Pierrick Houga, quel type de clientèle bancaire sadresse principalement à vous ?
« Jinterviens surtout dans des affaires concernant une clientèle de professionnels et dentreprises. Rarement pour des particuliers, chez lesquels il y a encore une barrière psychologique : ils nont pas lenvie, ou parfois les moyens, de payer pour le type de service que je propose. Pourtant, les enjeux peuvent parfois être importants. Les dirigeants dentreprise font exception, lorsquils joignent leurs demandes personnelles à celles qui concernent leur entreprise. »
Quel est aujourdhui le litige le plus fréquent ?
« Le taux effectif global (TEG) erroné. Presque tous les TEG que je vois passer sur les crédits immobiliers ou les découverts sont faux. Cest moins vrai pour les crédits à la consommation, dont les contrats sont mieux étudiés. Dans le cas des découverts, cela vient le plus souvent de commissions dintervention non prises en compte. Pour les crédits immobiliers, les problèmes ont pour origine loubli des coûts de garantie extérieure - du type de celle apportée par Oséo - ou de lassurance dans le cadre dune délégation, ou encore de la non-retenue du nombre de jours exact de lannée civile, particulièrement pour les années bissextiles. »
Comment réagissent les banques concernées lorsquelles sont assignées par vos clients ?
« Cela dépend. Elles tentent parfois de faire traîner le dossier en multipliant les procédures, et en espérant que le client se lasse. Ou alors elles négocient avec leur client en amont du procès, afin déviter la mauvaise publicité. Il arrive également, pour cette même raison, quelles choisissent tout simplement de ne pas se présenter au procès. Quoi quil en soit, les cas qui vont jusquau procès sont finalement rares, car les emprunteurs qui assignent sont peu nombreux. »
Où les problèmes sur lesquels vous intervenez trouvent-ils le plus souvent leur origine ?
« Le problème initial est souvent dordre relationnel. La relation entre un conseiller financier et son client se dégrade, souvent à cause des difficultés financières de ce dernier. Le conseiller, qui souhaite recouvrer sa créance, harcèle son client. Dans le pire des cas, cela peut aller jusquà la facturation de frais abusifs. Souvent, le client a, dans un premier temps, peur de réagir. Ensuite, il y a deux cas de figure : soit sa situation ne saméliore pas et à un moment, il na plus dautre choix que dassigner sa banque ; soit sa situation saméliore et cela lui donne par la même le courage dattaquer. »
De nombreux litiges semblent liés à la facturation de commissions dintervention contestées par le client. Pourtant il existe une jurisprudence assez claire sur ce sujet
« Effectivement, un arrêt de la Cour de cassation de 2008 a considéré que la commission dintervention était liée au découvert accordée par la banque, et quelle devait donc être intégrée au TEG appliqué à ce découvert. Mais cette interprétation est contestée par le secteur bancaire, qui nen prend pas acte. Dans ce cas de figure, plusieurs réactions sont possibles. On peut demander, et parfois obtenir, le remboursement de ces commissions. On peut également assigner sa banque au pénal pour dépassement du taux dusure. Mais cela, de mon point de vue, ne fait pas avancer les choses, car la banque poursuivie est dans ce cas passible dune amende, réglée au Trésor public et pas au client. La voie la plus pertinente, je pense, est de plaider le TEG erroné au civil, et de demander que lui soit substitué le taux dintérêt légal. »
Les pouvoirs publics devraient-ils légiférer sur les commissions dintervention ?
« Je le pense, oui, ce serait la solution la plus simple. La tarification bancaire manque encore de transparence. Et lautorégulation a montré ses limites : si elle fonctionnait, les commissions dintervention seraient, depuis larrêt de 2008, intégrées aux éléments pour déterminer le TEG, et elles seraient peut-être moins élevées pour éviter que le TEG ne dépasse le taux dusure. Les banques de détail ne sont pas prêtes à les supprimer. Et pour cause : sil est difficile dobtenir des chiffres précis sur la question, on estime quelles représentent environ 40% du total de la facturation liée aux découverts. Pour que cela change, il faudrait une loi, ou une multiplication des instances. »















