Fin septembre, la Société Générale annonçait vouloir créer une nouvelle banque de détail grâce à un rapprochement avec le Crédit du Nord. Selon les syndicats, le groupe s’oriente vers une option défavorable au Crédit du Nord. Le groupe bancaire s'en défend.

Alors que sa situation financière et boursière inquiète les analystes financiers, le groupe Société Générale a décidé de restructurer ses deux principaux réseaux de banque de détail : son réseau éponyme et le Crédit du Nord, composé notamment de 9 banques locales. « Unir les forces des deux réseaux ferait du nouvel ensemble un acteur majeur du marché bancaire français avec 10 millions de clients » : c’est en ces termes que le groupe a introduit le 23 septembre ce projet qui, d'après le communiqué de presse, vise à créer une nouvelle banque de détail en France.

Près de deux mois après cette annonce, l’étude se poursuit, assure le groupe. Elle « mobilise des équipes des 2 réseaux à travers des groupes de travail ou lors des nombreuses réunions de consultation que nous avons lancées sur les multiples sujets à couvrir pour définir les contours du nouveau modèle de banque de détail que nous voulons construire ensemble, explique à MoneyVox la Société Générale. La direction générale et le management sont régulièrement présents sur le terrain, à travers des rencontres en régions et partager les enjeux et les préoccupations, et échanger sur les opportunités qui s'ouvrent à nous », poursuit la communication du groupe bancaire.

Une absorption plutôt qu’un mariage redoutée par les syndicats

Mais cette démarche ne rassure pas les syndicats. Ceux du Crédit du Nord sont particulièrement inquiets de la tournure que prennent les discussions. « A un moment, il était question de créer une nouvelle marque sur la base du réseau consolidé. Mais en fait non, seule la marque Société Générale va à terme rester, nous confie Frédéric Guyonnet, président du premier syndicat du secteur, le SNB/CFE-CGC. Le mot utilisé pour décrire le projet n’est plus « fusion », mais « absorption » du Crédit du Nord. Garder le meilleur du Crédit du Nord, c’était peut-être simplement garder les agences les mieux positionnées », redoute-t-il. Rappelons qu'avant que le groupe bancaire officialise son projet de restructuration, les premières rumeurs évoquaient d'ailleurs plutôt la piste de l'absorption du Crédit du Nord que celle du mariage.

D’après Frédéric Guyonnet, la période de 18 à 24 mois qui s’ouvre permettra au groupe d’effacer progressivement l’entité Crédit du Nord du paysage bancaire. « C’est le temps qu’il faut pour changer les RIB des clients du Crédit du Nord », évoque notamment le président national du SNB. Après cette période de transition, si ce scénario est confirmé, seul le catalogue commercial de la Société Générale perdurerait et les stocks de produits du Crédit du Nord passeraient en gestion extinctive. Leurs détenteurs conserveraient leurs produits Crédit du Nord mais il ne serait plus possible d’en souscrire de nouveaux.

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Une transition visuelle

En pratique, la transition serait aussi visuelle. D’après Frédéric Guyonnet, il a aussi été dit aux représentants du personnel que, dans certaines régions, une agence « Crédit du Nord par Société Générale », « Banque Courtois par Société Générale » ou encore « Banque Tarneaud par Société Générale » serait conservée dans un premier temps avant que les noms des banques du Crédit du Nord disparaissent petit à petit des devantures. « Cela ressemble à ce que BNP Paribas a fait avec La Banque de Bretagne ou au devenir du Crédit Maritime absorbé par la Banque Populaire », analyse ce porte-parole syndical.

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Contactée, la Société Générale assure que « toutes les questions sont abordées dans les groupes de travail, y compris la marque, mais que rien n’est tranché. Nous avançons dans une approche équilibrée. Il ne s’agit pas de privilégier Société Générale plutôt que Crédit du Nord mais de capitaliser sur les atouts de chacun des 2 réseaux et de pouvoir investir massivement dans l’IT [système informatique, ndlr] et la formation des collaborateurs pour répondre aux attentes des clients pour les dix prochaines années », martèle également la banque.

Décision attendue début décembre

Outre le devenir des clients du Crédit du Nord, c’est bien sûr la question de l’emploi qui inquiète le plus les représentants du personnel. « Sur les fonctions supports et l’administratif cela va être un sacré massacre. Il y aura trop de surplus, les plans de départ volontaire seront insuffisants », redoute Frédéric Guyonnet, ce que se refuse à penser la Société Générale. « Concernant les éventuels impacts sociaux, nous avons toujours été fidèles à notre tradition de dialogue social de grande qualité dans les deux groupes bancaires et nous sommes et resterons un employeur responsable », explique la banque.

Ces discussions ne vont désormais plus tarder à aboutir officiellement. Le groupe Société Générale a en effet planifié au 7 décembre prochain le rendu, devant la presse, de son étude sur la restructuration de ses réseaux de banque de détail.