C-Zam de Carrefour, Morning, la Macif, Ferratum, Ditto… Ces dernières semaines, c’est l’hécatombe sur le marché du compte bancaire. Est-ce la seule faute du coronavirus ? Quelles sont les autres banques et néobanques menacées ?

Morning de Leclerc, mais aussi Ferratum, Ipagoo, Sharepay, Ditto… Ces dernières semaines, la liste des néobanques ayant cessé leur activité s’est allongée. Dernière en date : C-Zam de Carrefour qui a annoncé son arrêt au 15 juillet. Pourtant, à son lancement en 2017, Carrefour fondait de grands espoirs dans ce compte sans découvert commercialisé en supermarchés. Mais si le groupe espérait attirer 2 millions de clients en 5 ans, C-Zam n’en a finalement capté que 120 000 après 3 ans d’existence.

La fermeture de C-Zam, officialisée mi-mai, est intervenue dans le contexte du confinement : une période particulièrement délicate pour les néobanques qui se rémunèrent en grande partie sur les commissions sur les paiements par carte. Toutefois, la faillite de C-Zam, probablement précipitée par la crise du coronavirus, n’est pas une surprise. En janvier dernier, Marie Cheval, directrice exécutive de Carrefour, avait préparé le terrain. « C'est une activité qui concerne peu de clients », avait-elle alors déclaré à l'AFP. A l’origine de ce manque d’engouement : le service clients « submergé » et les bugs de l’application mobile C-Zam, estime dans un récent article publié sur Medium, Germain Michou-Tonning qui a chapoté les relations clients de plusieurs acteurs bancaires (Boursorama, Nickel et maintenant Qonto).

La quantité au détriment de la spécificité

Pour Patrice Bernard, consultant spécialisé dans l'innovation bancaire, la cause principale de ces défauts en cascade est ailleurs : elle vient de l’uniformisation des néobanques. « La plupart d’entre elles ont perdu leur âme, nous explique-t-il. Au départ, leur démarche était de partir du vécu de l’usager, d’un problème spécifique non traité par les banques et d’y apporter une réponse. Mais désormais, les différences entre les néobanques s’effacent. Dans ces conditions, pourquoi prendre le compte de Carrefour plutôt qu’un autre ? », s’interroge-t-il.

Le compte pour les voyageurs est un exemple flagrant de la standardisation à l’œuvre. C’est « la tarte à la crème du marché. Tout le monde le fait », ironise Patrice Bernard. Ainsi, à son lancement en France en 2017, Revolut était la seule néobanque à s'adresser aux globe-trotters. Mais désormais, c’est un standard parmi les banques mobiles, et aussi, de plus en plus, parmi les banques en ligne, avec le lancement de Boursorama Ultim ou de Fosfo de Fortuneo. Résultat, il n’est pas surprenant que parmi les premières néobanques à tomber, on retrouve Ditto, Ipagoo et Ferratum dont l’offre tournait autour du compte multidevises.

Nickel menacé par Eko ?

La pression concurrencielle ne vient pas que des néobanques, entre elles. Les banques traditionnelles empiètent également sur leurs plates-bandes avec leur nouveau compte à 2 euros. Ces derniers se destinent principalement aux clients modestes, le cœur de cible historique de Nickel. En effet, sur les 1,6 million de clients revendiqués par l’ex-compte sans banque, les deux tiers sont des personnes à faibles ressources, qui font attention à leur budget, ou encore sont interdits bancaires. « C’est vrai qu’il y a des jeux de concurrence, des offres qui se ressemblent, analyse Marie Degrand-Guillaud, directrice déléguée de Nickel. Mais, le marché du compte de paiement se développe très vite. Je ne pense pas que les offres comme Eko du Crédit Agricole aient ralenti notre propre croissance. Et notre présence forte sur le territoire en bureaux de tabac, combinée au fonctionnement en temps réel de notre compte et à notre tarification transparente attirent nos clients ».

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N26 et Revolut piégées par leurs investisseurs ?

A vouloir grossir vite, les grosses néobanques européennes ne sont pas non plus à l’abri de toutes difficultés. En atteste N26 - 5 millions de clients, dont plus d’1,4 million en France – qui, à cause du coronavirus, a dû placer 10% de ses effectifs au chômage partiel, soit environ 150 salariés, essentiellement basés en Allemagne. « Cela fait quelques mois que je trouve les stratégies de N26 et Revolut mal inspirées, estime Patrice Bernard. Parce qu’elles ont levé des millions, elles se retrouvent de plus en plus pressurées par les investisseurs qui, inquiets pour leur retour sur investissement, semblent s’immiscer dans leur stratégie ».

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Le consultant pense notamment à la décision de N26 et de Revolut de se lancer aux Etats-Unis, ce qui va nécessiter des investissements colossaux pour tenter d’exister aux côtés des « Big Four », les 4 toutes puissantes banques américaines : Chase Bank, Citibank, Wells Fargo et Bank of America. Problème : avec la crise du coronavirus, « lever des fonds devrait devenir excessivement difficile et cher, selon les analystes de la plateforme d’intelligence économique CB Insights. Les fintechs devront se serrer la ceinture et se concentrer davantage sur leur rentabilité que sur la croissance à tout prix ».

Les assureurs-banquiers aussi dans la tourmente

Tout comme les banques mobiles, les assurbanques montrent aussi quelques points de faiblesse ces derniers mois. Ainsi, depuis le 1er avril, la Macif a cessé la commercialisation de son compte de dépôt, mais « assure une continuité de service auprès de ses clients-sociétaires déjà équipés », souligne toutefois l’assureur. L’assurbanque a un problème majeur, selon Patrice Bernard : « les relations épisodiques avec les clients sont peu propices aux ventes croisées. Lors des sinistres, il paraît en effet difficile pour un agent général de proposer un compte bancaire ».

Un avis que ne partage pas AXA Banque, la filiale bancaire de l'assureur éponyme. « Notre modèle d'assurbanquier allie l’agilité d'une banque en ligne, l’innovation des néobanques et la solidité de la marque AXA et de son réseau d’agents généraux. La souscription d'une assurance auto ou habitation ou une interaction de confiance lors du règlement d'un sinistre sont justement des moments propices pour proposer en rebond un produit bancaire au client. Et cela d'autant plus que nos produits banque et assurance sont couplés pour proposer des avantages aux assurés AXA [les détenteurs d’un package Ogoon bénéficient notamment d’une réduction de 4% sur les primes d’assurances AXA, ndlr], explique à MoneyVox la communication de la banque d’AXA.

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La Macif n’est toutefois pas le premier assureur à renoncer au compte bancaire. En 2016, Groupama a ainsi vendu sa filiale bancaire à Orange, qui s’en est servie pour lancer Orange Bank. « Je pense que d’ici 2 ou 3 ans, ce sera au tour d’AXA Banque, qui pourrait être cédée à Arkéa », avance Patrice Bernard. Plusieurs faits peuvent en effet laisser penser qu’AXA Banque se trouve en mauvaise posture, comme la vente d’AXA Banque Belgique ou encore, en France, le transfert au Crédit Mutuel Arkéa de certaines activités informatiques. « Ce partenariat nécessite des investissements importants qu'AXA ne ferait pas si nous souhaitions céder l'activité bancaire dans un proche horizon », nous assure toutefois AXA Banque.