Une récente étude de l’association de consommateurs, la CLCV, estime que les Outre-marins paient, en moyenne, 10% de frais bancaires en plus que les habitants de la métropole. Pourquoi un tel surcoût ?

En matière de frais bancaires, l’endroit où l’on habite a toute son importance. A ce jeu, les moins bien lotis sont indéniablement les Français d’outre-mer. Cette année, selon l’association Consommation, logement, cadre de vie (CLCV), un « petit consommateur » outre-marin de services bancaires – qui détient essentiellement un compte, une carte classique et fait 2 retraits déplacés par mois – va débourser en moyenne 72 euros, contre 66 euros pour un habitant de la métropole.

Cet écart s’accroît à mesure que le client augmente son panier de produits bancaires. En Guyane, en Martinique ou encore en Guadeloupe, un ménage « gros consommateur » – qui a une Visa Premier et une carte classique à débit différé, fait 8 retraits hors réseau par mois et domicilie 14 prélèvements permanents sur son compte joint… - va verser en moyenne plus de 230 euros à sa banque en 2021, contre moins de 210 euros en France métropolitaine.

Du mieux ces dernières années

Ces inégalités ne sont pas ponctuelles, mais connues de longue date. C’est d’ailleurs pour les quantifier que le ministère de l’Economie a confié en 2009 à l’Institut d’émission des départements d’outre-mer (Iedom) - émanation de la Banque de France dans les départements, régions et collectivités d’outre-mer – le rôle de suivre l’évolution des prix. Ce relevé aboutit chaque semestre à la publication d’un Observatoire des tarifs en outre-mer, basé essentiellement sur les prix des 12 produits de l’extrait standard (liste synthétique censée faciliter la comparaison des banques remplacée en 2019 par le document d’information tarifaire).

Ainsi, depuis le lancement de cette étude qui met en lumière les disparités tarifiaires, le prix de certains services a fortement diminué. S’agissant de quelques prestations, comme les virements occasionnels en agences, les habitants des territoires situés en outre-mer paient même moins cher qu’en France métropolitaine. Mais l’exemple le plus saisissant pour illustrer l’amélioration pointée par l’Iedom est celui des frais de tenue de compte. Entre l’Observatoire d’octobre 2010 et celui d’octobre 2020, la moyenne des frais de tenue de compte est passée de 36,30 euros par an à 19,61 euros en outre-mer. Les moyennes du rapport de l'Iedom cachent néanmoins une réalité locale bien plus complexe et disparate. Ainsi, sur les frais de tenue de compte, la Réunion tire les prix vers le bas. Ils s'y élèvent à moins de 16 euros par an, contre plus de 23 euros annuels en Martinique.

Certaines disparités tarifaires passent sous les radars

En outre, l’Observatoire de l’Iedom s’attache à décrire la situation tarifaire sous le prisme de l’extrait standard. Or, ce document ne prend pas en compte les prestations où les divergences de prix s’avèrent toujours fortes. Illustration avec la lettre d’information pour compte débiteur non autorisé, envoyée lorsque le client dépasse son autorisation de découvert. Alors que les banques avec agences de métropole (1) facturent en moyenne leur premier courrier 13,10 euros, leurs filiales d’outre-mer le font payer jusqu’à 20 euros. Il s’agit du prix en vigueur chez BNP Paribas Antilles Guyane qui, au-delà de la 3ème lettre de relance, retient même 45 euros pour tout nouveau courrier.

Dans son enquête 2021 sur la tarification bancaire, la CLCV mettait, quant à elle, l’accent sur le surcoût des frais de succession. L’association a calculé que pour 17 000 euros d’avoirs à transmettre aux héritiers du défunt, les banques retiennent jusqu’à 616 euros en outre-mer, contre un maximum de 479 euros dans l’Hexagone.

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L’écart de prix bondit encore davantage quand on compare, pour un même groupe bancaire, le prix des packages commercialisés dans l’Hexagone par rapport à leur version d'outre-mer. Au Crédit Agricole, par exemple, le Compte à composer – formule de base qui contient le compte, les opérations courantes ou encore un service d’alertes par sms sur le solde – avec une Visa Classic à débit immédiat revient à 67 euros par an aux clients d’Ile-de-France, contre 79 euros annuels pour ceux du Crédit Agricole Martinique-Guyane. Soit 18% de plus pour la même formule de compte ! « Nous avons engagé il y a 4 ans une convergence de nos prix vers les prix de la métropole, alors que le coût d’exploitation bancaire est plus élevé ici. Nos tarifs sont aujourd’hui gelés et n’évoluent pas », expliquaient fin février Alex Rosette et Didier Grand, respectivement président et directeur général du Crédit Agricole Martinique-Guyane, qui répondaient à France-Guyane.

