Dans moins de deux ans, le 30 juin 2028, l'Australie mettra un point final à l'usage du chèque. À compter de cette date, il ne sera plus autorisé, pour les particuliers et les entreprises, d'émettre de nouveaux chèques. La décision a été prise fin 2024 par le gouvernement australien, qui prenait ainsi acte du déclin inéluctable de ce moyen de paiement.

L'Australie n'est pas le premier pays à prendre ce chemin. Plus près de nous, la Finlande l'a fait dès 1993, les Pays-Bas en 2001 et le Danemark en 2017 (1). Pourquoi ces pays ont-ils décidé de se débarrasser du chèque ? Et va-t-on faire de même en France ?

Pourquoi l'Australie supprime-t-elle le chèque ?

Principalement parce qu'il n'est quasiment plus utilisé. Selon l'Australian Payments Network (1), les paiements par chèque ont représenté 0,1% des paiements hors cash effectués dans le pays en 2022/2023. Son usage décline de 20% par an en moyenne depuis une dizaine d'années. Le gouvernement australien a donc décidé d'organiser son extinction pure et simple.

Où en est-on en France en termes d'usage ?

En France également, l'usage du chèque diminue, et depuis longtemps. Selon les derniers chiffres publiés par la Banque de France, à l'occasion du rapport 2025 de l'Observatoire de la sécurité des moyens de paiement (OSMP), le nombre de chèques émis a diminué de 61% depuis 2018, soit un repli de près de 13% par an en moyenne. Il a en particulier connu un fort décrochage en 2020 (-26%), au moment de la pandémie de Covid. Un palier qui n'a pas été rattrapé ensuite.

Néanmoins, le chèque reste un moyen de paiement couramment utilisé : il représentait toujours 1,9% des paiements hors cash en 2025 (certes, contre 20% en 2008), et près de 1% des montants payés. L'an dernier, ce sont encore 674 millions de chèques qui ont été émis, soit plus de 11 par an et par personne majeure, et 331 milliards d'euros qui ont changé de mains grâce à lui.

En résumé, l'usage du chèque est très clairement en déclin en France, mais ce déclin est moins rapide qu'il ne l'est en Australie et dans la plupart des autres pays. Cela vient notamment du fait que le chèque est gratuit en France pour ses usagers : la loi interdit aux banques de le facturer.

L'exception française du chèque persiste, mais son horizon s'assombrit

Quels avantages à se débarrasser du chèque, et pour qui ?

Côté usager, l'usage du chèque présente quelques risques. Il génère d'abord des risques de fraude. Toujours selon le rapport 2025 de l'OSMP, le chèque a généré 69 euros de fraude pour 100 000 euros de paiement, un montant plus de 6 fois supérieur à celui de la carte (hors paiements à distance), plus de 7 fois à celui du paiement mobile et plus de 10 fois à celui du virement initié en ligne. Il représente au total 1,9% des paiements hors cash, mais 19% du montant de la fraude.

Ce que les banques ne font pas pour vous protéger de la redoutable fraude au chèque

Il présente également des risques d'incidents de paiement pour certains usagers déjà fragilisés, puisqu'il ne permet pas le contrôle du solde et que son encaissement est différé dans le temps. Or les conséquences d'un chèque sans provision sont souvent lourdes : importants frais d'incident et risques d'interdiction bancaire.

Ce sont toutefois les banques qui le distribuent qui auraient sans doute le plus à y gagner. Les chiffres sur le sujet sont rares, mais selon une estimation de 2018 concernant l'ensemble des banques européennes, un paiement par chèque leur coûte de l'ordre de 50 fois plus cher qu'un paiement par carte ou par virement.

Les commerçants, petits et grands, n'ont pas attendu pour commencer à dire au revoir au chèque, principalement en raison du risque de chèques sans provision. Là encore, pas de chiffres officiels, mais la seule fréquentation des commerces permet de se rendre compte que le niveau d'acceptation de ce moyen de paiement est en recul.

La disparition du chèque est-elle un objectif des pouvoirs publics ?

Non, mais... La France dispose, depuis 2015, d'une stratégie nationale des moyens de paiement, pilotée par le Comité national des paiements scripturaux (CNPS). En finir avec le chèque ne fait pas partie de ses objectifs affichés. Moderniser l'offre, en revanche, oui. « Il existe bien une stratégie qui vise à réduire l'usage du chèque par la promotion d'alternatives mieux sécurisées, plus modernes », a confirmé Julien Lassalle, directeur adjoint de la Direction des Études et de la surveillance des paiements de la Banque de France, à l'occasion de la présentation du rapport 2025 de l'OSMP, le 7 septembre dernier.

Déjà, la carte bancaire (dont l'usage a dépassé celui du chèque dès 2001) et le virement instantané ont joué leur rôle de « chèque killers ». Le coup de grâce pourrait venir de Wero. La feuille de route de ce portefeuille de paiement mobile développé par un consortium de banques européennes est conçue pour couvrir, à terme, les derniers cas d'usage du chèque : achats entre particuliers, factures des artisans, cotisations des associations (avec possibilité d'étalement), etc.

Wero, en effet, partage les deux principaux atouts du chèque : sa simplicité d'usage et sa gratuité. Avant de s'imposer, il lui faudra trouver sa place dans le quotidien des usagers, y compris ceux qui sont peu à l'aise avec le numérique. Cela prendra probablement du temps, peut-être une décennie : d'ici là, le chèque devrait donc rester dans le paysage.

Pourquoi la mort du chèque est inéluctable

Comment se passera la disparition du chèque ?

Il paraît aujourd'hui peu probable que l'État décide d'un arrêt brutal du chèque. « Il n'y a pas de politique répressive sur l'usage du chèque », a confirmé Julien Lassalle. « La question se posera peut-être un jour lorsque l'usage résiduel sera trop faible. » Comme cela s'est passé en Australie.

D'ici là, d'autres acteurs vont toutefois décider unilatéralement de franchir le pas de l'après-chèque. C'est le cas de la Direction générale des Finances publiques (DGFiP), qui va cesser d'accepter les chèques courant 2027.

Impôts : la fin du paiement par chèque est programmée pour 2027

Côté banques, le chèque est déjà absent du catalogue des néobanques, comme Revolut, N26 ou Sumeria, de plus en plus populaires, en particulier chez les jeunes. Et, selon nos informations, une grande banque de détail française (par le nombre de clients) envisagerait de faire de même à moyen terme.

(1) Source : Commbank (2) Source : Australian Payments Network