Il a longtemps été votre moyen de paiement préféré, loin devant la carte bancaire. Vous continuez à l’utiliser régulièrement, alors qu’il a disparu presque partout ailleurs. Pourtant, même en France, le chèque est promis à une disparition prochaine. Voici cinq raisons qui expliquent cette mort inéluctable.

Plus d’1,5 milliard de paiements, plus de 800 milliards d’euros échangés en 2019 (1) : à l’âge du smartphone et du commerce électronique, le vieux chèque papier continue de résister en France, alors qu’il a disparu presque partout ailleurs. Un chiffre le montre : 3 chèques sur 4 émis en 2019 dans l’Union européenne l’ont été dans notre pays !

Les causes de notre attachement particulier pour le chèque sont connues. La première : la gratuité. En vertu d’un compromis passé entre les banques et l’État à la fin des années 1960, l’accès au chéquier n’est pas facturé, contrairement à la carte bancaire, que seule une poignée de banques en ligne offrent gratuitement. La seconde : la simplicité. Pas besoin, en effet, de retenir un code secret ou de demander un RIB pour payer par chèque : il suffit de connaître le nom du bénéficiaire. Ce qui explique le fort taux d’équipement : en 2010 (derniers chiffres connus), 91% des clients bancaires en possédaient un (2) !

La France reste donc bien le pays du chèque. Pour combien de temps ? Voici cinq raisons qui expliquent pourquoi il finira, comme ailleurs, par disparaître de nos portefeuilles.

1 - Parce que vous êtes déjà de moins en moins à l’utiliser

Et oui : même en France, le chèque est en déclin. Longtemps premier moyen de paiement (hors cash) en nombre de transactions annuelles, il a été dépassé par la carte bancaire en 2003, puis par le prélèvement en 2010 et par le virement en 2011. Logique : après avoir atteint un point haut en 2002, son usage n’a cessé de diminuer depuis, de 4% par an en moyenne au cours des années 2000, puis de 10% par an au cours des années 2010, jusqu’à atteindre 25% en 2020 (3) !

Malgré ses atouts, le chèque ne convainc plus. Dès 2010, selon une étude (2) publiée par le Comité consultatif du secteur financier (CCSF), seuls 18% des sondés en faisaient leur moyen de paiement préféré, très loin derrière la carte bancaire (63%). Et la démographie n’arrange rien. Un sondage publié en février 2018 (4) a confirmé que la propension à utiliser un chèque est plus faible chez les plus jeunes. Si 79% des sondés affirmaient en effet avoir signé au moins un en 2017, ce n’était le cas que de 58% des 18-24 ans. Une classe d’âge qui, à l’inverse, était la plus encline à choisir le virement pour transférer de l’argent à un autre particulier (65% contre 56% de la population générale).

2 - Parce que le chèque est fragile face à la fraude

La disparition inéluctable du chèque tient aussi à un autre phénomène : son extrême fragilité face à la fraude. Depuis 2018, il est devenu le moyen de paiement générant le plus de fraude, en valeur absolue : 538 millions d’euros détournés en 2020, un chiffre équivalent à 2019, alors même que son usage a baissé de 25% (en valeur), à la faveur notamment de la crise sanitaire. Sur ce critère, il dépasse même la carte bancaire, pourtant 12 fois plus utilisée.

La hausse spectaculaire de la fraude au chèque au cours des 5 dernières années inquiète la Banque de France, qui cherche des solutions. « Une chose est sûre : le chèque est le moyen de paiement le plus facile à frauder », confirme Julien Lasalle, chef du service de surveillance des moyens de paiements scripturaux de l’institution. Et c’est de plus en plus vrai, à mesure que les autres moyens de paiement progressent dans ce domaine, grâce notamment à l’usage de dispositifs d’authentification forte. « Notre sentiment, c'est qu'au fur et à mesure que nous faisons des gros progrès sur la sécurité des autres moyens de paiement, il y a une tendance au report des fraudeurs et de la fraude vers le maillon plus fragile qu'est le chèque », expliquait ainsi le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, en 2019.

