Le groupe bancaire Société Générale a indiqué ce 23 septembre qu'il réfléchissait à créer une nouvelle banque de détail issue du rapprochement entre les réseaux Crédit du Nord et Société Générale. Cette entité compterait 10 millions de clients. Les syndicats sont inquiets.

Société Générale « étudie la création d'une nouvelle banque de détail en France [...] fondée sur le rapprochement de ses deux réseaux bancaires Crédit du Nord et Société Générale », indique un communiqué du groupe publié ce 23 septembre. « L'objectif pour cette nouvelle banque est de gagner en impact sur le marché français. [...] Dans les années qui viennent, la capacité à pouvoir investir massivement dans la formation de nos collaborateurs, dans nos outils digitaux, justifie d'étudier ce rapprochement. Il vaut mieux investir massivement sur une nouvelle banque plutôt que de mettre un euro à gauche et un euro à droite », a affirmé à l'AFP Sébastien Proto, directeur général adjoint en charge des réseaux bancaires en France.

Un mastodonte de 10 millions de clients

Jusqu'à présent, le groupe avait organisé son activité de détail en France sur trois réseaux, profitant chacun d'un large niveau d'autonomie : le réseau Société Générale, celui du Crédit du Nord et la banque en ligne Boursorama. La nouvelle structure profiterait de « la qualité des deux fonds de commerce de près de 9 millions de clients particuliers et de 1 million de clients professionnels et entreprises », ainsi que de « la forte complémentarité des deux réseaux en termes d'expertises et de présence géographique », souligne le groupe au logo rouge et noir. Ce rapprochement répondrait en outre à trois objectifs : améliorer la satisfaction des clients, rendre le modèle plus efficace et générer « d'importantes synergies, permettant de renforcer la rentabilité de l'un des principaux métiers », selon le communiqué.

En revanche, la banque exclut Boursorama de ce projet de restructuration. « En parallèle, Boursorama, leader de la banque en ligne en France avec ses 2,4 millions de clients au 30 juin 2020, poursuivra la croissance très dynamique de son modèle alternatif, complétant ainsi la présence du groupe Société Générale dans le marché français », souligne ainsi Frédéric Oudéa, Directeur général de la Société Générale dans le communiqué de presse.

Inquiétude des syndicats face aux soucis financiers de la Société Générale

Concernant les éventuelles conséquences sociales de ce rapprochement, le groupe ne donne pour l'heure aucun détail : « c'est totalement prématuré. Nous n'en sommes qu'à l'étude, qui va prendre au moins deux mois », a précisé Sébastien Proto à l'AFP. Néanmoins, d'après nos informations, les instances syndicales se montrent déjà très préoccupées par les conséquences de ce rapprochemement sur le devenir des équipes en place. « La Société Générale va mal et le cours de l'action dévisse vraiment beaucoup. Ils ont besoin de faire une annonce forte pour rassurer leurs actionnaires », nous indique une source syndicale.

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Au Crédit du Nord, « la direction se veut rassurante, mais les salariés ont peur. C'est une catastrophe. (...) Nous avons peur que ça entraîne la disparition d'un grand nombre d'emplois car il y aura des doublons », a déclaré à l'AFP Laetitia Vidoni, déléguée syndicale CFTC du Crédit du Nord, en soulignant « les risques psychosociaux chez certains salariés » et « la nécessité d'un bon accompagnement » des personnels par le groupe Société Générale. « On a peur de perdre notre ADN Crédit du Nord et surtout d'être démantelé, que la marque Crédit du Nord disparaisse avec une fusion avec la Société générale, qui est une grosse banque par rapport à la nôtre. On ne va plus exister », a ajouté Laetitia Vidoni.

Une inquiétude alimentée par le fait que cette annonce intervient dans un contexte financier particulièrement compliquée pour la banque rouge et noire. Elle a essuyé une importante perte de plus d'un milliard d'euros au deuxième trimestre, conséquence de la crise du Covid-19 qui a contraint l'établissement à passer de grosses provisions et diverses charges comptables. D'ailleurs, pour renforcer son bilan, le groupe bancaire préparerait aussi la vente de sa filiale de gestion d'actifs Lyxor, selon Reuters qui cite des sources proches du dossier.

Dans ce contexte, Société Générale a procédé début août à la constitution d'une nouvelle équipe de direction sous la houlette du directeur général Frédéric Oudéa, en vue de préparer son futur plan stratégique qui doit notamment permettre de renforcer les synergies et les réductions des coûts.