La retraite est dans la rue, dans l'hémicycle, sur les écrans... Partout. Maintenant que la réforme des retraites va s'appliquer, en septembre prochain, sauf censure du Conseil constitutionnel, avez-vous les clés pour comprendre ses impacts ? Voici le b.a-ba du vocabulaire à retenir pour ne pas être totalement perdu.

Âge légal de départ à la retraite

62 ans, à ce jour. Avant que la réforme ne recule progressivement cet âge légal de départ à la retraite à 64 ans, à l'horizon 2030. Attention : cet âge légal n'est pas synonyme de départ automatique à la retraite. Il est possible de liquider vos droits plus tard (ce qui permet surtout d'augmenter la future pension).

Certains peuvent réclamer un départ anticipé à la retraite (à 60 ans par exemple) : c'est le cas pour plusieurs régimes spéciaux, mais aussi pour les travailleurs pouvant justifier d'une carrière longue. Avec cette réforme, il faudra a minima avoir travaillé pendant un an avant la fin décembre de l'année de vos 18 ans pour partir à 60 ans, de vos 20 ans pour partir à 62 ans et de vos 21 ans pour partir potentiellement à 63 ans.

Carrière longue : ce que va changer la réforme des retraites pour ceux qui ont commencé à travailler tôt

Âge du taux plein

Plus vous travaillez longtemps, plus la pension que vous allez toucher lors de vos vieux jours augmente : ce principe existe déjà, sans attendre la mise en œuvre de la réforme. Vous avez entendu parler de « taux de remplacement » et de pensions atteignant grosso modo les trois quarts du salaire en fin de carrière ? Ces ordres de grandeur correspondent en effet aux statistiques officielles de la Drees (1) mais - nuance d'importance - « pour les personnes ayant effectué une carrière complète ». Bref, pour espérer une « bonne » retraite, il faut viser l'âge du taux plein.

Pour atteindre cet âge, il faut cotiser un nombre de trimestres donné. Exemple, actuellement, pour un salarié né en 1973, 172 trimestres sont nécessaires pour obtenir une retraite à taux plein. Si jamais votre carrière est « incomplète », le taux plein s'applique automatiquement à 67 ans. Seule l'inaptitude peut permettre d'atteindre le taux plein avant d'avoir réuni tous les trimestres requis.

Réforme des retraites : combien de trimestres devrez-vous travailler en plus ?

Trimestre

Pour clore une « carrière complète », il faut valider des trimestres. Et pour valider un trimestre, il faut percevoir un revenu minimal sur 3 mois. En 2023, il faudra toucher 1 690,50 euros de salaire brut pour la validation d'un trimestre (contre 1 585,50 euros un an plus tôt), ce montant étant revalorisé au rythme de la hausse du Smic.

Durée d'assurance

Cette durée de cotisation correspond au total des trimestres validés. La durée d'assurance est la base de calcul de votre future pension. La « durée d'assurance requise » est la durée nécessaire pour atteindre le taux plein.

Combien de trimestres devrez-vous cotiser pour toucher une retraite à taux plein ?
Année de naissanceAge de départ légalAvant la réformeAprès la réforme
196062 ans

167 trimestres
41 ans, 9 mois

167 trimestres
41 ans, 9 mois
Janvier 1961
à août 1961
62 ans

168 trimestres
42 ans

168 trimestres
42 ans
Septembre 1961
à décembre 1961
62 ans et 3 mois168 trimestres
42 ans
169 trimestres
42 ans, 3 mois
196262 ans et 6 mois168 trimestres
42 ans
169 trimestres
42 ans, 3 mois
196362 ans et 9 mois168 trimestres
42 ans
170 trimestres
42 ans, 6 mois
196463 ans169 trimestres
42 ans et 3 mois
171 trimestres
42 ans, 9 mois
196563 ans et 3 mois169 trimestres
42 ans et 3 mois

172 trimestres
43 ans

196663 ans et 6 mois169 trimestres
42 ans et 3 mois
172 trimestres
43 ans
196763 ans et 9 mois170 trimestres
42 ans et 6 mois
172 trimestres
43 ans
196864 ans170 trimestres
42 ans et 6 mois
172 trimestres
43 ans
196964 ans170 trimestres
42 ans et 6 mois
172 trimestres
43 ans
197064 ans171 trimestres
42 ans et 9 mois
172 trimestres
43 ans
197164 ans171 trimestres
42 ans et 9 mois
172 trimestres
43 ans
197264 ans171 trimestres
42 ans et 9 mois
172 trimestres
43 ans
197364 ans172 trimestres
43 ans
172 trimestres
43 ans

Source : Matignon

Pour atteindre plus vite cette durée requise, vous pouvez « racheter » des trimestres non validés (pour cause d'études, de cotisations insuffisantes, de travail à l'étranger, etc.). Cela permet donc de bonifier votre pension, ou de partir plus tôt à la retraite (en vous rapprochant plus rapidement du taux plein)... ou les deux.

