« La croissance 2026 sera relativement modeste (...), mais ce n'est sûrement pas une année de décrochage de l'économie française », a affirmé mardi Xavier Debrun, économiste en chef de la Banque de France.
« Si on me parle de décrochage, moi, je songe à une économie qui subitement part à la dérive, et où, structurellement, il y a un problème. Je ne crois pas que la structure de l'économie française ait fondamentalement changé » par rapport au mois de juin, a-t-il assuré.
Cependant, cette croissance du produit intérieur brut (PIB) révisée en baisse de 0,1 point, à 0,4%, est une mauvaise nouvelle pour les finances publiques de la France, dont le gouvernement est confronté à la difficile tâche de confectionner un budget pour 2027, année d'élection présidentielle.
« La moindre croissance rend l'équation budgétaire plus compliquée. Elle a un effet mécanique sur la dégradation du déficit », a souligné le gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, dans une interview à Ouest-France.
Mais « l'important pour les observateurs est d'avoir une trajectoire de réduction des déficits qui est crédible », a-t-il ajouté.
Canicule
La légère révision en baisse de la prévision de croissance 2026 tient d'abord à une croissance plus faible au premier trimestre que celle qui avait été initialement publiée, indique la banque centrale française dans un rapport.
Outre le choc énergétique lié à la guerre au Moyen-Orient, pèsent également sur l'activité « la faible progression de la consommation des ménages », un investissement privé « moins dynamique » et une faible contribution du commerce extérieur.
Enfin, selon la Banque de France, les sécheresses et canicules de l'été ont eu, « pour le moment », un impact de 0,05 point de pourcentage sur la croissance, a indiqué Xavier Debrun. Ce chiffre pourrait monter à 0,1 point sur l'année.
Il a toutefois tenu à souligner que l'économie française faisait « preuve de résilience ».
Alors que l'Insee a jugé jeudi, dans ses prévisions de croissance, que l'économie française allait « à rebours de ses voisins » et avait « décroché » ces derniers mois par rapport au reste de l'Europe, les économistes de la Banque de France voient surtout des « mauvaises surprises » de nature conjoncturelle.
Ils notent également la forte croissance de l'Irlande, qui pèse à hauteur de 0,3 point sur les 0,6 point de croissance de la zone euro.
Autre élément à prendre en compte, une différence de méthodologie dans le traitement de l'agriculture entre l'Insee et les autres instituts statistiques nationaux, ce qui peut « induire une anticipation » plus rapide « de l'effet des vagues de chaleur » par rapport au reste de l'Europe, a précisé l'économiste Camille Thubin.
« A cela, j'ajouterais aussi un effet lié au secteur de la construction : en France, on vient de passer les élections municipales, ce qui fait qu'on se retrouve un petit peu au creux de l'investissement public », a-t-il expliqué.
Gare à la « sinistrose »
Surtout, Xavier Debrun met en garde contre la « sinistrose », avec laquelle « on risque vite de rentrer dans des situations de prophéties autoréalisatrices où plus personne n'investit, plus personne ne consomme ».
Ensuite, la Banque de France attend toujours un « rebond » de la croissance à 0,9% en 2027, avant 1,2% en 2028.
Ce rebond devrait être porté par deux moteurs de la croissance française, la consommation et le commerce extérieur, à la faveur notamment d'un repli de l'inflation.
A 2,3% en 2026, l'augmentation des prix devrait repasser sous la barre de 2% l'année prochaine, à 1,9%, avant 1,6% en 2028.
L'inflation resterait plus faible en France que dans les autres pays de la zone euro, bénéficiant à sa compétitivité alors que la demande mondiale est attendue en hausse l'année prochaine.
Reste que ces prévisions demeurent suspendues à l'évolution de la situation au Moyen-Orient, principale source d'incertitude autour du scénario retenu par la Banque de France, qui repose sur des données arrêtées mi-août.
Dans le cas d'un scénario défavorable, la Banque de France prévoit une croissance de seulement 0,3% du PIB en 2026, et 0,4% en 2027.

















