L'essentiel

  • La Banque de France indique une augmentation du surendettement chez la génération Z (moins de 30 ans), cette catégorie représentant 12% des ménages surendettés en 2025.
  • L'accès à des mini-crédits, de moins de 200 euros, via des applications est pointé du doigt comme une partie du problème.
  • Des mesures européennes vont être mise en place pour encadrer l'offre de crédits. De plus, un manque apparent d'éducation budgétaire chez les jeunes est souligné.

On l'appelle la « Gen Z ». Soit la génération de celles et ceux qui sont nés après l'émergence de l'internet grand public, à la fin des années 1990. Celle, en clair, des jeunes adultes d'aujourd'hui.

Selon les derniers chiffres dévoilés par la Banque de France, cette classe d'âge, âgée de moins de 30 ans, est de plus en plus fréquemment concernée par le surendettement : elle représentait 12% des ménages surendettés en 2025, contre 5% en 2022. (1). La hausse des dossiers déposés en 2025 a été de 36% en 2025, et même de 65% pour les seuls 18-25 ans.

D'autres chiffres confirment les difficultés de la Gen Z à équilibrer leur budget. Selon une récente étude réalisée par l'institut CSA (1), 31% des 18-24 ans et 42% des 25-34 ans sont à découvert tous les mois ou presque, contre 24% des Français en général. Pour ces classes d'âge, le passage dans le rouge intervient en moyenne entre le 14e et le 18e jour du mois. Pour résumer à grand trait, c'est plus d'un tiers des jeunes adultes qui passent près de la moitié de chaque mois à découvert.

Inquiétant, estime Cyril Chiche, patron de la néobanque française Sumeria : « Si vous êtes à découvert tous les mois à partir du 16, vous allez être une victime du système bancaire toute votre vie, vous n'allez jamais pouvoir épargner ».

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Les « mini-crédits peuvent être une forme de drogue douce »

D'où vient cette difficulté croissante, semble-t-il, des jeunes adultes à équilibrer leur budget ? La principale explication n'a rien de spécifique à la Gen Z. Les jeunes, en début de vie professionnelle, rencontrent, en effet, plus de difficultés que d'autres classes d'âge à avoir des revenus réguliers et suffisants. Parmi les jeunes surendettés en 2025, 37% étaient au chômage, contre 26% des personnes surendettées au global. A ces difficultés s'ajoutent la hausse, forte et ancienne, du coût d'accès au logement et celle, plus récente, du coût de la vie en général.

Dans une récente audition prononcée devant la commission des Finances de l'Assemblée nationale, François Villeroy de Galhau, a pointé une autre explication : les « mini-crédits », de 200 euros ou moins, remboursables à très court terme, et très faciles d'accès, notamment par le biais d'applications mobiles. « Je vais employer une image un peu excessive mais, de temps en temps, ces mini-crédits peuvent être une forme de drogue douce dont nous voyons les effets dans l'augmentation de l'endettement des jeunes », a expliqué le gouverneur de la Banque de France, qui a appelé à un meilleur encadrement de la distribution de ces produits, notamment en obligeant les prêteurs à consulter le fichier national des incidents de remboursement des crédits aux particuliers (FICP) avant d'octroyer le prêt.

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Des achats impulsifs fréquents

Ces dernières années, l'offre de mini-crédits express, parfois présentés comme des « coups de pouce », s'est développée, avec des acteurs comme Floa, Finfrog ou Moneybounce. Comme celle des facilités de paiement différé ou en plusieurs fois. Marque emblématique de ce marché, Klarna, établissement de crédit originaire de Suède, a récemment revendiqué près de 3 millions d'utilisateurs actifs mensuels de son application mobile en France et une hausse de l'usage de 221 % sur un an.

Ces acteurs prospèrent particulièrement sur le fort désir de consommation d'une partie des jeunes adultes. Selon une récente enquête publiée par Plum, une application mobile spécialisée dans l'épargne automatique, les achats impulsifs sont fréquents dans cette catégorie de la population : 27% des 18-34 ans regrettent d'avoir effectué un achat au moins une fois par mois, 15% au moins une fois par semaine. En cause notamment, la crainte de rater un bon moment, ou une bonne affaire, en raison d'un manque d'argent : 74 % des jeunes Français reconnaissent par exemple avoir déjà dépassé leur budget, de 80 euros en moyenne, pour ne pas rater une sortie avec leurs proches.

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Un problème d'éducation ?

Le phénomène, évidemment, n'est pas seulement français. De nouvelles règles de distribution de ces produits vont entrer en vigueur en juillet prochain au Royaume-Uni, où une étude a montré qu'un tiers des 18-34 ans utilisant le paiement en plusieurs fois ont, au moins une fois, été incapable de rembourser une échéance.

L'Union européenne n'est pas en reste. Une révision de la directive sur le crédit à consommation (DCC2) va entrer en vigueur le 20 novembre 2026. Parmi les nouvelles mesures, elle va renforcer les obligations des distributeurs de mini-crédits et de facilités de paiement en matière d'information de l'emprunteur, mais également de vérification « proportionnée » de sa solvabilité.

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Pour Cyril Chiche, l'enjeu est aussi éducatif. « il y a un manque d'éducation à la gestion budgétaire, c'est une catastrophe », juge le patron de Sumeria. « Si on se donne comme mission, ce qui est notre cas, d'être un partenaire de confiance pour cette génération-là, on doit agir. »

(1) Banque de France, « Typologie du surendettement des ménages en 2025 », février 2026. (2) « Le découvert des Français », étude CSA pour Les Furets, réalisée du 18 au 20 novembre 2025 auprès d'un échantillon de 1 007 Français, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. (3) Enquête réalisée auprès de 1 000 jeunes adultes français, âgés de 18 à 34 ans, en janvier 2026 par Selvitys