La Réserve fédérale américaine (Fed), la Banque centrale européenne (BCE), la Banque d'Angleterre (BoE), la Banque du Japon (BoJ) et la Banque nationale suisse (BNS) se réunissent entre mercredi et jeudi, et ont l'occasion pour la première fois de réagir aux chocs provoqués par les hostilités, qui entrent dans leur troisième semaine.

Le conflit a entraîné la fermeture de facto par l'Iran du détroit d'Ormuz, voie de transit stratégique pour les hydrocarbures de la région, mais aussi des frappes de représailles iraniennes contre des infrastructures énergétiques du Golfe, faisant flamber les prix du pétrole et du gaz.

Crainte d'un nouveau choc inflationniste

De quoi raviver la crainte d'un nouveau choc inflationniste, après celui de 2022 causé par la guerre d'invasion russe en Ukraine, propulsant l'inflation au-dessus des 10% la même année en zone euro. Les grands argentiers du monde ne vont cependant « pas se précipiter pour réagir aux mouvements des prix de l'énergie à la fois extrêmes et volatils », avant de savoir quel sera « l'impact inflationniste à terme », juge auprès de l'AFP Jack Allen-Reynolds, économiste chez Capital Economics.

L'économiste voit la situation actuelle différer de celle de 2022, quand « les politiques monétaire et budgétaire étaient ultra-accommodantes, la demande explosait tandis que l'offre était contrainte et les chaînes d'approvisionnement perturbées », offrant « un terreau idéal pour une véritable tempête inflationniste ». « Nous ne sommes plus dans ce monde-là aujourd'hui », conclut-il.

Le dilemme de la stagflation

Aux États-Unis, la Fed devrait maintenir sa fourchette cible pour le taux des fonds fédéraux à 3,5-3,75 %, selon les attentes, après avoir réduit ce corridor de trois quarts de point de pourcentage dans les derniers mois de 2025.

La Fed, qui veille à la fois au plein emploi et à stabilité des prix, est confrontée à une sorte de « choc de stagflation », mélange de stagnation de l'activité et de hausse des prix, explique à l'AFP Nicole Cervi, économiste chez Wells Fargo. L'institution fait donc « face à un dilemme difficile », ayant à « choisir quel volet de son mandat elle veut privilégier, puisqu'elle n'atteint aucun des deux objectifs », poursuit-t-elle.

En zone euro, où le taux d'inflation naviguait ces derniers mois autour de la cible de 2%, la présidente de la BCE Christine Lagarde affirmait il y a une semaine que l'institution monétaire ferait tout ce qui est « nécessaire » pour que « l'inflation soit sous contrôle ».

Son principal taux sur les dépôts devrait camper jeudi à 2,0%, comme depuis juillet, selon toute attente, mais « les marchés ont fortement avancé leurs anticipations de première hausse de taux de la BCE » en raison de la hausse des prix du pétrole, explique à l'AFP Michel Martinez, chef économiste Europe chez Société Générale CIB.

Pour justifier un resserrement plus rapide de la vis monétaire, l'économie en zone euro « devrait rester résiliente, les anticipations d'inflation monter, en particulier celles des ménages, et des effets de second tour sur les salaires apparaitre », si les salariés exigent des rattrapages, selon l'économiste.

A Londres, la BoE devrait également laisser son taux directeur inchangé jeudi, à 3,75%, selon les attentes.

Les marchés ont nettement réduit leurs attentes de baisses rapides de taux outre-Manche, et un relèvement paraît improbable : avec une croissance au point mort en janvier et un marché du travail déjà affaibli, « la barre est très haute pour que la BoE durcisse de nouveau sa politique », rappelle James Smith (ING).

Au Japon, où la politique monétaire ultra-accommodante a duré dix ans, le resserrement des taux amorcé en 2024 pourrait se poursuivre, afin d'endiguer le retour d'une inflation tenace, et ce dès avril, selon les analystes.

En Suisse, où la BNS fait face à une inflation quasi nulle, à 0,1 % depuis décembre, la force du franc, qui pèse sur les prix importés et les exportateurs, pourrait la forcer à intervenir sur le marché des changes.