cartes fraudées en 2018
Restons toutefois vigilants ! Si un cybercriminel parvient à détourner vos identifiants de carte bancaire, il pourra être tenté de l'utiliser à l'étranger, dans les pays où les règles de sécurité sont moins contraignantes qu'en France. Le taux de fraude est ainsi multiplié par 3,5 (0,594%, soit un euro fraudé pour 168 euros dépensés) pour les transactions effectuées dans la zone SEPA (2), et par plus de 6,5 (1,168%, soit un euro fraudé pour 85 euros dépensés) hors de cette zone.
Globalement, le nombre de cartes bancaires françaises subissant au moins une transaction frauduleuse dans lannée reste en hausse : presque 1,4 million en 2018, contre 1,2 million en 2017 (+12%). Il sagit donc dêtre prudent. Le montant moyen de ces fraudes, lui, est de 70,50 euros en 2018.
Des progrès dans la sécurisation
La baisse continue de la fraude sur les paiements à distance confirme une chose : les dispositifs de sécurité progressent. Les outils danalyse des transactions, dabord, ces systèmes informatiques capables dévaluer le niveau de risque dune transaction selon ses caractéristiques, comme les habitudes du client, sa localisation géographique ou encore le matériel utilisé. Lauthentification forte ensuite, qui consiste à demander à lacheteur une preuve supplémentaire quil est bien le titulaire de la carte. Une deuxième étape qui permet de ramener le taux de fraude à 0,07%.
Le code SMS bientôt insuffisant
Le dispositif dauthentification forte le plus courant sappelle « 3D Secure ». Actuellement, il prend souvent la forme dun code à usage unique, reçu par SMS sur son mobile et qui permet de finaliser la transaction. Historiquement peu répandu chez les e-commerçants français - qui lui reprochaient (à tort) un taux déchec trop élevé -, ce mode de sécurisation a toutefois progressé au fil des années et était présent en 2018 chez 3 e-commerçants sur 4. Bientôt chez 100% dentre eux. Depuis septembre 2019, la réglementation européenne impose une généralisation de lauthentification forte, qui va devenir plus sophistiquée : le code SMS, pas assez sécurisé, nest plus suffisant selon les critères de lUE, et le recours à la biométrie (empreintes, forme du visage, voix, etc.) grâce aux capteurs embarqués dans les mobiles, devrait progressivement le remplacer.
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Une règlementation protectrice des usagers
Les banques planchent par ailleurs sur dautres dispositifs. Cest le cas, notamment, de la Société Générale, de BNP Paribas ou dOrange Bank, qui commercialisent des cartes bancaires à cryptogramme dynamique. Elles ont, il faut dire, tout intérêt à faire baisser le niveau de fraude. La réglementation est en effet très protectrice des usagers, et les contraint généralement à indemniser leurs clients victimes, parfois avec une franchise de 50 euros.
Un seul cas de figure permet aux enseignes de faire supporter au porteur lensemble du préjudice : lorsquelles parviennent à prouver, le cas échéant devant la justice, quil a fait preuve de manquements, intentionnellement ou non, dans la préservation des données de sécurité de sa carte bancaire. Une négligence souvent très difficile à démontrer.
A consulter : Comment obtenir une carte bancaire gratuite ?
(1) Paiements et retraits confondus, en point de vente physique ou à distance, en France et à létranger. (2) La zone SEPA comprend les 27 pays de lUnion européenne, ainsi que lIslande, le Liechtenstein, la Norvège, le Royaume-Uni, la Suisse, Monaco et Saint-Marin.





















