Les pièces de 1, 2 et 5 centimes d’euros encombrent bien souvent les poches des consommateurs qui ne savent plus où les dépenser et les oublient. La jeune entreprise Centimeo a trouvé la solution : elle vend des produits de grande consommation au sein de distributeurs qui acceptent ces pièces rouges, son but étant de réintroduire les pièces perdues dans le circuit économique. Benjamin Dupays, le jeune fondateur de Centimeo, nous présente son activité. Interview.

Benjamin Dupays, comment est née votre entreprise, Centimeo ?

« L’idée est née il y a six ans : je suis numismate [collectionneur de pièces de monnaie, ndlr] et je me suis aperçu, à cette époque, que les pièces de 1, 2 et 5 centimes étaient complètement laissées à l’abandon. En creusant un peu, je me suis rendu compte que 80% de ces pièces sortaient du circuit parce qu’elles n’étaient pas utilisées par les consommateurs alors qu’elles coûtent très cher à l’Etat. Je me suis dit que c’était une opportunité pour créer Centimeo et pour exploiter ce moyen de paiement complètement inutilisé. » 

Combien coûtent ces pièces rouges ?

« Elles coûtent plus cher à frapper que leur valeur faciale, c’est-à-dire qu’une pièce de 1 centime va en coûter 4 à produire, une pièce de 2 centimes 5 centimes et une pièce de 5 centimes entre 5 et 6 centimes. Et ce coût est d’autant plus important que ces petites pièces font encore l’objet d’une frappe massive, puisqu’elles se perdent, alors que les autres pièces sont aujourd’hui très peu produites car elles se recyclent naturellement dans l’économie. » 

Combien de pièces rouges sont en circulation actuellement en Europe ?

« En Europe, il y en a 60 milliards, ce qui représente 1,3 milliard d’euros. Chaque année, on en frappe 800 millions en France, c’est donc une masse de pièces qui augmente de manière assez conséquente tous les ans. » 

Pourquoi cette « mitraille » disparaît-elle de la circulation ?

« Il y a trois raisons majeures. La première est connue de tous : ce sont les consommateurs qui les gardent chez eux, qui les accumulent dans des pots ou les laissent dans le fond de leurs poches. C’est un comportement qui est difficile à quantifier, mais qui est très courant. L’autre explication est celle des touristes étrangers qui, lorsqu’ils viennent en France, récupèrent des pièces qu’ils ne peuvent pas échanger dans des bureaux de change et repartent avec. Le dernier phénomène, mesuré comme étant le plus important, est imputé aux commerçants de grandes surfaces et d’autres magasins. Ces professionnels remontent la monnaie qu’ils touchent à leur banque ou à la Banque de France via des convoyeurs de fonds qui leur facturent le transport. Mais ils rechignent à faire remonter les petits centimes qui n’amortissent pas le coût du camion. En effet, ils ont plus intérêt à y mettre des billets de 500 euros ou même des pièces de 1 ou 2 euros. Par conséquent il y a un grand nombre de pièces rouges en train de dormir dans les caisses de la grande distribution. » 

Quelle solution propose Centimeo ?

« Une solution très simple : nous proposons des distributeurs automatiques de produits de très grande consommation, le chewing-gum à l’unité et le gel antibactérien en monodose, qui acceptent les centimes (1). Nos machines sont installées dans des espaces de grand flux, tels que les centres commerciaux, les hôpitaux, les universités, les cafétérias d’entreprise et bien sûr les transports publics. Nous sommes essentiellement présents en région parisienne mais nous développons également notre activité dans l’agglomération lilloise. Aujourd’hui, nous disposons d’un parc de 105 distributeurs, nous devrions en avoir 300 d’ici juin et nous en espérons entre 700 et 800 d’ici la fin de l’année. » 

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Vous réussissez à gagner de l’argent avec uniquement des petits centimes ?

« Nous proposons des produits moins chers qu’en magasin - les trois quarts de nos chewing-gums sont vendus 5 centimes l’unité et la dose de gel antibactérien est vendue 10 centimes - qui attirent entre 8.000 et 10.000 clients par jour. De plus, ce sont des produits très margés. » 

Que faites-vous des pièces récoltées ?

« Nous en faisons deux choses : la moitié d’entre elles est déposée dans notre agence bancaire. Nous reversons l’autre moitié à notre partenaire, le Crous (2) de Paris, qui gère les restaurants universitaires dans lesquels le repas étudiant est à 3,15 euros. L’institution fait face à un vrai problème de petite monnaie car ces pièces lui coûtent cher, puisqu’elle est obligée de les faire venir par des convoyeurs de fonds. Grâce à nos distributeurs présents dans les restaurants universitaires, nous simplifions le circuit. » 

Avez-vous essayé de recycler vos pièces rouges auprès de la Banque de France ?

« Nous sommes entrés en contact avec la Banque de France mais nous ne travaillons pas ensemble car elle n’a pas de politique de subventions pour le recyclage des pièces rouges. De plus, notre objectif est de réintroduire ces pièces dans le circuit économique par nos propres moyens. L’ambition à long terme de Centimeo est de pouvoir bénéficier d’une mission de service public dans le cadre de la gestion logistique et de la distribution des petits centimes. »

(1) Les distributeurs de Centimeo acceptent les pièces de 1, 2, 5, 10, 20 et 50 centimes et ne rendent pas la monnaie. Les machines récoltent entre 80% et 90% de pièces rouges.

(2) Centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires.