L'essentiel

  • Au premier semestre 2025, les fraudes bancaires par manipulation ont atteint 245 millions d'euros, une hausse de 37% par rapport à la même période en 2024.
  • Les fraudeurs utilisent principalement les virements bancaires en ligne, réalisés depuis l'espace bancaire mobile ou web de la victime, représentant 71% du volume de la fraude par manipulation.
  • Le virement est devenu le moyen de paiement générant le plus de fraude en valeur, notamment grâce à des stratégies efficaces basées sur la manipulation et l'usurpation de l'identité de conseillers bancaires.

On peut parler de flambée... Au 1er semestre 2025, les sommes volées sur les comptes bancaires à la suite de fraudes par manipulation ont atteint 245 millions d'euros, selon les chiffres dévoilés fin janvier 2026 par l'Observatoire de la sécurité des moyens de paiement (OSMP) de la Banque de France. La hausse est préoccupante : +37% par rapport à la même période en 2024. Cette typologie de fraude, où le malfaiteur contacte directement sa victime par téléphone et le manipule pour qu'elle valide ou effectue elle-même des paiements frauduleux, représentait 40% du volume total de la fraude, contre 32% en 2024.

Pour parvenir à leurs fins, les fraudeurs ont massivement utilisé le « virement banque en ligne », c'est-à-dire initié depuis l'espace bancaire mobile ou web de la victime. Au 1er semestre 2025, ce moyen de paiement représentait 71% du volume de la fraude par manipulation, contre 64,5% au 2e semestre 2024. A lui seul, il représentait 28% du total de la fraude, tous moyens confondus, début 2025, contre 21% en 2024. Conséquence : le virement est devenu le moyen de paiement générant le plus de fraude en valeur : 37%, contre 34% pour la carte et 20% pour le chèque. En 2024, sa part était seulement de 30%, contre 41% pour la carte.

Un scénario dominant

Résumons : au 1er semestre 2025, les fraudeurs ont massivement orienté leurs efforts vers un mode opératoire, la fraude par manipulation, et un moyen de paiement, le « virement banque en ligne ».

L'une des stratégies les plus courantes, car les plus efficaces, consiste à se faire passer pour un conseiller bancaire. Le scénario souvent décrit est le suivant :

  • la victime reçoit un coup de téléphone avec, parfois, affichage du numéro de votre banque ou de votre conseiller ;
  • l'interlocuteur se présente comme un employé du service fraude de sa banque. Il met en confiance sa victime en énumérant certaines informations confidentielles : son état civil, son adresse postale, son numéro de compte, voire son agence de rattachement ;
  • il la prévient que des opérations suspectes ont été repérées sur son compte ;
  • il l'enjoint à mettre votre argent en lieu sûr sur un compte dédié, dont il lui fournit l'IBAN, le temps que le service fraude sécurise votre compte.

Dans ce cas de figure, c'est la victime elle-même qui effectue le virement vers un compte tiers frauduleux. Dans un autre scénario proche, le fraudeur parvient à accéder à l'espace bancaire en ligne de sa victime, parfois après avoir pris le contrôle de son ordinateur à distance, et se contente de lui faire authentifier les opérations frauduleuses.

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« Les fraudeurs vont là où c'est le plus simple »

Comment expliquer le succès de ce type de fraude ? Avant tout par la promesse de gains plus importants. « Avec le virement, il est littéralement possible de vider un compte très rapidement. Avec la carte, on est très vite bloqué », détaille Geoffrey Laloux, Principal et sponsor du domaine Paiement chez Square Management. Cela se vérifie dans les chiffres : « Lors d'une fraude par carte, le préjudice est de 70 euros en moyenne, alors que par virement, on est à presque 3 000 euros ».

Le report vers le virement est d'autant plus compréhensible que la carte est devenu quasiment aussi difficile à frauder avec la généralisation d'un standard de sécurité : l'authentification forte. Une évolution qui a permis de diviser par deux le taux de fraude des paiements par carte sur internet. Celui-ci est passé de 0,250% (soit 250 euros volés pour 100 000 euros payés) en 2020 à 0,129% au 1er semestre 2025.

Dans le même temps, la situation s'est, au contraire, dégradée pour le virement « banque en ligne ». Son taux de fraude, bien qu'encore largement inférieur à celui de la carte sur internet, a été multiplié par six sur la même période, passant de 0,001% à 0,0059%. « Les voleurs sont des opportunistes », résume Geoffrey Laloux. « À partir du moment où la carte, notamment depuis qu'on a généralisé l'authentification forte, devient difficile à frauder, ils vont là où c'est le plus simple ». Et le plus rentable.