« Existe-t-il aujourdhui selon vous un besoin pour les populations les plus exclues du système bancaire dun produit bancaire offrant gratuitement les prestations définies par la loi de modernisation de léconomie du 4 août 2008 instituant la mission daccessibilité bancaire permettant notamment des opérations de dépôt et retraits despèce auprès de guichets ? » Cest la première des cinq questions auxquelles doivent répondre les participants à la consultation du CCSF, instance de concertation entre l'Etat, les banques et les représentants des consommateurs.
Depuis 2009, cette mission est dévolue à la Banque Postale (LBP), en vertu dune convention signée entre sa maison-mère, La Poste, et lactionnaire de cette dernière, lEtat. Elle engage notamment LBP à ouvrir un Livret A à toute personne qui en fait la demande, daccepter les retraits et les dépôts au guichet à partir d1,50 euros (contre 10 euros dans les autres établissements) ou de fournir gratuitement une carte de retrait et des chèques de banque.
Un caillou dans la chaussure de LBP
Conséquence de ces obligations spécifiques : LBP gère une multitude de « petits » Livrets A, utilisés comme des comptes courants par leurs titulaires et qui génèrent de très nombreuses opérations aux guichets. « ( ) En 2014, sur 47 millions dopérations effectuées sur les comptes dépargne aux guichets des bureaux de poste, 25 millions (soit 53 %) concernaient des opérations de retrait et de dépôt en espèces sur le Livret A », détaille ainsi le rapport du CCSF qui accompagne la consultation publique
Cette mission est un caillou dans la chaussure de LBP : alors que les autres banques de détail ont toutes entamé une transformation numérique de leur modèle, qui leur permet de fermer des agences et donc de réduire leurs coûts, LBP est contrainte de maintenir des guichets dans lensemble des 17.000 points de vente de La Poste. Certes, elle reçoit pour cela une compensation financière de lEtat. Mais, de 280 millions deuros en 2009, celle-ci est passée à 225 millions en 2016 et va continuer à diminuer pour atteindre 150 millions en 2020. Est-ce suffisant dans le contexte actuel ? Rien nest moins sûr.
Une mission confiée à lensemble des banques ?
Pour le CCSF, lutilité de la mission daccessibilité bancaire ne fait pourtant aucun doute. Elle na été rendue obsolète ni par lexistence de la procédure du droit au compte, qui « semble encore inadaptée pour les publics les plus précaires », ni par loffre spécifique à destination des clients fragiles qui « est payante et vise les publics, en situation de fragilité financières qui ont un compte courant ».
Toutefois, les participants à la consultation publique doivent aussi se positionner sur la forme que doit prendre cette mission. Est-il, en particulier, pertinent de « conserver comme support de la mission daccessibilité bancaire un compte dépargne rémunéré » ? Oui, estime le CCSF, qui met en avant linterdiction de découvert sur le Livret A, un « outil particulièrement utile et sécurisant pour les détenteurs les plus exclus et défavorisés ».
Ne faudrait-il pas « imposer à toutes les banques de la place de fournir gratuitement le produit daccessibilité bancaire ainsi que les services associés à toute personne qui en ferait la demande » ? Là encore, le CCSF a son idée et oriente le débat : le dispositif actuel « permet ( ) déviter toute stigmatisation, le Livret A étant distribué par LBP directement dans toutes les agences bancaires de LBP, qui sont également des agences postales, cest-à-dire multi-services, et donc sans les sas daccueil présents dans les autres agences bancaires. » Qu'en pensent de leur côté les professionnels consultés ? Réponse dans les prochains mois.


