Cette fragilité, toutefois n’est pas seulement la conséquence de l’action des fraudeurs. Certaines habitudes des clients posent aussi problème. « Le chèque est parfois utilisé de manière impropre et dangereuse, non conforme aux conventions de compte », alerte Julien Lasalle. « Par exemple pour payer en plusieurs fois, en faisant plusieurs chèques avec des dates différentes ou pour des dépôts de garantie. Dans les deux cas, le consommateur se sent protégé, mais c’est faux. »

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3 - Parce qu’il est anachronique

Pas assez sûr, le chèque est aussi, et surtout, de plus en plus anachronique dans un paysage de la banque de détail métamorphosé par le numérique. Une partie de son attrait a longtemps résidé dans l’absence d’alternatives dans certaines situations. C’est de moins en moins le cas. Des services de paiements instantanés comme Paylib entre amis le remplacent avantageusement pour envoyer de l’argent à ses proches. Le paiement des factures par carte bancaire ou virement se développe, y compris dans les services publics. Même les médecins sont de plus en plus souvent équipés de terminaux de paiement électroniques (TPE).

L’heure est aussi au temps réel. Vous êtes de plus en plus nombreux à apprécier d’avoir une vision claire et mise à jour en permanence de votre situation budgétaire, notamment pour éviter les incidents de paiement. Un nouveau cadre dans lequel le chèque aura beaucoup de mal à se faire une place, avec son délai d’encaissement d’un an et 8 jours et l’absence d’informations liées à la transaction sur le relevé de compte.

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4 - Parce qu’il coûte cher aux banques

Gratuit pour l’usager, le chèque ne l’est pas, loin de là, pour les banques. Il génère même des coûts importants, et en grande partie fixes : fabrication et envoi des chéquiers, collecte, traitement, compensation, etc. En 2010, le CCSF (2) estimait ainsi son coût annuel pour le secteur bancaire entre 0,7 et 4 milliards d’euros annuels, en l’absence de chiffres officiels fournis par les banques, mais sur la base d’une comparaison avec la situation dans d’autres pays.

Un « deal » historique

Si la gratuité du chèque trouve son origine en 1943, quand le régime de Vichy a voulu en faire un outil de lutte contre le marché noir, son maintien dans le temps est le résultat d’un « deal » entre les pouvoirs publics et les banques, datant de la fin des années 1960. En contrepartie de cette gratuité, ces dernières ont obtenu l’interdiction de la rémunération des dépôts à vue, conservant ainsi pour elles le fruit du placement de ces liquidités. « Lorsque les taux étaient hauts, cet arrangement pouvait être très profitable pour elles, malgré les coûts liés au chèque », explique ainsi Julien Lasalle. « Aujourd’hui, en période de taux négatifs, il est au contraire très coûteux ».

Dans ce contexte, les banques apprécieraient sans doute de rendre les chèques payants. Problème : la gratuité du chèque est inscrite dans le Code monétaire et financier. Pour la supprimer, il faudrait donc passer par un changement de la réglementation. Une décision qu’aucun gouvernement n’a pour l’instant prise. Le sujet, il faut dire, est politiquement dangereux : le chèque est surtout utilisé par des populations modestes et/ou très sensibles aux frais bancaires. Les associations de consommateurs, très hostiles à cette perspective, veillent.

En attendant que le discret lobbying des banques finissent peut-être par payer, certaines s’attellent déjà à limiter les usages de leurs clients, notamment pour les forfaits d’entrée de gamme. l’offre Essentielle de la banque en ligne ING, gratuite sans conditions de revenus, est ainsi totalement dépourvue de chéquier.

5 - Parce que les pouvoirs publics aussi veulent s’en débarrasser

Les banques ne sont pas les seules à espérer la mort du chèque. Les pouvoirs publics aussi y sont intéressés. Pour nombre d’acteurs publics nationaux et locaux, l’émission et l’encaissement des chèques représentent en effet une charge financière dont ils pourraient faire l’économie.

« Il n’y a pas d’ambiguïté : la stratégie de place, soutenue par les pouvoirs publics et la Banque de France, est bien d’accélérer la décroissance du chèque », confirme Julien Lasalle. Pour y parvenir, la stratégie nationale des paiements mise en œuvre depuis 2015 a fait le choix, plutôt que de prendre des mesures de restriction des usages, de faire la promotion des alternatives. « Nous analysons les cas d’usages du chèque, et nous proposons des solutions alternatives plus modernes et plus sûres », résume le porte-parole de la Banque de France.

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(1) Source : Banque de France, Cartographie des moyens de paiements scripturaux 2019. (2) Source : L’utilisation du chèque en France, rapport réalisé par Edgar, Dunn & Company (EDC) pour le Comité consultatif du secteur financier (CCSF), mars 2011. (3) Source : Banque de France, Rapport 2020 de l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiements. (4) « Les moyens de paiement selon les générations : état des lieux et prospective », étude réalisée par Gfk pour Cofidis Retail par questionnaire en ligne du 6 au 15 février 2018 auprès d’un échantillon national représentatif de 1 000 individus âgés de 18 ans et plus