Mises sous pression par le gouvernement, les banques françaises se sont engagées à limiter la hausse de leurs tarifs à 2% maximum en 2023. Une concession a minima, alors que l'inflation affecte la santé financière des ménages français.

La mode est au bouclier. Après le bouclier tarifaire sur l'énergie, qui a permis de contenir la hausse des prix du gaz, de l'électricité et de l'essence, le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, a annoncé aujourd'hui la mise en place d'un « bouclier sur les tarifs bancaires » pour 2023, à l'issue d'une réunion avec Laurent Mignon, président de la Fédération bancaire française et président du directoire de BPCE, et les dirigeants des principales banques françaises.

Concrètement, l'ensemble des grands groupes bancaires se sont engagés à contenir la hausse des prix de leurs produits et services à 2% maximum en 2023. Certaines banques, dont les noms n'ont pas été dévoilés, devraient même geler leurs brochures.

Alors que l'inflation s'approche des 6% en juillet et que les banques ont enregistré en 2021 plus de 30 milliards d'euros de bénéfice net, ces annonces sont-elles à la hauteur ? Pas vraiment.

Frais bancaires : face à l'inflation, les banques françaises concèdent un « bouclier tarifaire » pour 2023

Pas de gel généralisé

Fin 2018, en pleine crise des Gilets jaunes, les banques, mises sous pression par Emmanuel Macron, avaient accepté de geler leurs tarifs pendant un an. Face à la forte baisse du pouvoir d'achat des ménages, et alors que les banques ont enregistré sur les 3 derniers semestres des profits historiquement hauts, on s'attendait, au moins, à une mesure de même ampleur. Las, Bruno Le Maire, le ministre de l'Economie, n'a cette fois obtenu qu'une modération des hausses.

Evidemment, le contexte n'est pas la même. Dans l'immédiat, les Français ne manifestent pas encore dans la rue contre la hausse du coût de la vie. Par ailleurs, en 2018, le taux d'inflation annuel était de 0,5%. Cette année, il devrait dépasser les 6%. Une hausse généralisée des coûts qui affecte également les banques, a rappelé Laurent Mignon, pour expliquer cette moindre générosité.

Quoi qu'il en soit, l'effet de ce bouclier pour les ménages devrait être peu sensible. A 2%, plutôt que 6%, d'inflation sur les frais bancaires en 2023, le gain annuel devrait de 6 euros en moyenne, selon nos calculs. Ces hausses devraient, par ailleurs, être comparables à celles enregistrées début 2022. Cette année, selon les données de l'Observatoire des tarifs bancaires du Comité consultatif du secteur financier (CCSF), l'inflation sur 7 des principales lignes tarifaires a été comprise entre 0,8% et 2,27%, tandis que le prix de 6 autres est resté stable. De son côté, l'association de consommateurs CLCV avait évalué la hausse globale entre 0,27% et 2,70%, selon le profil de consommation.

Quelle sera l'étendue de ce bouclier tarifaire ?

La limite à 2% s'appliquera-t-elle sur la hausse moyenne générale des tarifs, ou ligne par ligne ? La 2e option est la plus probable, si l'on regarde ce qui s'était passé en 2019. A l'époque, le CCSF, chargé de vérifier l'application du gel, avait surveillé l'évolution des prix de 14 services standard, parmi lesquels la tenue de compte et les différents moyens de paiement (carte bancaire, virements et prélèvements, retraits d'espèces, etc.)

Il y a donc fort à parier que les banques appliqueront le « bouclier » de 2%, ligne tarifaire par ligne tarifaire, et uniquement sur ce périmètre de services parmi les plus fréquents. Il sera ainsi intéressant de surveiller l'évolution de tarifs plus discrets, mais qui ont eu tendance à flamber ces dernières années, comme le virement instantané, le chèque de banque, l'envoi de chéquier ou le transfert de PEL.

Frais bancaires 2022 : les tarifs qui flambent

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Pour les publics fragiles, une mesure symbolique mais limitée

L'autre concession des banques concerne plus spécifiquement les clients financièrement fragilisés, c'est-à-dire accumulant les incidents de paiement. Lorsqu'ils sont détectés, ces derniers bénéficient, outre d'un plafonnement des frais d'incidents, d'une offre bancaire spécifique, incluant notamment la tenue de compte, une carte à autorisation systématique, quelques virements et des chèques de banque. Le prix de cette offre, 3 euros par mois maximum actuellement, va être ramené à 1 euro maximum en 2023. Soit une économie potentielle de 24 euros par an.

Une concession symbolique, à l'heure où le nombre d' « interdits bancaires » est en forte hausse, mais qui ne coûtera pas très cher aux banques. Sur les 4,1 millions de clients fragiles détectés fin 2021, seuls 690 000 avaient opté pour cette offre. La plupart, en effet, la refusent, en l'absence d'autorisation de découvert ou de chéquiers, qui leur permettent habituellement de tenir en fin de mois.

Rien sur les frais d'incidents

Le gouvernement et les banques étaient également attendus sur la facturation des incidents de paiement. Rien n'est venu de ce côté. Ces derniers, en effet, coûtent très cher et pèsent sur le budget des ménages mis en difficultés par l'inflation : autour de 8 euros pour une commission d'intervention en cas de dépassement de découvert, 20 euros pour un prélèvement rejeté, jusqu'à 30 euros pour un chèque sans provision... Des frais qui peuvent se répéter au cours d'une même journée à découvert, généralement parfois sans plafonnement.

Certes, les clients dont la fragilité financière est détectée par leur banque sont protégés par des plafonds. Mais cette protection est loin de couvrir tous les ménages en difficultés. D'abord parce qu'avant d'être considérés comme fragiles, ils ont le temps d'accumuler les incidents de paiement, voire de subir une interdiction bancaire ; ensuite parce que certaines banques refusent cette couverture aux clients affichant des revenus dépassant certains seuils : 1 535 euros par mois, par exemple, au Crédit Agricole, première banque française au nombre de clients particuliers.

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