Comme chaque année, ou presque, la moitié des banques vont actualiser au 1er janvier leurs tarifs bancaires. Concentrées sur certains produits et services, les hausses de prix concernent donc une typologie de clients précise. En faites-vous partie ?

En 2021, il va y avoir des perdants et des gagnants de l’inflation des tarifs bancaires. Parmi les gagnants : les clients de la Société Générale qui a, en effet, décidé de geler ses prix en 2021. Le Crédit Mutuel Alliance Fédérale a également reporté « du fait de la crise sanitaire et économique » sa mise à jour tarifaire prévue en juillet 2020. Elle n’a pas encore été replanifiée. A l’inverse, près de la moitié des 126 banques que MoneyVox suit vont revoir leurs tarifs début 2021. C’est le cas notamment de La Banque Postale qui procède à quelques menus changements. Mais cette initiative émane surtout de banques régionales du Crédit Agricole, de la Banque Populaire et de la Caisse d’Epargne.

Au quotidien, cette actualisation des prix ne sera pas sans conséquence sur vos frais bancaires, surtout si vous avez tendance à retirer fréquemment de l’argent au distributeur et à faire appel à un conseiller pour vos opérations bancaires ou encore si vous comptez renouveler votre carte bancaire à autorisation systématique.

Evolution moyenne des frais bancaires annuels dans les réseaux mutualistes

Les clients aisés épargnés

Pour évaluer à quel point votre facture risque de s’alourdir, la rédaction a mis le nez dans les nouvelles plaquettes tarifaires des banques. Nous avons calculé pour 4 profils type le surcoût induit par les changements des barèmes tarifaires connus au 15 décembre 2020 (voir notre méthodologie en bas de l'article). Bilan : les hausses sont, comme l’an dernier, très disparates en fonction de l’utilisation du compte et des produits et services souscrits. L’inflation moyenne s’élève ainsi à 1% pour les clients « premium », qui voyagent beaucoup et disposent d'une Visa Infinite ou d’une World Elite Mastercard. Cette hausse s'explique notamment par l’augmentation de la cotisation de la carte bancaire très haut de gamme. Certaines enseignes n'y vont pas avec le dos de la cuillière : la World Elite Mastercard au Crédit Agricole Normandie-Seine passe de 259 euros à 300 euros par an. A la Bred, qui appartient au réseau Banque Populaire, comme au Crédit Agricole d’Aquitaine, son prix bondit de 10 euros à respectivement 310 et 320 euros.

Le profil insouciant préservé

Comme pour le profil « premium », la clientèle souvent à découvert et qui multiplie les opérations bancaires, baptisée « insouciante » ne devrait pas, non plus, voir ses frais bancaires flamber. Il faut dire qu’avec une note qui dépasse déjà 525 euros par an, la facture est déjà très lourde. Vigilance toutefois pour ceux qui s’apprêtent à renouveler leur carte bancaire à autorisation systématique. Les enseignes du groupe BPCE ont tendance à mettre fin à la commercialisation de leur Visa Electron (ou V-Pay). Elle est remplacée par une carte dite à « autorisation quasi-systématique », qui, bonne nouvelle, fonctionne dans les parkings et péages, mais qui, mauvaise nouvelle, coûte le même prix qu’une carte classique à débit immédiat. Cette nouvelle carte à contrôle de solde revient par exemple à 55 euros par an à la Banque de Savoie, contre 36 euros auparavant pour la Visa Electron.

Le client économe touché

Pour les clients avec un profil « économe », l’augmentation des frais sera en revanche plus sévère : +3% avec une facture annuelle moyenne qui passe à 84 euros. Pour cette clientèle qui dispose essentiellement d'une Mastercard ou d'une Visa Classic avec un abonnement banque à distance, l’inflation provient des passages aux DAB dans des banques concurrentes (voir ci-après) et à l’habituelle augmentation de 0,50 à 2 euros de la cotisation annuelle de sa carte.

