Et si la bourse pouvait être enseignée, comme le sont les maths ou le français ? Près dAix-en-Provence, Olivier Ravenel a créé en 2016 les Golden & Foxes, un club dinvestissement pour emmener ses étudiants à la conquête des marchés financiers. Lintérêt ? Prendre des décisions collectives, partager les bons conseils et mutualiser les risques. Mais pour les étudiants dOlivier Ravenel, cest surtout loccasion de mettre en application leurs cours de gestion et danalyse financière.
Olivier Ravenel, vous avez créé, au sein de létablissement dans lequel vous enseignez, un club dinvestissement pour enseigner la bourse à vos étudiants. Pourquoi, selon vous, est-il important déduquer les jeunes à linvestissement boursier ?
Olivier Ravenel : « En France, il y a un manque de culture financière. Quand jinterroge les jeunes, je me rends vite compte quà part leur Livret A ou leur Livret Jeune, ils ne connaissent pas grand-chose. Quand on leur parle de placements, cela leur semble nébuleux ou réservé à une élite. Cest particulièrement vrai pour la bourse, où il y a en plus une double méfiance : à la fois vis-à-vis du risque de perte en capital et dun monde de la finance qui ne jouit pas toujours dune très bonne image. Cest dommage, finalement, parce quen dépit des soubresauts, linvestissement boursier reste très attractif. Sur la durée, un portefeuille en actions bien équilibré rapporte 7-8% par an en moyenne. »
Un club dinvestissement, cest un groupe de personnes qui sassocient pour investir collectivement sur les marchés financiers. Précisément, il ne sagit pas dune association loi 1901, mais dune indivision volontaire de personnes physiques. Autrement dit, si le club comprend 10 membres contribuant à parts égales, chaque membre possède un dixième du portefeuille du club.
Quels sont les outils et les méthodes pédagogiques employés pour faire découvrir les arcanes de la finance à vos étudiants ?
O.R. : « Il y a un lien étroit entre les cours enseignés et les activités du club. Jenseigne par exemple une discipline qui sappelle lanalyse financière. Dans ce contexte, il marrive de choisir une entreprise cotée en bourse et de leur demander danalyser son compte de résultat, son bilan comptable, pour savoir si sa situation financière est saine, si elle est capable de dégager des profits, etc. A partir de là, les étudiants construisent leurs prises de décision. Ça peut être très carré avec les outils que jai mentionnés, mais ça peut aussi être de lintuition ou le simple bon sens. Lenvironnement dans lequel évoluent les entreprises est en mouvement perpétuel : il y a sans cesse de nouvelles opportunités et des menaces pour les entreprises. La question est alors de savoir quelles entreprises peuvent en profiter ou, au contraire, en pâtir. Assez spontanément ça leur permet dorienter leurs décisions. En ce moment par exemple, ils suivent de près les thématiques en lien avec le télétravail, lhygiène, la sécurité Ils ont notamment acquis au sein de leur portefeuille les actions de l'entreprise Orapi, qui fabrique des gels hydroalcooliques et des produits de désinfection. Cela leur a permis de faire une très belle plus-value. »
Concrètement, comment se passe linvestissement ? Vos étudiants achètent-ils de vraies actions ?
O.R. : « Pour commencer, je les incite à constituer un portefeuille virtuel pour se familiariser avec la bourse. Souvent, ils sont dailleurs surpris. Au départ, ils agissent dans la précipitation. Ils cherchent les titres qui montent énormément, en oubliant de prendre leurs bénéfices, ce qui déclenche rapidement des moins-values. Une fois quils sont plus à laise, nous passons sur un portefeuille réel, qui est alimenté chaque année par lorganisation dun petit jeu concours. A titre personnel, ils injectent très peu dargent. En 2016, ils ont investi 10 euros et actuellement, leur part vaut près de 60 euros. »
Ont-ils des a priori sur le monde de la finance lorsquils débutent ?
