Les Français ont beau rechigner à payer avec leurs smartphones, les grandes manuvres continuent dans le secteur du paiement mobile. Jeudi dernier, une nouvelle application a fait son apparition sur les stores iPhone et Android. Lyf Pay est le résultat de la fusion de deux produits préexistants, Fivory et Wa !, ainsi que le fruit de lunion de deux grandes banques, BNP Paribas et le Crédit Mutuel-CIC, et de deux géants de la grande distribution, Carrefour et Auchan.
Lire aussi : Paiement mobile : BNP Paribas, Crédit Mutuel, Carrefour et Auchan font alliance
Capsules de services
Comment analyser cette large alliance, qui inclut également le géant pétrolier Total et le réseau de paiement MasterCard ? Une des motivations est bien sûr de ne pas rater le train du paiement mobile. Si les usages restent aujourdhui très minoritaires - en février 2016, seuls 6% des consommateurs déclaraient avoir déjà payé avec leur smartphone - les banques et les hypermarchés semblent avoir pris acte du fait que ces nouvelles façons de payer allaient petit à petit trouver leur place dans le paysage, comme en son temps la carte bancaire. Il sagit donc dores et déjà de prendre une bonne place sur ce marché en devenir.
Lalliance banques-distributeurs fait sens dans ce cadre. Les premières amènent leur savoir-faire en matière de maîtrise des flux de paiement et dexpérience ; les seconds leur expertise en matière de fidélisation client. Lensemble fait le pari de dégager - au moins en théorie - une valeur ajoutée suffisante pour convaincre le consommateur. Lyf Pay apparaît ainsi comme léquivalent mobile des « cartes universelles de magasin » qui permettent aujourdhui, chez Carrefour, Auchan mais aussi chez Amazon ou à la Fnac, de payer partout tout en bénéficiant davantages spécifiques chez le distributeur. Des cartes « capsules de services » qui rencontrent un succès croissant chez les consommateurs.
Lire aussi : Pourquoi les cartes bancaires de magasin ont tant de succès
Garder la maîtrise des données
Lalliance autour de Lyf Pay, toutefois, nest pas quopportuniste commercialement. Elle est aussi très largement défensive. Secteur bancaire et grande distribution ont en effet un « ennemi » en commun : les fameuses GAFA - acronyme reprenant les initiales de Google, Apple, Facebook, Amazon -, ces superpuissances de léconomie numérique. Ces dernières en effet ont un il sur le juteux marché des paiements, dont les revenus vont exploser dans les années à venir. Apple Pay est ainsi désormais disponible dans 16 pays, et depuis juillet 2016 en France. Samsung Pay devrait prochainement arriver à son tour. Facebook a obtenu récemment un agrément de prestataire de paiement en Europe. Et Amazon Pay se développe dans le-commerce.
Le moins quon puisse dire est que les secteurs de la banque et de la grande distribution naccueillent pas ces nouveautés à bras ouverts. Près dun an après son lancement, seules deux banques françaises, BPCE et Carrefour Banque (qui joue donc sur les deux tableaux), ont accepté de travailler avec Apple Pay. Les autres refusent dans limmédiat de se plier aux conditions imposées par la Pomme, qui prélèvent une part substantielle des revenus générés par les paiements effectués avec iPhone, mais conservent aussi pour elle les données clients liées à ces achats.
Outres les revenus directs tirés des actes de paiements, les géants du numérique sont en effet en quête de nouveaux gisements de ce qui apparaît comme leur principal carburant : les données, et en loccurence les données paiements, hautement valorisables, qui permettent danalyser les habitudes et danticiper les besoins des consommateurs. Conserver la maîtrise de ces données est ainsi lenjeu n°1 des banques et des grands commerçants. Ce qui explique aussi le lancement de Lyf Pay.
Les craintes de la grande distribution face au paiement mobile NFC
La grande distribution, par le biais de son association professionnelle Mercatel, a récemment partagé avec Les Echos ses craintes face à lémergence du paiement mobile. Les enseignes y pointent un triple risque, pour la sécurité des paiements, pour leur coût et pour leur relation avec les clients. Ils appellent ainsi à la mise en place, sous la responsabilité des banques et des grands réseaux de paiement, dune « charte de bonne conduite ». Si leur demande naboutit pas, elles menacent dappliquer un plafond de 20 euros sur les paiements mobiles, le même que celui des paiements par carte sans contact, alors que la réglementation les autorise à aller jusquà 300 euros.



















