Benoît Grisoni, ING Direct, votre principal concurrent, vient dannoncer quil allait faire payer 5 euros par mois le compte courant et la carte bancaire aux clients ne remplissant pas certaines conditions de dépôt (1). Que vous inspire cette décision ?
Benoît Grisoni : « Les conditions de marché actuelles sont compliquées pour toutes les banques. ING Direct rencontre sans doute une difficulté supplémentaire, dans la mesure où elle dispose historiquement de forts encours sur les livrets, qui sont devenus moins productifs que par le passé. Dans ce contexte, lorsque vous élargissez les critères daccessibilité au compte courant, il peut devenir nécessaire de facturer les clients. »
Doit-on sattendre à une évolution comparable du côté de Boursorama ?
B.G. : « Nous sommes soumis à la même conjoncture quING Direct, et cela implique dêtre vigilants. Pour autant, facturer le compte courant nest pas à lordre du jour chez Boursorama. »
Le choix dING Direct est-il annonciateur dune évolution du modèle économique des banques en ligne ?
B.G. : « Cest encore trop tôt pour le dire. Ce qui est certain, cest que la banque en général est confrontée à une situation inédite et très défavorable, avec une courbe des taux en chute libre et une pression consumériste et réglementaire forte, qui fait baisser les commissions de manière massive. Par ailleurs, nous navons jamais considéré que facturer était un crime. Il y a des opérations payantes chez Boursorama, quand les charges liées à lactivité le justifient. Mais nous devons maintenir notre promesse clé, celle de proposer un modèle gagnant pour le client, par rapport à celui de la banque traditionnelle. Si on ne maintient pas cet écart de tarification, la question de notre légitimité va se poser. A moins de réussir à convaincre que lexpérience client des banques en ligne est en soi supérieure, ce dont je suis persuadé. »
Justement, quels sont les axes damélioration sur lesquels travaille aujourdhui Boursorama ?
B.G. : « Nous avons commencé par rénover, en début dannée, le site vitrine, lespace client et le parcours de souscription. Pour le futur, nous travaillons sur une offre à destination des entrepreneurs individuels, pour un lancement dici la fin de lannée. Nous allons aussi améliorer le parcours de souscription du crédit immobilier, avec lajout de la signature électronique, le téléchargement des justificatifs, etc. Nous avons enfin lobjectif denrichir nos outils de gestion de compte, notamment lagrégation de comptes externes et la récupération automatique de documents, pour parvenir, au moins, à doubler le nombre dutilisateurs de ces services. »
Le contexte concurrentiel français va changer début 2017, avec larrivée dOrange Bank, qui devrait proposer une offre bancaire complète. La craigniez-vous ?
B.G. : « Je ne crois que ce que je vois, donc je vais attendre den savoir plus sur la qualité de loffre. Faudra-t-il passer dans des agences Orange pour souscrire ? Quest-ce qui sera payant ? Est-ce quils feront du crédit immobilier ? Quels arguments va utiliser Orange pour convaincre ses 26 millions de clients venus pour le mobile de le suivre sur la banque ? Nous manquons encore dinformations sur le sujet. Quoi quil en soit, cest un concurrent majeur potentiel, que nous allons évidemment suivre de très près. »
Orange Bank va devenir le 8e acteur dun marché qui ne concerne encore que 10% des usagers bancaires. Nest-ce pas un peu beaucoup ?
B.G. : « Personne ne se pose la question de savoir sil y a trop denseignes de banque à réseau en France. Je ne vois pas pourquoi ce serait différent pour la banque en ligne, dont les acteurs sont dailleurs tous détenus par des groupes bancaires. De ce point de vue, Orange Bank sera dailleurs un cas particulier, ce qui le rend dautant plus intéressant. »
En 2015, Boursorama a capté près de 150.000 nouveaux clients, contre 60.000 environ pour ING Direct, votre principal concurrent. Comment expliquer cet écart ?
B.G. : « Il nest pas spécifique à 2015, il sest creusé depuis trois ou quatre ans. La stratégie de recrutement dING Direct a longtemps été centrée sur un produit, le livret dépargne, qui a perdu de son attractivité avec la baisse des taux. De notre côté, nous avons la chance de posséder un actif important, notre portail dinfos financières, qui est un vecteur dacquisition et de notoriété. Dun point de vue marketing, nous produisons un effort constant, à la différence de certains concurrents qui alternent entre des temps forts, où ils sont très généreux sur les taux et les primes, et des temps faibles, où ils disparaissent. En matière dexpérience client, nous avons essayé de garder un petit temps davance, sur les parcours de souscription par exemple. Enfin, il y a la richesse de notre offre : nous sommes capables aujourdhui de répondre à tous les besoins de nos clients lorsquils surviennent, avec une offre tarifaire cohérente. »
Votre promotion au poste de directeur général adjoint saccompagne de changements au sein du comité exécutif du groupe ? En quoi était-ce devenu nécessaire ?
B.G. : « Ce nest pas une révolution, plutôt un rééquilibrage. Le départ de Patrick Sommelet [lancien directeur général adjoint, qui a repris des fonctions au sein de la Société Générale, NDLR] a été loccasion de trouver un nouvel équilibre, au sein du comité exécutif, entre les fonctions opérationnelles (clientèle, portail, marketing, etc.) et les fonctions support (finances, relations humaines, etc.). Et également entre les anciens et nouveaux venus, ce qui permet à la fois de respecter le travail accompli et dinjecter du sang neuf. »
Justement, un nouveau poste de secrétaire général a été créé, et confié à Alex Buffet, ancien directeur général de Selftrade (2). Quelles sont ses fonctions ?
B.G. : « Alex Buffet reprend une partie des directions rattachées précédemment à Patrick Sommelet : les finances, le juridique, les moyens généraux, la qualité, etc. Cest un moyen de solidifier lorganisation, notamment sur la partie juridique, très importante face aux évolutions réglementaires actuelles. »
(1) Lire à ce propos : ING Direct : un nouveau deal pour conserver la carte Gold gratuite
(2) Boursorama a récemment cédé Selftrade, sa filiale britannique spécialisée dans le courtage, pour se recentrer sur la France.

















