Si l’an dernier la fraude au moyen de paiement est restée « contrôlée à des niveaux faibles », les détournements de chèques et des paiements en ligne par carte ont progressé. Les gestes pratiques à mettre en œuvre pour débusquer les escrocs.

« Malgré ce qu’a imposé la crise du covid, les taux de fraude sont restés contrôlés à des niveaux faibles. Je rappelle que l’écosystème français est un des plus sûrs et les plus efficaces en Europe ». C’est avec ce satisfécit que le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a introduit sa présentation portant sur la fraude dans le cadre de la publication ce 6 juillet du rapport de l'Observatoire de la sécurité des moyens de paiement. En effet, le taux de fraude sur la carte bancaire est, notamment, resté presque stable à 0,068%, soit 1 euro détourné tous les 1 470 euros payés, alors même que le paiement sans contact, qui alimentait une certaine crainte de détournement, a explosé. Cet instrument de paiement a progressé de plus de 50% en nombre et a doublé en valeur pendant l’été 2020, note l’Observatoire.

Toutefois, dans le détail, d’autres indicateurs s’avèrent moins favorables. Après 7 années de repli, le taux de fraude sur les paiements par carte sur internet a légèrement augmenté en 2020, à 0,174%, soit 1 euro volé tous les 575 euros payés à distance. Si la montée en puissance en 2021 de l’authentification forte présage une embellie pour 2021, l'Observatoire de la sécurité des moyens de paiement, réalisé sous l’égide de la Banque de France, a néanmoins rappelé ce matin les bonnes pratiques pour éviter de tomber dans les pièges des escrocs.

Raccrochez votre téléphone au moindre doute

« Sur internet, les fraudeurs manipulent les porteurs de cartes pour les amener à mener des transactions à leur place, explique Julien Lasalle, chef du service de la surveillance des moyens de paiement scripturaux de la Banque de France. Il faut donc être vigilant et être capable d’identifier les cas où l’on se trouve dans une situation de détournement », poursuit-il. Les sollicitations impromptues, par e-mail, appels, ou via les messageries instantanées doivent déclencher un réflexe de méfiance. « Si vous ne reconnaissez pas l’interlocuteur au téléphone, même si vous connaissez le numéro qui peut être détourné, si vous ne reconnaissez pas votre conseiller, si la nature de l’échange est inhabituellement anxiogène, qu’on vous met la pression, surtout mettez fin à la conversation », préconise Julien Lasalle. Par la suite, si l’interlocuteur au bout du fil prétend être un employé de votre banque, contactez par le canal habituel votre conseiller bancaire pour vérifier qu’il s’agissait bien de lui et éventuellement alertez-le sur un risque de fraude sur votre compte bancaire.

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Ne communiquez jamais vos codes secrets

De plus, par téléphone ou e-mail d’ailleurs, ne communiquez jamais de données sensibles : code de carte, numéro de compte, login et mot de passe, code de paiement reçu par sms. « Aucun interlocuteur légitime dans une banque ne vous demandera ces informations », poursuit le chef du service de surveillance des moyens de paiements scripturaux. En outre le système d’authentification des achats en ligne passe le plus souvent par un code à rentrer sur l’application de votre banque. De fait, « si on vous demande de valider une transaction Cdiscount pour 150 euros sans que vous n’ayez passé commande, vous n’avez aucune raison légitime de valider cette transaction », illustre Julien Lasalle.

Les cartes à cryptogramme dynamique, bon outil de prévention ?

Ces dernières années, les banques ont lancé de nouveaux dispositifs de sécurisation comme les cartes bancaires à cryptogramme dynamique, dont le code change toutes les heures. Ce type d'équipement est ainsi proposé par la Société Générale et BNP Paribas moyennant 12 euros de plus par an se rajoutant à la cotisation normale de la carte.

Interrogé par MoneyVox sur la pertinence de cet outil, Julien Lasalle explique qu'il « a le mérite d’apporter un critère de vérification supplémentaire pour la validation d’une transaction. Seul, ce n’est pas un système d’authentification forte, mais il peut renforcer le système d’authentifiction et apporter une couche de sécurité supplémentaire. Les retours que l’on a des banques montrent que c’est très résilient contre la fraude. Maintenant c’est une technique qui a un coût et des contraintes technologiques qui la rendent donc délicate à généraliser ».

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N’encaissez jamais de chèques qui ne sont pas pour vous

Outre le paiement en ligne, l’an passé, les fraudes concernant le chèque ont sensiblement progressé. Le taux de fraude est ainsi passé de 0,066% en 2019 à 0,088% en 2020. « Cette progression résulte d’une baisse de la fraude en volume (-2%) mais qui est bien plus limitée que la baisse de l’utilisation du chèque (-25% en valeur). Pour la troisième année consécutive, le chèque est le moyen de paiement le plus fraudé en montant mais aussi en valeur absolue. Le chèque représente 42% en valeur, devant la carte à 37% alors que les paiements par chèque sont significativement moins importants », commente François Villeroy de Galhau. Plus précisément, 60% de ces escroqueries au chèque concernent des dépôts sur les comptes de chèques volés, falsifiés ou détournés, par le bais d’intermédiaires complices ou victimes.

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Les escrocs peuvent en effet jouer sur la corde sensible en sympathisant avec leurs victimes avant de leur demander d’encaisser un chèque à leur nom puis de leur virer la somme équivalente. Au début, tout semble normal, puisque la banque crédite bien le compte de la victime après l’encaissement du chèque ce qui lui permet de virer l’argent à l’escroc. Mais, plusieurs jours après, se rendant compte que le chèque était frauduleux, la banque annule le crédit du compte et incrimine alors la victime de malversation. Par conséquent, insiste Julien Lasalle, « il est important de ne jamais accepter un chèque qui ne vous est pas destiné. C’est à la fois illégal et le risque d’escroquerie est élevé ». Si vous êtes victime d’une arnaque de ce type, « il est important de porter plainte pour renseigner les forces de l’ordre afin de démanteler ces réseaux », poursuit le porte-parole de l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement.

Observez les chèques

En outre, quand on accepte un règlement par chèque par exemple lorsque l’on vend un objet sur internet, « il faut regarder le chèque, il ne doit pas être raturé, présenter des traces de gommage. Le moindre élément anomal doit attirer attention », ajoute Julien Lasalle. Il faut également vérifier l’identité du payeur et surveiller que son nom est le même sur la pièce d’identité que sur le chèque remis. En cas de doute, exigez de lui un autre moyen de paiement, comme l’argent liquide ou le virement instantané.

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