Cryptomonnaies : « une porte dentrée vers la bourse »
O.R. : « Oui, il y a une certaine méfiance autour du monde de la bourse qui reste finalement très méconnu des jeunes. Ils croient que ce nest pas fait pour eux, alors que cest faux. Jusquà lannée dernière, javais dailleurs un peu de mal à recruter. Mais cette année, on a eu un renversement de tendance, je nai jamais eu autant de succès ! Sur une classe de 25 élèves, jen ai 13 qui ont rejoint le club. Dhabitude cest plutôt 6. Donc, à mon niveau, jassiste à un intérêt croissant des jeunes pour la bourse. Jentrevois plusieurs facteurs pour expliquer cet engouement. Premièrement, le confinement. On a eu, en février-mars 2020 une chute brutale des marchés financiers qui, pour beaucoup de particuliers, a constitué une belle opportunité. En parallèle, les jeunes se sont retrouvés enfermés chez eux, et pour certains, la bourse est devenue un nouveau passe-temps. Enfin, il y a depuis déjà quelques années un fort intérêt des jeunes pour les cryptomonnaies. Je pense quun premier investissement dans les cryptomonnaies, de fil en aiguille, constitue une porte dentrée vers la bourse et des placements financiers plus complexes. »
Comment lEducation nationale pourrait-elle aller plus loin dans le développement dune culture économique et financière chez les jeunes ?
O.R. : « En soutenant ce genre dinitiative ! Les clubs dinvestissement existent depuis très longtemps. Cest quelque chose qui nous vient des Etats-Unis, au début des années 70. Mais le concept a du mal à vraiment se développer en France. Et cest dommage, parce que je trouve que cest le meilleur moyen dapprendre, dappréhender les risques sur les marchés financiers, et de prendre des risques mesurés dans un portefeuille collectif.
Les clubs dinvestissement ont connu leur heure de gloire dans les années 1980. Il y avait eu un regain dintérêt aussi dans les années 2000 avec la bulle internet. A lépoque, javais même dû refuser du monde parce que, pour des raisons juridiques, un club dinvestissement ne peut comprendre plus de 20 membres. Je me rappelle de réunions avec des queues devant la porte pour participer et entrer dans le club, cétait la folie ! La technologie ouvre aujourdhui de nouvelles perspectives pour les clubs dinvestissement : auparavant nous étions contraints dorganiser des réunions physiques, mais désormais les gens se rencontrent, sassocient et partagent leurs idées sur des forums boursiers ou sur les réseaux sociaux. Cest devenu beaucoup plus facile, même si la pratique reste assez méconnue du grand public. »
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Larrivée de fintechs comme BUX, Investr ou Robinhood, qui sefforcent de rendre la bourse plus accessible en sinspirant des codes du jeu vidéo, vous semble-t-elle bénéfique ou dangereuse pour un public jeune et néophyte ?
« Cest dangereux parce que les jeunes vont avoir tendance à se tourner vers les dossiers spéculatifs »
O.R. : « Ils facilitent laccès aux marchés financiers pour les jeunes, ce qui peut être une bonne chose. Mais cest aussi dangereux parce que spontanément les jeunes vont avoir tendance à se tourner vers les dossiers très spéculatifs. Ils ont le sentiment que cest très rémunérateur ce qui est potentiellement vrai mais oublient que cest également très risqué. Je pense notamment à lépisode du rachat des ventes à découvert sur laction Gamestop via la plateforme Robinhood [En début dannée, des légions de particuliers ont acquis des titres de la maison-mère de Micromania pour prendre de cours les fonds spéculatifs qui misaient sur la chute de la valeur de laction. La manuvre a marché puisquen quelques semaines laction Gamestop a bondi de 1 650%, passant de 20 dollars à 350 dollars, avant de rechuter presque aussi rapidement sous les 100 dollars, au détriment des investisseurs qui lavaient acquis à son apogée, ndlr]. Mais comme tout ce qui semble fabuleux il faut se méfier. Je fais souvent à mes étudiants un simple rappel mathématique : si vous chutez de 50%, derrière il vous faut une hausse de 100% pour récupérer votre investissement de départ. Alors commencez simple, investissez régulièrement avec des petites sommes dont vous navez pas besoin à court terme et allez vers des actions classiques avant de vous lancer vers des produits plus spéculatifs. Et surtout ne consacrez jamais plus de 5-10% de votre capital à ce type dactifs. »
Est-ce que le PEA Jeune est un produit intéressant pour initier les jeunes à lépargne financière ?
O.R. : « Dun point de vue fiscal, oui. Après moi je ny ai pas franchement vu de gros avantages. Je me suis renseigné pour ma fille qui vient davoir 18 ans et je trouve quil ny a pas vraiment dincitations supplémentaires de la part des banques. Par exemple, jai demandé sil y avait une offre tarifaire et ce nétait pas le cas. Cest peut-être spécifique à la banque à laquelle je me suis adressée, mais cest quand même un peu dommage. »
Le club d'investissement Golden Foxes du Pole Supérieur Saint Jean à Salon de Provence
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