Consulter notre classement personnalisé des banques par frais bancaires

Le client standard lourdement pénalisé

Vous n’êtes ni très souvent à découvert, ni très aisé, ni très regardant sur les tarifs et la quantité de produits bancaires souscrits ? En résumé, vous ne vous reconnaissez pas dans ces 3 profils un peu caricaturaux ! Cela ne signifie pas, pour autant, que vous êtes à l’abri des hausses. Au contraire, d’après nos estimations, notre utilisateur « standard » - il détient une carte Visa ou Mastercard classique à débit immédiat, un abonnement pour gérer son compte à distance, fait notamment 4 retraits par mois dans un distributeur n’appartenant pas à sa banque et il lui arrive occasionnellement d’être en léger découvert – va subir une hausse de 4% de ses frais bancaires. Alors qu’un utilisateur standard, de l’une des enseignes qui va modifier ses prix, a déboursé en moyenne 174 euros en 2020, il va payer 179 euros de frais bancaires l’an prochain.

A l’origine de cette augmentation : le durcissement des tarifs des opérations bancaires banales mais qui coûtent de l’argent à la banque, comme les retraits dans des distributeurs d’enseignes concurrentes appelés retraits déplacés. Un quart des nouvelles plaquettes prévoient soit d’augmenter le prix unitaire des retraits en zone euro, soit de limiter le nombre d’opérations gratuites par mois. Bilan : la norme du 1 euro par passage au DAB après 3 ou 4 retraits gratuits mensuels est remise en cause. C’est le cas par exemple à la Banque Populaire Rives de Paris, à la Caisse d'Epargne Bretagne Pays de Loire ou encore aux Crédits Agricoles de Lorraine, Ille-et-Vilaine et de Guadeloupe, où seules 2 opérations deviendront gratuites en 2021, contre 3 précédemment. Les Banques Populaires Val de France, Bourgogne Franche-Comté et Occitane ainsi que la Caisse d'Epargne de Bourgogne Franche-Comté augmentent, quant à elles, de 10 à 25 centimes d’euro le prix des retraits payants.

Les 20 banques qui vont le plus augmenter leurs prix pour notre profil « standard »
Frais annuels en 2021Variation 2020-2021
Crédit Agricole Pyrénées Gascogne168 €17%
Crédit Agricole Guadeloupe202 €14%
Crédit Agricole Lorraine181 €9%
Caisse d'Epargne Auvergne et Limousin181 €8%
Caisse d'Epargne Bretagne Pays de Loire197 €7%
Crédit Agricole Ille-et-Vilaine167 €7%
Banque Populaire Rives de Paris222 €6%
BRED Banque Populaire Guadeloupe220 €5%
BRED Banque Populaire220 €4%
Crédit Agricole Loire Haute-Loire180 €3%
Crédit Agricole Côtes d'Armor168 €3%
Banque Populaire Occitane186 €3%
Caisse d'Epargne Bourgogne Franche-Comté180 €2%
Banque Populaire Auvergne Rhône Alpes189 €2%
Banque Chalus182 €2%
Banque Populaire Bourgogne Franche-Comté193 €1%
Banque Populaire Val de France194 €1%
Caisse d'Epargne Loire Drôme Ardèche150 €1%
Caisse d'Epargne Loire-Centre167 €1%
Caisse d'Epargne Rhône Alpes156 €1%

Calculs basés sur les plaquettes 2021 connues au 15 décembre 2020

Ce durcissement concerne les personnes qui détiennent une carte bancaire classique. En principe, les Visa Premier, Gold Mastercard et autres Visa Infinite continuent à permettre des retraits gratuits illimités dans les DAB français et européens.

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Cette évolution n’est pas nouvelle. Elle est confortée par les barèmes de 2021 et facilitée par la raréfaction de l’utilisation des pièces et billets. « L’augmentation des frais de retraits n’est probablement pas étrangère à l’augmentation du plafond du paiement sans contact [Il est passé de 30 à 50 euros en mai, ndlr] et à la volonté des banques de rentabiliser leurs impressionnants réseaux de distributeurs. L’utilisation du cash devrait encore décroître dans les années à venir, les banques accompagnant cette tendance. Et puis, les banques veulent continuer à inciter leurs clients à faire des retraits dans leurs distributeurs », souligne Laurent Trichet, fondateur du cabinet d’études Sémaphore Conseil.

