Moyen de paiement le plus perméable à la fraude, le chèque est dans le viseur de la Banque de France, qui cherche des solutions pour le sécuriser. Voici ce qu’elle demande aux banques de mettre en œuvre pour limiter les vols de chéquier, première source de fraude.

538 millions d’euros : c’est l’impressionnant total des sommes détournées l’an dernier suite à des fraudes sur chèques, selon le rapport 2020 de l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement (OSMP) de la Banque de France. Alors que l’usage du chèque a été considérablement ralenti par la pandémie (-26% en 2020 en nombre de transactions), ce montant est resté stable par rapport à 2019 et a surtout doublé depuis 2016, illustrant une évolution particulièrement sensible depuis cinq ans : le chèque, plus que tout autre moyen de paiement, fait le bonheur des fraudeurs.

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Dans le paysage au moins jusqu’en 2030

Face à cette dangereuse évolution, la Banque de France cherche des solutions. La plus efficace, sans doute, serait de faire disparaître les chèques, comme c’est déjà le cas dans de nombreux pays. Un scénario peu probable à court terme. En déclin depuis une vingtaine d’années, il reste encore largement utilisé, en France plus que n’importe où ailleurs : vous en avez encore signé 1,2 milliard en 2020, soit un paiement sur 20 hors cash, pour un montant total échangé de 614 milliards d’euros (1).

Pour une partie de la population, ses atouts - simplicité d’usage, gratuité, absence de plafonds - font encore oublier ses inconvénients. « En l’état actuel des choses et à défaut de nouvelles mesures, il est donc attendu que le chèque reste présent dans le paysage des moyens de paiement d’ici 2030 », annonce l’OSMP.

Le chèque trop fragile

En attendant une éventuelle mort du chèque, que faire pour stopper l’hémorragie ? Dans son récent rapport, l’Observatoire a planché sur la question. Pas une mince affaire : le chèque souffre en effet de multiples vulnérabilités face à la fraude. La principale : son incompatibilité avec les dispositifs d’authentification forte qui sécurisent de plus en plus souvent les paiements par carte bancaire ou par virement. « (…) Les fraudeurs déportent leurs attaques vers les instruments de paiement les moins sécurisés tel que le chèque, qui comporte certaines caractéristiques propices à la fraude comme son support papier ou l’absence de plafond dans son usage », note l’Observatoire. La fragilité du chèque n’est d’ailleurs pas seulement liée à sa nature matérielle. La baisse de son usage entraîne également une moindre vigilance des utilisateurs et un désinvestissement des banques dans la promotion des bonnes pratiques.

Face à ce constat, l’OSMP adresse dans son dernier rapport une série de recommandations. Certaines auront un impact direct sur vos habitudes, en tant qu’usager. À condition qu’elles soient mises en œuvre : leur réussite repose en effet sur les banques et leur bonne volonté. Voici, en résumé, ce que les banques devraient changer pour réduire la fraude, et notamment sa première source, le vol de formules vierges, qui a représenté 89% des cas en 2020.

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1. Envoyer les chéquiers en recommandé

Vous êtes de plus en plus nombreux à vous faire envoyer vos chéquiers à domicile. Parce que vous vous rendez de moins en moins souvent dans votre agence ou parce que vous êtes clients d’une banque en ligne. Ces envois par la poste constituent une opportunité pour les malfaiteurs, surtout lorsqu’ils se font par courrier simple. L’Observatoire appelle ainsi « les établissements bancaires à sécuriser par tout moyen l’acheminement des chéquiers par pli postal (…) ». Sous-entendu : de privilégier les envois en recommandé.

Autre nécessité pour les banques : permettre à leurs clients de réagir rapidement en cas de souci lors de l’acheminement. Plusieurs solutions pour cela :

  • les prévenir par SMS ou par courriel de l’envoi de leur chéquier ;
  • leur demander de confirmer en ligne que leur carnet est bien arrivé ;
  • se charger de la mise en opposition si ce n’est pas le cas, et ne pas tenir le client responsable de l’incident.

L’envoi gratuit en recommandé est rarissime

Pour être efficace, cette mesure nécessite un effort des banques. En effet, pour que les clients optent pour l’envoi en recommandé, celui-ci devrait être gratuit, ou au moins ne pas coûter plus cher que l’envoi en courrier simple. Or ce n’est absolument pas le cas aujourd’hui.

