L'essentiel
- Le gouvernement envisage de supprimer l'abattement fiscal de 10% pour les retraités ou de ne pas augmenter les pensions de 2027.
- La suppression de l'abattement affecterait notamment certains retraités « modestes », qui pourraient devenir imposables, malgré l'intention de les préserver.
- Cette suppression aurait aussi des effets sur le RFR, influençant l'accessibilité à certaines aides sociales et le taux de CSG.
Faut-il oublier la piste estivale d'une « désindexation » des pensions de retraite, partielle ou totale ? La réponse du gouvernement dans le budget 2027 serait alors de ressortir une solution déjà proposée l'an passé : « supprimer l'abattement de 10% pour frais professionnels à l'impôt sur le revenu dont bénéficient les retraités », a expliqué le ministre des Comptes publics David Amiel vendredi sur Sud Radio, faisant valoir que « l'indexation de l'ensemble des retraites sur l'inflation » coûterait « plus de 6 milliards d'euros l'an prochain », et que « de ces 6 milliards, on n'a pas aujourd'hui le premier euro ».
En clair : soit supprimer l'abattement fiscal, soit ne pas augmenter les pensions de retraite en janvier 2027. « Il faudra choisir entre les deux, il ne peut pas y avoir de demi-mesure », a répété David Amiel, même si une troisième piste visant une désindexation des plus grosses pensions et une suppression partielle de l'abattement est d'ores et déjà évoquée, avec l'idée de préserver les retraités modestes.
Qui paierait plus d'impôt en cas de suppression de l'abattement ?
MoneyVox a sorti la calculette pour des retraités vivant seuls ou des couples. Voici le résultat.
| Foyer fiscal | Revenus annuels déclarés | Impôt 2027 avec abattement de 10% | Impôt 2027 en cas de suppression de l'abattement |
|---|---|---|---|
| Retraité seul | 14 400 (soit 1 200 par mois) | ||
| Couple de retraités | 14 400 chacun (soit 1 200 par mois chacun) | ||
| Retraité seul | 18 000 (soit 1 500 par mois) | 70 | |
| Couple de retraités | 18 000 chacun (soit 1 500 par mois chacun) | 458 | |
| Retraité seul | 24 000 (soit 2 000 par mois) | 645 | 1 028 |
| Couple de retraités | 24 000 chacun (soit 2 000 par mois chacun) | 1 652 | 2 375 |
| Retraité seul | 36 000 (soit 3 000 par mois) | 2 701 | 3 781 |
| Couple de retraités | 36 000 chacun (soit 3 000 par mois chacun) | 6 204 | 7 562 |
Source : simulateur officiel 2026 sur impots.gouv.fr + simulations MoneyVox sur la base du barème théorique 2027 (revalorisation de 2%) portant sur les revenus 2026.
Précision : situations simplifiées. Sans aucune autre déduction ni abattement fiscal supplémentaire.
Mécaniquement, par effet du barème progressif, plus vous payez d'impôt, plus cet impôt grossit avec la suppression de l'abattement. Toutefois, cette première conclusion simpliste se heurte à deux nuances d'importance : une mesure qui alourdirait davantage l'impôt des retraités « moyens ». Et des conséquences en cascade, hors impôt.
En proportion de vos revenus, la hausse d'impôt d'une telle suppression serait moindre si votre revenu annuel dépasse 45 000 euros, environ. Car le bénéfice de cet abattement est actuellement plafonné à 4 439 euros. Un plafond qui devrait en théorie grimper à 4 528 euros en cas de revalorisation du barème. Ce plafond vaut pour tout type de foyer, que vous viviez seul(e) ou en couple.
De fait, pour les plus hauts revenus, l'impact serait modéré car ils ne bénéficient que partiellement de cet abattement. Un très riche retraité touchant 100 000 euros par an (plus de 8 000 euros par mois) ne verrait son impôt gonfler « que » de 1 800 euros environ. Cela représente moins de 2% de ses revenus, à payer en plus. Or, pour un retraité touchant 24 000 euros par an (2 000 euros par mois), ce qui reste là encore bien au-dessus de la retraite moyenne, le surplus d'impôt serait de 723 euros, soit plus de 3% de ses revenus.
Les retraités non imposables qui deviendraient imposables
Plus encore : les retraités touchant légèrement moins que la pension moyenne (base + complémentaire), soit 1 500 euros par mois, deviendraient imposables. En clair, des retraités « modestes », ceux que le gouvernement compte préserver, seraient touchés. Qui est concerné ?
Il suffit de regarder le « seuil de mise en recouvrement » publié en 2026 par la Direction générale des Finances publiques (DGFiP).
| Revenu net imposable | ||
|---|---|---|
| Année d'imposition | Pour une personne seule | Pour un couple |
| Impôt 2026 sur les revenus 2025 | 17 596 par an | 32 869 par an |
| Impôt 2027 sur les revenus 2026 (seuil théorique) | 17 948 | 33 526 |
Sources : DGFiP, brochure pratique 2026 de la déclaration de revenus. Seuils de mise en recouvrement. Calculs MoneyVox pour 2027, sur l'hypothèse d'une revalorisation du barème fiscal de 2%.
Attention : les montants renseignés sont en « revenu net imposable ». Pour les retraités, ce montant s'entend donc après abattement forfaitaire de 10% et après abattement spécifique pour les plus de 65 ans.
17 596 euros pour une personne seule, le nouveau seuil de revenu fiscal pour ne pas payer d'impôt
Plus précisément, si vous êtes retraité, seul, et que vous déclarez un peu plus de 18 000 euros de revenus par an, actuellement, vous n'êtes pas imposable : vous deviendriez imposable en cas de suppression de l'abattement de 10%. C'est le cas d'une personne seule déclarant 19 000 euros de pensions (1 583 euros par mois, base + complémentaire) : elle ne paie actuellement pas d'impôt. Elle deviendrait imposable en cas de suppression de l'abattement. Tout comme la retraitée seule touchant 1 500 euros de pensions par mois (soit 18 000 euros par an) dans l'exemple du tableau ci-dessus.
D'autres effets collatéraux pour les retraités non imposables
Par ailleurs, supprimer purement et simplement l'abattement fiscal touche indirectement les retraités modestes non imposables. Car cette suppression modifierait fortement leur revenu fiscal de référence (RFR). « Cette mesure augmenterait le RFR et les autres repères qui lui sont liés », confirme Claude Wagner, expert retraite à la CFDT-Retraités.
Pêle-mêle : le risque de changer de taux de CSG, de ne plus avoir droit au livret d'épargne populaire, l'accès à certaines aides sociales, etc. Des effets de bord, touchant les plus modestes, que le gouvernement devrait anticiper si jamais il retenait cette mesure dans le budget 2027.



