Pour privilégier les paiements par carte bancaire, les banques durcissent aussi le prix de l’envoi du chéquier à domicile. Dans un contexte de pression sur les marges bancaires, cela leur permet aussi de répercuter sur le client le coût des interventions humaines parfois nécessaires à leur traitement. Notre profil standard se fait envoyer un chéquier tous les deux ans. Résultat, s’il est client de la Caisse d’Epargne d’Auvergne et du Limousin, son acheminement en recommandé lui coutera 7 euros en 2021 hors frais postaux, contre 3 euros en 2020. Au Crédit Agricole Loire-Haute Loire, cette opération passera de 6,10 euros, frais postaux inclus, à 8,15 euros. Cette caisse régionale précise qu’il est possible de se faire, sur demande, envoyer son carnet de chèques en pli simple. Dans ce cas, pas de hausse, le coût restera à 1,50 euro.

S’il est possible d’éviter de payer des frais d’envoi de chéquier (en le récupérant en agence ou en se passant de chèque) ou des frais de retrait en choisissant le bon distributeur ou en limitant les passages au DAB, il est en revanche plus compliqué de ne pas payer de frais de tenue de compte. « La banque est un service et cela se paie. Ainsi, les frais de tenue de compte reflètent le prix de la gestion courante et le prix de l'enrichissement croissant des interfaces (fixes ou mobiles) en termes de fonctionnalités », souligne Laurent Trichet.

D’ailleurs, en 2021, leur hausse dans plusieurs banques mutualistes explique aussi en partie l’inflation des frais bancaires de notre client standard. A la Bred, les frais de tenue de compte vont ainsi passer de 24 à 30 euros par an. Pire encore, le Crédit Agricole Pyrénées Gascogne, qui jusqu’alors n’indiquait pas cette ligne tarifaire, retiendra désormais 24 euros par an à ses clients. La bonne nouvelle est que les détenteurs d’un compte à composer, le nom de l’offre groupée de services du réseau Crédit Agricole, échappent à ces frais de tenue de compte. La Bred, aussi, a décidé de ne pas répercuter cette hausse sur le prix de sa principale offre groupée Bred Access, qui démarre à 62 euros par an.

Cette stratégie vise notamment à rendre les packages plus compétitifs par rapport à la souscription « à la carte » des produits bancaires. D'ailleurs, les banques proposent de plus en plus des packages à frais réduits aux noms évocateurs - Eko, Globe-Trotter, LCL Essentiel, Kapsul ou encore Enjoy - pour attirer et retenir les clients ayant un budget serré et des besoins limités.

Notre méthodologie

Pour aboutir à ces évolutions moyennes, nous nous sommes basés sur les plaquettes tarifaires 2021 déjà publiées par les banques traditionnelles, soit quelque 48% des enseignes que nous surveillons dans le cadre de nos comparatifs. Nous avons retenu les prix à la carte et non les packages bancaires. Concrètement, après l'étude de ces brochures, nous comparons les frais bancaires de 2020 à ceux de 2021 en fonction de 4 profils de clients afin de refléter au mieux la variation des tarifs pour une personne qui fait de l’établissement sa banque principale. Il y a donc le client insouciant fréquemment dans le rouge et consommant beaucoup de produits bancaires, le client économe jamais à découvert, le client premium qui voyage beaucoup et dispose d'une carte très haut de gamme, et le client standard.

S’agissant du profil standard, central dans cet article, il est équipé d'une carte bancaire internationale de base, réalise ses opérations de gestion depuis internet et effectue quelques opérations par an à l'étranger. Voici les prestations retenues : abonnement à l'accès à distance, frais de tenue de compte - coût annuel, Visa ou Mastercard à débit immédiat, 4 retraits par mois en zone euro, 3 retraits et 4 achats par an en devises, 2 prélèvements par mois, 1 virement par mois via internet, 1 chèque de banque tous les 5 ans, 1 chéquier tous les 2 ans, 5 commissions d’intervention par an, 1 rejet de chèque tous les 2 ans, découvert autorisé de 100 euros, découvert non autorisé de 500 euros, 1 500 euros sur un Livret A et un compte sur livret.

Vous pouvez retrouver le détail de ce profil et des 3 autres dans notre comparateur des banques les moins chères.