Le solde de votre compte courant est mouvant ! Parfois dans le rouge, parfois nettement dans le vert. Comment votre banque utilise-t-elle cet argent qui fait sans cesse des allers-retours ? Voici le 7e épisode des « questions pas si bêtes » sur l’argent.

60 milliards d’euros, en plus, sur les comptes courants des Français depuis mars et le début de la crise sanitaire ! Un record. De très loin. A la fin août, 562 milliards d'euros s'amassent sur les comptes courants des particuliers, faute de placements (sans risque) affichant des rémunérations attractives.

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De l’argent pour prêter aux particuliers et entreprises

Que fait votre banque avec cette nouvelle manne financière ? Il est de notoriété publique que l’argent du livret A sert (en partie) à financer le logement social. Quid de l’argent des comptes courants, dont le solde est par définition instable ? Malgré les va-et-vient, votre banque l'utilise de la même manière que l’épargne que vous lui confiez sur les placements sécurisés : les livrets d’épargne (hors part des livrets A et LDDS confiés à la Caisse des dépôts), les plans épargne logement (PEL), les comptes à terme… En simplifiant (1), les sommes présentes sur ces produits d'épargne sans risque et sur les comptes courants servent à « financer l’activité de la banque, donc à prêter aux particuliers et entreprises », explique ainsi Cyril Blesson, économiste associé chez Pair Conseil.

L'argent de votre compte courant, non rémunéré, permet donc à votre banque de financer des crédits pour lesquels elle facture des intérêts aux emprunteurs. En théorie, voir les Français remplir leurs comptes courants est à la fois une bonne nouvelle pour le fonctionnement de l'activité économique, mais aussi pour les finances de votre banque qui financerait des crédits à moindre frais. Mais les taux bas compliquent fortement la donne...

Les taux bas chamboulent le schéma habituel

Actuellement les dépôts sur les comptes courants et sur les produits d’épargne grimpent en flèche, bien plus vite que la demande de crédits des entreprises et des particuliers. « Les encours de crédits sont toujours supérieurs aux encours dépôts de la clientèle mais moins nettement, explique Laurent Quignon, responsable économie bancaire de BNP Paribas. De sorte que la couverture des crédits par les dépôts a augmenté, et la nécessité de compléter le financement des crédits avec des ressources de marché, diminue ».

1 - Le schéma habituel

« Ressources de marché », quèsaco ? Au-delà de l'épargne des ménages et des entreprises, votre banque a aussi besoin de s'endetter sur les marchés financiers (2) pour prêter de l'argent à ses clients, dans un complexe jeu d'équilibre comptable. En temps normal, cet endettement a un coût, et cet argent « coûte » plus cher à votre banque que l'épargne et que l'argent des comptes courants. Bref, en temps normal, les liquidités sur les comptes courants seraient plutôt une bonne nouvelle pour la marge de votre banque.

2 - Le schéma actuel

Mais, avec les taux historiquement bas depuis plusieurs années, et avec la crise sanitaire, la période actuelle n'a rien d'habituelle ! Car les taux d'emprunt sont négatifs sur les marchés financiers. « Désormais, les ressources de marché sont moins coûteuses que les dépôts », insiste Laurent Quignon. Autrement dit, aujourd'hui, pour soigner sa marge, votre banque a plutôt intérêt à emprunter sur les marchés qu'à emmagasiner de l'argent sur les comptes courants, et ce même si ces comptes courants (non rémunérés à la différence des PEL ou livrets) ne lui « coûtent » rien. Le monde à l'envers !

Les banques ne profiteraient-elles tout de même pas de cette situation ? D'un côté, les ressources (endettement sur les marchés et dépôts record) ne coûtent « rien » voire rapportent de l'argent. De l'autre, elles réclament des intérêts d'emprunt aux particuliers et entreprises qui signent un crédit. Une aubaine ? Non, coupe Laurent Quignon : « Ce qui est gagné d'un côté est perdu de l'autre », la faute à des taux bas qui rendent les prêts (conso, immo, aux PME...) peu rentables pour les banques, ces dernières voyant leur marge fondre en 2020...

Trop d'argent sur les comptes courants, pas assez de crédits

Pire : il ne faudrait pas non plus que les dépôts des clients finissent par dépasser les flux de crédits. Car un surplus obligerait les banques à replacer cet argent à taux négatif. A perte, donc. En clair : dans le contexte de taux d’intérêt négatif, votre banque n’a aucun intérêt à ce que votre compte courant atteigne des sommets. Pour éviter les dépôts record, certaines banques européennes vont jusqu'à taxer les dépôts. C'est déjà le cas en France mais uniquement pour une poignée de riches clients de banques privées.

Ce qu’il faut retenir

Votre banque utilise l’argent que vous laissez sur votre compte courant de la même manière que votre épargne placée sur les livrets (non réglementés) ou plans épargne logement. En simplifiant la très complexe comptabilité bancaire, votre banque s’en sert avant tout pour prêter aux entreprises et autres clients particuliers. Mais, actuellement, les comptes courants sont trop garnis, et cela n'est pas une bonne nouvelle pour la santé financière des grandes banques.

(1) La banque gère son bilan (actif/passif) de façon globale : les ressources que constituent les dépôts ne sont donc pas entièrement fléchés vers les crédits, mais il s'agit d'une des ressources permettant à la banque d'octroyer des crédits à d'autres clients.

(2) Les banques s’endettent sur les marchés obligataires et monétaires notamment, pour gérer leur trésorerie.