Actuellement, seules 3 banques, sur les 128 recensées par notre comparateur tarifaire, proposent ce service totalement gratuitement : Boursorama Banque, BforBank et Fortuneo. Elles ne sont que 14, par ailleurs, à ne faire payer que les frais postaux. Chez les autres, l’envoi en recommandé coûte en moyenne 7,17 euros, auxquels peuvent s’ajouter des frais postaux. C’est beaucoup plus cher que l’envoi en courrier simple, facturé 1,91 euro en moyenne et même gratuit dans 75 banques.

Envoi d’un chéquier à domicile : quel prix ?

2. Limiter le nombre de formules par chéquier

L’envoi du chéquier n’est pas la seule occasion pour les escrocs de subtiliser des carnets de chèque. Les vols peuvent aussi se faire à domicile, à l’occasion par exemple de cambriolages. Pour éviter ce cas de figure, mieux vaut emporter votre chéquier avec vous, surtout quand vous partez en vacances.

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Les banques ont également leur rôle à jouer. L’Observatoire leur demande de mettre en œuvre les mesures suivantes :

  • informer leurs clients sur le stock de formules en leur possession - c'est-à-dire le nombre de chèques encore inutilisés dans leur carnet - par exemple dans leur espace bancaire en ligne ;
  • proposer aux clients qui n’utilisent plus leur chéquier de détruire les formules anciennes et non utilisées ;
  • limiter le nombre de formules en leur possession, en évitant les renouvellements automatiques de chéquier et en adaptant le nombre de formules par carnet à l’usage réel de leur client.

3. Rendre les mises en opposition gratuites

En cas de perte ou de vol, il est crucial pour limiter la fraude que les chéquiers soient mis en opposition le plus vite possible. Or « les procédures de mise en opposition (…), qui sont encadrées par des dispositions législatives, supposent parfois un formalisme contraignant (par exemple, confirmation par courrier avec accusé de réception) qui est peu compatible avec [cet objectif] », explique l’Observatoire, qui demande aux banques de simplifier ces procédures : « Celles‐ci devraient être possibles via les espaces de banque en ligne et être adaptées à tous les profils. »

Ce n’est pas tout. Faire opposition sur un chèque ou un chéquier est rarement gratuit. Selon notre relevé tarifaire au 6 août 2021, seules 7 banques, toutes des banques en ligne (2), fournissent ce service gratuitement. Ailleurs, il coûte relativement cher : 16,60 euros en moyenne pour un chèque et 21,59 euros pour un chéquier. L’OSMP demande donc « aux établissements bancaires d’être attentifs sur les potentielles conséquences de ces pratiques tarifaires (…) », « afin [qu’elles] ne conduisent pas insidieusement les titulaires à renoncer à la mise en opposition ou bien à en demander la levée (…) ». Une manière, entre les lignes, de les encourager à renoncer à ces frais.

Combien coûte une opposition sur chèque, banque par banque ?

4. Sensibiliser les usagers

Une partie des recommandations de l’OSMP ne concerne pas directement les particuliers, mais plutôt les professionnels et commerçants acceptant les chèques comme mode de règlement. Il propose notamment d’élargir et de simplifier l’accès au Fichier national des chèques irréguliers (FNCI).

Autre levier : la sensibilisation. En même temps que son étude sur la fraude au chèque, l’Observatoire publie des supports de communication destinés à « alerter le grand public sur les risques d’escroquerie, comme l’encaissement de chèques pour le compte d’un fraudeur ». Des supports qui pourront être relayés par la Banque de France, dans le cadre de sa stratégie nationale d’éducation financière, mais aussi par les établissements bancaires.

En résumé : ce que les banques devraient faire contre la fraude

  • Envoyer systématiquement les chéquiers en recommandé, sans surcoût pour le client.
  • L’informer par SMS de l’envoi postal de son nouveau chéquier.
  • Se charger de faire opposition si le chéquier n’arrive pas dans les temps.
  • Cesser les renouvellements automatiques.
  • Adapter le nombre de chèques par carnet en fonction de l’usage réel du client.
  • Faciliter les mises en opposition et les rendre gratuites.
  • Alerter le grand public des risques grâce à une campagne de communication.

(1) Source : rapport 2020 de l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement de la Banque de France. (2) Groupama Banque, Orange Bank, ING, Boursorama Banque, BforBank, Monabanq, Fortuneo.