Fin novembre, le groupe Société Générale dévoilera son plan d'attaque pour fusionner au sein d'une nouvelle entité sa banque de détail avec sa filiale, plus haut de gamme, le Crédit du Nord. Quelles conséquences peut avoir cette bascule sur les clients actuels ? Eléments de réponse.

Le 23 septembre dernier, la Société Générale a officialisé sa volonté de rapprocher sa banque de détail avec sa filiale le Crédit du Nord, mettant ainsi un terme aux rumeurs grandissantes. Ces dernières évoquaient d'ailleurs plutôt une absorption du Crédit du Nord dans le réseau Société Générale. Mais, ce n'est finalement pas cette piste qu'a retenue la direction du groupe bancaire, préférant créer une nouvelle entité.

« L’étude du rapprochement de nos deux réseaux aux forces et expertises très complémentaires vise à créer une nouvelle banque de détail en France de premier plan, forte de ses 10 millions de clients, alliant ancrage dans les territoires et efficacité technologique [...] », soutient Frédéric Oudéa, directeur général du groupe Société Générale. Les conclusions de cette étude, dirigée par Sébastien Proto, nouvellement nommé à la tête de la banque de détail en France, seront rendues d'ici fin novembre.

Une transition sur 2 ans

A l'heure actuelle, on ignore donc presque tout des modalités pratiques de ce rapprochement. « Aujourd'hui, la direction de la banque a juste informé les représentants syndicaux du lancement de cette étude. Mais au regard du calendrier rapproché présenté, on a peu de doute sur la tenue effective de cette fusion », explique à MoneyVox Frédéric Guyonnet, président national du SNB CFE-CGC, syndicat majoritaire du secteur.

Une fois l'étude de faisabilité livrée et validée, « la transition va s'étaler sur 2 ans », nous explique Nicolas Gronier, délégué syndical national du Crédit du Nord, et elle commencera par la fusion des systèmes informatiques. Cette mission sera périlleuse. « Il y a quelques années, la Société Générale et le Crédit du Nord avaient déjà essayé de créer un outil informatique avec un tronc commun, au travers d'un programme baptisé Convergence, mais cela a capoté à cause des spécificités propres à chacun des deux réseaux », se rappelle Nicolas Gronier.

En effet, ces deux banques de détail s'adressent à des clientèles très différentes. Fort de 2,4 millions de clients et de 8 200 salariés, le groupe Crédit du Nord, via ses 9 banques régionales, cible une clientèle aisée, composée d'entrepreneurs régionaux, sensible à l'ancrage territorial de ce groupe. De son côté, le réseau Société Générale, avec ses 7,3 millions de clients pour 20 700 salariés, est plus généraliste.

Changement d'identifiants bancaires

Logiquement, les offres de ces deux enseignes sont très différentes. « Même si nous sommes filiale à 100% de la Société Générale, nous avons notre propre catalogue avec notre propre tarification. Aujourd'hui, on travaille avec des produits Société Générale pour nos assurances habitation et auto, nous détaille Nicolas Gronier. En revanche, sur les autres produits bancaires, nous sommes autonomes. Que fera-t-on des anciennes assurances vie par exemple ? La nouvelle entité conservera-t-elle nos deux gammes de contrats ? [Les assurances vie du Crédit du Nord sont assurées par sa filiale Antarius et ceux de la Société Générale pas Sogecap, ndlr]. Cest sûr qu'il y aura des changements pour les clients, mais à ce jour, on ignore à quel point », se questionne ce représentant syndical du Crédit du Nord.

Le point de friction majeur pour le client sera le « reribage », estime Nicolas Gronier. « Forcément les clients existants devront signer une nouvelle convention de compte, changer de numéro de compte, donc de relevé d'identité bancaire (RIB), voire de carte bancaire et de chéquier », nous explique-t-il.

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En 2012, BNP Paribas a été confrontée à une problématique proche lorsqu'elle a fusionné son réseau implanté en Bretagne et sa filiale locale la Banque de Bretagne. Les clients des deux banques ont été progressivement rééquipés en moyens de paiement, cartes et chéquiers et les anciens clients de la Banque de Bretagne ont conservé leurs conditions tarifaires, expliquait à l'époque la direction locale de BNP Paribas.

Fermeture des agences bancaires urbaines

Pour le groupe Société Générale, l'objectif de la fusion de sa banque de détail avec le Crédit du Nord est de générer 400 millions d'euros d'économies par an grâce aux synergies informatiques, mais aussi immobilières, selon nos informations. « Les fermetures d'agences seront nombreuses », s'inquiète la CFDT du Crédit du Nord, sans toutefois en donner une estimation.

La Société Générale compte aujourd'hui près de 1 750 agences implantées essentiellement dans les régions urbaines et peu en campagne. Quant au groupe Crédit du Nord, ses 679 agences sont davantage présentes dans les petites villes. Toutefois, dans les grandes métropoles, les deux enseignes cohabitent actuellement. Et c'est là que les fermetures anticipées par les syndicats devraient de fait être les plus nombreuses. A titre de comparaison, BNP Paribas, lors de la fusion avec la Banque de Bretagne, avait fait le choix de rassembler les agences situées à moins de 500 mètres, conduisant à la fermeture de 23 des 124 agences existantes.

La CFDT estime que le nombre de postes supprimés tant côté Société Générale que Crédit du Nord pourrait dépasser les 3 000. « Pour moi, ce chiffre est beaucoup trop bas. On sera au dessus de la barre des 5 000 suppressions de postes, mais elles passeront par des plans de départ volontaires et des départs à la retraite », nous explique Nicolas Gronier. Elles devraient concerner d'abord les fonctions support et les sièges locaux des banques. Les réprésentaux syndicaux du Crédit du Nord font en effet le pari que les conseillers seront plutôt préservés. « La seule solution pour fidéliser les clients et éviter qu'ils quittent la banque au moment de la bascule est de leur promettre qu'ils garderont leur conseiller », souligne ce directeur syndical.