L'essentiel
- Wero, le portefeuille de paiement mobile lancé en 2024, a 25 millions d'utilisateurs actifs en France, Belgique et Allemagne.
- Actuellement utilisé pour des échanges d'argent instantanés entre particuliers, Wero aspire à devenir un moyen de paiement complet, similaire à MobilePay au Danemark.
- EPI et BNP Paribas vont dévoiler Wero for Merchants en septembre pour permettre aux commerçants d'accepter les paiements par Wero.
25 millions d'utilisateurs actifs en France, Belgique et Allemagne, dont plus de 16 millions en France : lancé à l'été 2024, Wero a commencé à s'installer dans le quotidien de nombreux usagers.
Pourtant, ce portefeuille de paiement mobile porté par le secteur bancaire ne sert aujourd'hui qu'à une chose : échanger instantanément de l'argent entre particuliers, de compte bancaire à compte bancaire. Autrement dit, Wero n'est encore qu'une forme simplifiée du virement instantané SEPA (pas besoin d'IBAN et d'ajout de bénéficiaire).
Son ambition, toutefois, est beaucoup plus large. Né de la volonté (avortée) de créer un réseau européen de paiement par carte, donc d'un concurrent direct des acteurs états-uniens Visa et Mastercard, Wero veut devenir un moyen de paiement à part entière pour les dépenses du quotidien, un concurrent direct des espèces, du chèque et éventuellement de la carte. Selon la feuille de route prévue par EPI (European Payment Initiative), le consortium chargé par les banques adhérentes de développer Wero, ses cas d'usage sont appelés à se multiplier.
92% des Danois utilisent MobilePay
Comment utilisera-t-on Wero dans le futur ? Pour s'en faire une idée, on peut regarder du côté de l'étranger. Plusieurs pays, en effet, possèdent déjà des portefeuilles de paiement mobile très largement utilisés au quotidien. Et il n'est pas nécessaire d'aller bien loin : il suffit par exemple d'observer ce qui se passe au Danemark.
Ce pays scandinave, membre de l'Union européenne, de l'espace économique européen (EEE) et de l'espace Schengen (mais pas de la zone euro), dispose depuis 2013 d'un portefeuille mobile baptisé MobilePay. Né à l'initiative de la principale banque du pays, Danske Bank, il a été conçu, comme Wero, pour faciliter les échanges d'argent entre particuliers. Treize ans plus tard, il est beaucoup plus que cela : un moyen de paiement souverain très largement utilisé. Selon des statistiques publiées par Vipps-MobilePay, 92% des Danois de 15 ans et plus ont installé l'application sur leur mobile et l'utilisent, en moyenne, 124 fois par an et par usager.
Des remboursements entre amis aux paiements sur les marchés
Quels sont ses cas d'usage ? MobilePay est évidemment utile pour les paiements entre particuliers : rembourser un ami, partager le prix d'un repas, payer un achat d'objet artisanal ou d'occasion... Il n'est pas rare, dans un pays où les stands d'objets de seconde main sont partout, et souvent en libre-service devant les maisons, de voir des particuliers afficher leur numéro de téléphone ou un QR Code pour être payés.
Toutefois, ces transactions entre particuliers ne représentent que la moitié de l'usage global de MobilePay. L'autre moitié est constituée de paiements marchands. MobilePay permet de payer dans les petits commerces (café, boulangerie, épiceries, etc.), sur les marchés, dans les food trucks... Il est également utilisé pour régler des factures et payer certains services de proximité. Le bouton MobilePay, enfin, est présent sur les pages de finalisation des commandes de l'essentiel des sites e-commerce danois.
MobilePay a un autre atout : il n'est pas circonscrit au Danemark. En 2022, il a en effet fusionné avec son équivalent norvégien Vipps, et est également utilisable en Finlande et en Suède.
Quel impact sur les autres moyens de paiement ?
Malgré son succès, MobilePay n'a pas remplacé la carte de paiement au Danemark, qui reste massivement acceptée et utilisée.
Il a en revanche participé à la raréfaction des espèces. Le Danemark est, en effet, l'un des pays européens où l'usage du cash est le plus faible. En 2025, il représentait seulement 9% des transactions en commerce physique (1), contre 52% en moyenne (2) dans la zone euro la même année (et 43% en France en 2024). Cette part a fondu de moitié entre 2017 et 2025. A noter que, contrairement à la France, les commerçants n'ont pas l'obligation d'accepter les paiements en espèces, même si cela reste le cas dans la grande majorité des points de vente.
Le chèque, lui, est totalement inexistant.
Des cas d'usage appelés à se multiplier
L'ambition affichée de Wero est claire : devenir, à terme, un moyen de paiement à l'usage aussi large que MobilePay. C'est encore loin d'être le cas, mais de nouvelles briques vont être ajoutées à l'édifice dans les prochains mois.
Le 8 septembre prochain, EPI et BNP Paribas dévoileront Wero for Merchants (Wero pour les marchands), l'offre qui permettra aux commerçants d'accepter les paiements par Wero. Dès cet automne, les paiements en ligne devraient être possibles en France sur certains sites d'e-commerce partenaires, comme Orange ou Air France. Les points de vente physiques devraient suivre, en 2027, selon un calendrier encore à définir.
Wero devrait également intégrer à terme la liste des solutions acceptées sur PayFip, le service de paiement en ligne sécurisé de la Direction générale des Finances publiques (DGFiP), qui permet aux usagers de régler, à distance, les factures et les avis de sommes à payer émis par les administrations publiques (État, collectivités locales, hôpitaux, établissements publics, etc.). L'administration fiscale souhaite en effet se débarrasser des paiements par chèque d'ici 2028.
Impôts : la fin du paiement par chèque est programmée pour 2027
10 ans pour installer une nouvelle manière de payer
En clair, les cas d'usages techniquement permis par Wero vont rapidement se multiplier. Il restera alors à convaincre les commerçants d'adopter ce nouveau moyen de paiement. Wero dispose d'un atout pour y parvenir : des frais d'acceptation annoncés bien inférieurs à ceux facturés par la carte bancaire.
Mais les plus longs à convaincre seront peut-être les usagers eux-mêmes, dont les habitudes de paiement évoluent lentement : il est coutume de dire qu'il faut une dizaine d'années pour imposer une nouvelle manière de payer. Rendez-vous, donc, en 2034 pour le bilan.
(1) Source : Danmarks Nationalbank (en anglais). (2) Source : Banque centrale européenne (en anglais).

















