D’après un rapport du Crédoc publié la semaine dernière, l’accès des populations pauvres aux services bancaires s’est sensiblement améliorée depuis 2001, à la grande satisfaction de l’Etat et des banques. Mais l’étude montre également le revers de la médaille : une mauvaise connaissance du fonctionnement et du coût de ces services.

C’est le fait saillant de l’étude du Crédoc (Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie), celui qui a été le plus commenté : en 2009, 96 % des ménages bénéficiant des minima sociaux possédaient un compte courant, contre 92% en 2001. Ils étaient également 80% (contre 39% huit ans plus tôt) à disposer d’une carte de paiement et 72% (contre 43%) d’une autorisation de découvert.

Christine Lagarde, ministre de l’économie et commanditaire du rapport, s’est immédiatement félicitée de ces statistiques, y voyant le résultat d’un certain volontarisme de l'Etat en la matière. La Fédération française bancaire (FBF), à son tour, n’a pas tardé à récupérer les résultats de l’étude, témoins, selon elle, « du succès des nombreuses initiatives prises par les entreprises bancaires en faveur des populations les plus fragiles. » En vrac, le droit au compte, les moyens de paiement alternatifs au chèque ou « Les Clés de la Banque », série de petits guides pratiques et pédagogiques.

Le droit au compte inutile ?

L’impact de ces initiatives, publiques et privées, n’est pourtant pas si évident, si l’on prend le temps de lire le rapport jusqu’au bout. Certes, le Crédoc met en évidence l'impact positif des cartes de paiement à autorisation systématique sur l’accès des populations pauvres aux moyens de paiement. Il est toutefois plus sceptique sur les TIP (titre interbancaire de paiement), les virements ou les prélèvements, peu utilisés.

Scepticisme également sur le dispositif du droit au compte, à la fois mal connu (seulement une personne concernée sur deux en a entendu parler) et peu utilisé par ceux qui le connaissent. Sur les 3% de ménages précaires qui se sont vu refuser l’ouverture d’un compte alors qu’ils n’en possédaient pas par ailleurs, seuls 5% y ont eu recours. Les autres ont fini par obtenir l’ouverture d’un compte, sans utiliser la procédure.

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L’information après la généralisation

Enfin, et surtout, l’étude montre bien que la généralisation des services bancaires a un revers : le manque d'information sur leur fonctionnement et leur coût . Ainsi, seuls 16% des ménages précaires se souviennent avoir signé une convention de compte, pourtant obligatoire. Ils sont plus d’un sur quatre (26%) à ne pas savoir s’ils disposent, ou non, d’un «package» de services. Plus généralement, 41% sont incapables de lister les services dont ils disposent. Enfin, plus d’un tiers (36%) n’ont aucune idée de ce que leur coûte annuellement leur compte.

Conséquence : « Des situations sont apparues de ménages en difficultés financières car disposant d’équipements coûteux, provoquant des découverts et des frais liés à ces découverts », témoigne le rapport. « Il existe en ce sens un risque lié à une confiance accordée aux banques sans une connaissance minimale de leurs droits et devoirs, et des risques liés à l’utilisation des différents services. »

Pour contenir ces risques, une seule solution, selon les rapporteurs : sensibiliser les clients, et notamment les plus précaires, à la nécessité « d'avoir un regard critique sur les propositions des banquiers, de choisir les services associés aux comptes et d'identifier les coûts. »