Sources : MoneyVox et plaquettes tarifaires en vigueur au 20 mars 2021

66% de plus pour le package à la BNP Antilles Guyane

Dans les banques nationales, cet écart de cotisations sur les offres groupées explose littéralement. Par exemple, pour BNP Paribas, alors que la formule Esprit Libre avec une Visa Classic est proposée à partir de 82,20 euros annuels aux clients de âgés de 25 ans, son prix de base grimpe à 137 euros par an dans sa filiale d’outre-mer. C’est la conséquence d’une tarification à la carte plus élevée en outre-mer, mais aussi de packages moins flexibles et comportant d'office plus de produits bancaires.

Ainsi, chez BNP Paribas Antilles Guyane, la facilité de caisse de 800 euros est présente dans l’offre Esprit Libre de base, alors qu’elle est optionnelle en métropole, ce qui renchérit de 24,36 euros par an le coût du package dans sa filiale antillaise. Autre écart : alors que le service de virement automatique vers les comptes épargne est gratuit avec le package en métropole, il reste facturé et obligatoire dans sa filiale d’Antilles Guyane. Cette seule différence est à l’origine d’un surcoût de 14,76 euros par an.

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La faute au manque de concurrence locale

Pour Alain Chrétien-Ho-A-Kwie, président de l’union départementale de la CLCV en Guyane, ces écarts de prix sont la conséquence directe du manque de concurrence locale. « En Guyane, trois enseignes, la Bred, LCL qui va devenir Crédit Agricole, et BNP Paribas, sont en position dominante. Face à ces mastodontes, le Crédit Mutuel, certes moins cher, ne peut pas accueillir tout le monde. Pour les plus fragiles, la seule alternative reste La Banque Postale », nous explique-t-il.

En effet, à quelques exceptions près (alertes sms, frais de dossier de prêt immobilier...), la banque de La Poste ne différencie pas ses prix entre la métropole et l’outre-mer. D’ailleurs, « 50% à 60% de la population, parmi les plus bas revenus, sont clients de La Banque Postale. Pour certains Guyanais, les banques en ligne sont une option, mais ce n’est pas toujours une solution accessible et adaptée à tous », détaille le porte-parole de l’antenne locale de la CLCV.

Cette distorsion de la concurrence n'incite pas non plus les banques à proposer des conditions d'emprunt aussi favorables qu'en métropole. D’après Alain Chrétien-Ho-A-Kwie, les taux des prêts immobiliers en Guyane dépassent de 0,5 à 0,6% ceux de l'Hexagone. « Les seuls qui s’en sortent sont ceux qui travaillent dans la fonction publique. La plupart des consommateurs, s’ils le peuvent, préfèrent contracter leur emprunt en métropole pour acheter leur véhicule ou faire construire, » commente-t-il.

Des filiales moins rentables

Du côté des banques, on justifie la différence de prix (et de taux) par un coût d’exploitation plus onéreux en outre-mer. « Dans les DOM, les risques bancaires [crédits non remboursés, ndlr] sont quatre fois plus élevés qu’en métropole. On le paie aussi dans le service. On passe chaque année 5 millions d'euros de pertes », soulignaient ainsi les représentants du Crédit Agricole Martinique-Guyane interrogés par France-Guyane.

D'une certaine manière, ce facteur explicatif - la situation économique plus précaire en outre-mer - se retrouve aussi dans la bouche du président de l'antenne locale de la CLCV. « Récemment, un directeur d’agence me disait que sa banque était obligée d’appliquer des taux plus élevés car le tissu économique est trop fragile et instable pour savoir si l’emprunteur sera toujours capable de rembourser sur 10 à 20 ans », explique à MoneyVox Alain Chrétien-Ho-A-Kwie. Rappelons que, selon l’Insee, le taux de chômage en outre-mer est au moins 2 fois supérieur à celui de métropole. « La distance géographique, la population pas assez nombreuse et riche rebutent les banques, et plus généralement les entreprises, de s'installer en Guyane », déplore le président de l'association de consommateurs.

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(1) Calculs effectués par MoneyVox sur la base des tarifs en vigueur au 20 mars 2021. S’agissant des moyennes, nous avons exclu les banques en ligne, les banques privées ou assimilées et les assureurs qui proposent des produits bancaires.