Dun côté, le Crédit Mutuel-CIC, géant bancaire mutualiste aux 24 millions de clients et aux dizaines de milliers de conseillers ; de lautre, Orange Bank, néobanque mobile encore sur la rampe de lancement. Entre les deux, un point commun nommé Watson.
Le Crédit Mutuel vient dannoncer lextension à « 20.000 collaborateurs dans 5.000 caisses et agences » de lutilisation de Watson, au terme dune première expérimentation menée par 150 conseillers de la banque. Une première, à cette échelle, pour une institution financière française. Orange Bank, de son côté, a insisté le 20 avril lors du dévoilement de sa future offre sur la disponibilité 24h sur 24 et 7j sur 7 dun « conseiller virtuel » joignable par tchat, capable à terme « deffectuer des tâches à la demande des clients comme faire des virements ou épargner ». Là encore, il sagira de Watson.
« Imiter lintelligence humaine »
Qui est donc ce Watson ? Sous ce nom - qui fait référence au premier PDG d'IBM, Thomas J. Watson - se cache un « service cognitif » développé par IBM. Watson est ainsi léquivalent pour le géant étatsunien de lAlexa dAmazon ou du Cortana de Microsoft. Ou encore du Siri dApple.
« Watson est ce quon appelle une intelligence artificielle faible », précise Alban Nogues, vice-président innovation et technologies pour les services financiers chez CGI et excellent connaisseur des services cognitifs. « Ça na rien de péjoratif : cela signifie simplement quelle a besoin dêtre entraînée pour imiter lintelligence humaine. » Cest ainsi ce qua fait le Crédit Mutuel qui, associé à IBM, a testé Watson « [pour] améliorer ses capacités en langue française », explique la banque dans un communiqué.
Des compétences audiovisuelles
Correctement entraîné, de quoi Watson est-il capable ? Le système sait lire des images, ou comprendre et reconnaître des sons. Il peut « reconnaître un visage pour permettre lauthentification dans une application ou à un automate bancaire », explique Alban Nogues, « ou déceler certaines émotions - la colère par exemple - dans la voix dune personne, même si cette émotion nest pas directement exprimée ». Watson est ainsi utilisé dans les centres dappel pour repérer linsatisfaction dun client et donner à sa demande un traitement approprié.
Mais ce ne sont pas ces compétences audiovisuelles qui intéressent dans limmédiat le Crédit Mutuel et Orange Bank. Watson est en effet aussi capable de faire lanalyse sémantique dun texte - den comprendre le sens.
350.000 courriels par jour au Crédit Mutuel
Chaque jour, les conseillers du Crédit Mutuel reçoivent plus de 350.000 courriels. Soit plus de 87,5 millions par an. Traiter efficacement cette masse de communications, les router vers les bons interlocuteurs, représente pour eux une perte de temps considérable. Un temps qui pourrait être utilisé pour améliorer le conseil aux clients. « Les compétences de Watson en analyse sémantique permettent dautomatiser le traitement de ces mails, de les orienter vers les bons interlocuteurs sans intervention humaine », détaille Alban Nogues. « Cest un gain de temps, defficacité globale, qui permet aussi daméliorer la réponse faite au client ».
Au Crédit Mutuel, lintégration de Watson est donc avant tout destinée à apporter plus de confort, au quotidien, aux conseillers de lenseigne, et de leur permettre de se concentrer sur des tâches à valeur ajoutée. Mais quen est-il de lutilisation de Watson par les clients directement, ce qui semble être lambition dOrange Bank ? En résumé, Watson est-il capable daccompagner et de conseiller ces clients ? Alban Nogues en doute.
Vers une banque sur mesure
« Aujourdhui, Watson sait répondre à des questions de type FAQ, et faire des opérations de base », explique le spécialiste de linnovation. « Mais le conseil est encore lapanage de lhumain ». Cest toutefois le sens de lhistoire : les clients bancaires sont en effet de plus en plus demandeurs de services personnalisés. « Ils veulent une offre bancaire qui soit non seulement omnicanale, mais aussi différente de celle du voisin », poursuit Alban Nogues. Et pour parvenir à ce niveau de sur mesure, les banques nauront dautre choix que de sappuyer sur lintelligence artificielle. Elémentaire !



