Retraite : racheter des trimestres, est-ce utile et combien ça coûte ?

Décote

Quand vous liquidez vos droits à la retraite avant d'avoir atteint l'âge du taux plein, on parle de décote. Schématiquement, le taux appliqué à votre revenu annuel retenu pour le calcul de la retraite sera plus faible... et donc votre pension inférieure.

Retraite : une subtilité pour toucher le taux plein automatique de votre pension à 67 ans

Surcote

En revanche, si vous continuez à travailler après avoir passé l'âge du taux plein, « une surcote (majoration définitive) augmente le montant de votre retraite », explique Info-Retraite : « Elle dépend du nombre de trimestres supplémentaires travaillés ». Une nouvelle fois, tout dépend de l'âge auquel vous pouvez atteindre votre taux plein, situé actuellement entre 62 et 67 ans. Et à terme entre 64 et 67 ans suite à la réforme (sauf exception des carrières longues).

Pension de base

Le décompte des trimestres concerne avant tout la retraite de base. Hormis pour les ex fonctionnaires dont la majeure partie de la pension est une retraite de base, la pension des salariés du privé se divise en deux parts distinctes : une retraite de base + une complémentaire.

La Caisse nationale d'assurance vieillesse (Cnav) gère le régime général pour près de 15 millions de retraités. Le SRE (Service des retraites de l'État) et la CNRACL (Caisse nationale des agents des collectivités locales) gèrent la pension de base des ex fonctionnaires, la CNAVPL celle des libéraux.

Selon les statistiques livrées par l'Agirc-Arrco, la pension moyenne (hors pension de réversion suite au décès du conjoint), de 1 474 euros en 2020, comprend 732 euros de pension de base, 491 euros versés chaque mois par l'Agirc-Arrco et 251 euros versés par d'autres régimes pour les retraités ayant cotisé à différents régimes au cours de leur carrière.

Point Agirc-Arrco (et points des divers régimes complémentaires)

Le régime complémentaire Agirc-Arrco, celui des salariés du privé, est celui qui concerne le plus de monde, avec 13 millions de retraités à l'heure actuelle, mais le principe du point est le même pour tous les régimes complémentaires : vous cotisez tout au long de votre carrière et accumulez des points.

Puis ces points ont une valeur directement convertible en euros. Attention : la valeur peut potentiellement varier à la hausse comme à la baisse ! La valeur du point Agirc-Arrco est actuellement de 1,3498 euro. Pour 1 000 points accumulés, vous avez droit à environ 1 350 euros bruts de pension annuelle.

La complémentaire est-elle totalement déconnectée de la réforme ? Non, car il existe aussi une décote si vous n'atteignez pas l'âge du taux plein. Si la durée d'assurance requise pour le taux plein évolue pour votre génération, la complémentaire est indirectement touchée par la réforme.

Par ailleurs, un malus temporaire de 10% s'applique à la complémentaire quand vous partez pile à l'âge du taux plein : à ce stade, le régime Agirc-Arrco ne s'est pas encore prononcé sur le maintien de ce mécanisme incitant à travailler plus longtemps, une fois que la réforme sera en vigueur, en septembre 2023.

Retraite complémentaire Agirc-Arrco : « la décote de 10% s'appliquera-t-elle toujours après la réforme ? »

Minimum vieillesse

L'Allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA), ou « minimum vieillesse », grimpe à 961,08 euros par mois pour un retraité célibataire en 2023. Versée par votre caisse de retraite, cette allocation fait partie des minima sociaux à l'image du RSA.

Pension minimale

La promesse (largement écornée) d'une retraite minimum à 1 200 euros ? Elle repose sur le « minimum contributif », à ne pas confondre avec le minimum vieillesse ! Cette pension minimale (aujourd'hui de 684 euros, voire 748 euros en en cas de majoration) concerne uniquement les retraités qui ont atteint l'âge du taux plein (et non l'âge légal). Sans taux plein, le minimum est inférieur... Et à cette pension minimum du régime de base s'ajoute la complémentaire.

Précision d'importance : la pension à 1 200 euros mensuels promise par le gouvernement pour les carrières complètes s'entend « pension de base + complémentaire » et en brut.

Réforme des retraites : ce qui va changer pour les petites retraites

(1) Direction de la recherche, des études de l'évaluation et des statistiques.