Les Britanniques peuvent désormais payer sans contact avec leur carte bancaire jusqu'à 100 livres sterling, contre 45 auparavant. Devrait-on aussi envisager un relèvement en France, par exemple à 100 euros ? Voici de quoi alimenter le débat.

30 puis 45 puis 100 livres sterling. En un an et demi, le plafond du paiement sans contact a été multiplié par trois au Royaume-Uni. En France, ce plafond est passé de 20 à 30 euros en 2017, puis de 30 à 50 euros en mai 2020, comme dans la plupart des pays européens. D'abord réticentes, les banques françaises avaient fini par céder sous la pression, lorsque le paiement sans contact a été érigé en geste sanitaire anti-Covid.

Le passage à 50 euros a-t-il été un succès ?

Clairement, oui. Entre 2019 et 2020, le nombre de paiements sans contact en magasin a progressé de près de 38%, selon CB (1). En 2020, ils ont représenté 4,6 milliards d'opérations, soit près de 46% de l'ensemble des paiements par carte. La tendance semble s'être encore accentuée depuis. Au 2e trimestre 2021, le sans contact est en progression de près de 72% par rapport la même période de 2020, alors que les paiements par carte, au global, ne progressent que de 31%. Ce sont désormais 70% des paiements de 50 euros et moins en points de vente qui se font sans contact : 75% des achats de 30 euros et moins, et 51% de ceux compris entre 30 et 50 euros.

En résumé, le paiement sans contact a explosé depuis le déclenchement de la crise sanitaire et le relèvement y a clairement joué un rôle.

Quels sont les avantages attendus d'un relèvement ?

Annoncé en mars dernier et mis en œuvre le week-end dernier, le passage de 45 à 100 livres au Royaume-Uni a un objectif : faciliter les achats des consommateurs dans les commerces de détail, « pour protéger les emplois et stimuler la croissance », expliquait en mars Rishi Sunak, le chancelier de l'échiquier, équivalent britannique du ministre des Finances.

On l'a vu, cela a été le cas en France lors du relèvement à 50 euros. Rien n'indique pourtant que cela se reproduirait. Et ce pour une raison simple : les achats par carte de plus de 50 euros sont beaucoup plus rares que ceux compris entre 30 et 50 euros. En 2019, selon la Banque de France, le montant moyen d'un paiement par carte était ainsi de 41 euros, contre 513 euros, par exemple, pour le chèque. « Le passage à 50 euros a été un succès car il a permis au paiement sans contact de couvrir le panier moyen », confirme Nicolas Miart, directeur du conseil chez Galitt. « Je ne pense pas qu'un nouveau relèvement aurait le même effet. »

Un relèvement en France est-il d'actualité ?

A court terme, non. Tout simplement parce que la réglementation européenne ne le permet pas. Plus précisément la directive révisée sur les services de paiement (DSP2), entrée en vigueur en France en 2018. Le texte étend, par défaut, l'authentification forte à tous les paiements. Il prévoit une dérogation pour les paiements sans contact en points de vente, mais dans la limite de 50 euros par achat, et de 150 euros consécutifs en cumulé.

C'est donc le Brexit qui a permis au régulateur britannique de décider de ce relèvement, en soustrayant le Royaume-Uni au cadre européen. Pour en faire de même en France, il faudra attendre une nouvelle révision de la directive sur les services de paiement, qui finira par arriver, mais sans doute pas avant plusieurs années.

Y a-t-il une demande des consommateurs pour une telle évolution ?

Un récent sondage commandé par Fortuneo indique que 76% des personnes interrogées sont satisfaites du plafond actuel de 50 euros, contre 11% seulement qui le trouvent trop bas. Quand bien même ils se sont emparés massivement de la possibilité du sans contact, les Français ne semblent donc pas appeler au changement. D'autant que selon le même sondage, ils ne sont encore que 36% à savoir que le plafond actuel est de 50 euros.

Au Royaume-Uni, le relèvement ne semble pas avoir été décidé pour répondre à la demande des usagers. « Il s'agit avant tout d'une décision politique », estime Nicolas Miart, « une manière pour la Grande-Bretagne de marquer sa nouvelle indépendance vis-à-vis des règles européennes ». Certains consommateurs semblent même plutôt inquiets de ce relèvement. Pour les rassurer, la néobanque britannique Starling a, par exemple, développé une fonctionnalité permettant d'abaisser ce plafond, le cas échéant jusqu'à zéro, notait récemment le blog C'est pas mon idée.

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Y a-t-il une demande des commerçants ?

Pas vraiment. « Il n'y a pas de demande explicite en ce sens. La priorité des commerçants est plutôt d'uniformiser le geste du paiement », explique Jean-Michel Chanavas, délégué général de Mercatel. C'est-à-dire ?

Ce qui gêne avant tout les commerçants, c'est en effet surtout les ruptures d'expérience introduites par le sans contact. En clair, que leurs clients soient contraints alternativement de poser la carte, pour payer sans contact, ou de l'insérer, si une authentification est nécessaire. Parfois même de faire les deux à suivre, si le paiement sans contact échoue.

Ils militent donc pour l'abandon de l'insertion de la carte. Poser sa carte sur le terminal deviendrait le geste unique. Ensuite, selon le montant de l'achat et la politique de risque de l'émetteur de la carte, le paiement se fait avec ou sans authentification. La technologie permettant cette harmonisation existe et s'appelle le « PIN Online ». Selon Nicolas Miart, l'ensemble de la place des paiements y travaille déjà. Il faudra toutefois attendre « quelques années » avant qu'elle n'arrive dans les points de vente, annonce le porte-parole de Galitt.

Le relèvement entraîne-t-il un risque accru de fraude ?

C'est peu probable. En France, le taux de fraude du sans contact par carte bancaire est très faible et continue de baisser, malgré le relèvement de 30 à 50 euros : 0,013% en 2020, contre 0,019% en 2019, selon l'Observatoire de la sécurité des moyens de paiement de la Banque de France.

Certes, doubler encore ce plafond pourrait, en théorie, augmenter le montant des préjudices subis, et donc ce taux de fraude. Il existe toutefois des parades. « Au Royaume-Uni, des règles de blocages ont été mises en place par Visa, qui équipe l'immense majorité des porteurs », explique Nicolas Miart. « Elles permettent de déclencher une demande d'authentification, par exemple, en cas d'usage récurrent inhabituel de la carte en sans contact. »

Comment obtenir une carte bancaire gratuite ?

(1) Groupement des cartes bancaires CB, GIE pilote le schéma français de paiement par carte.