RCI Banque, filiale de financement des marques du groupe Renault (Renault, Nissan, Dacia notamment) vient de lancer un livret d’épargne baptisé Zesto. Mais que vient faire ce spécialiste du crédit automobile sur le marché de l’épargne des particuliers ? Réponse avec Philippe Buros, son directeur commercial.

Philippe Buros, pourquoi RCI Banque a éprouvé le besoin de lancer un livret bancaire, une première en France pour une filiale de constructeur automobile, et pourquoi maintenant ?

« La réflexion qui a mené au lancement du Livret Zesto remonte à fin 2008, début 2009, c'est-à-dire peu après la crise bancaire des subprimes, dans un contexte de fermeture des marchés. Nous avons alors regardé ce qui se faisait ailleurs dans le monde, chez d’autres constructeurs automobiles, et nous nous sommes alors intéressés au modèle allemand. Les grands constructeurs y possèdent en effet des banques de dépôts très importantes. Prenons l'exemple de Volkswagen. Ses sources de refinancement sont divisées en trois tiers : un tiers de titrisation, un tiers venant des marchés et un tiers issu de la banque de dépôt. C'est un exemple que nous aimerions reproduire. »

Vous avez donc décidé d’importer ce modèle allemand en France…

« Oui, mais en tenant compte des différences entre les deux pays. L’Allemagne n'a pas par exemple d’équivalent du Livret A, qui capte en France une bonne part de l’épargne populaire. Financer un tiers de nos besoins grâce aux dépôts bancaires, ce n’est donc pas réaliste aujourd’hui. Notre objectif est néanmoins d'arriver rapidement à passer 10% de notre refinancement par ce nouveau canal. »

Y avait-il urgence à trouver une nouvelle source de refinancement ?

« Non, ni RCI Banque, ni Renault n'ont aujourd'hui de problèmes de liquidités. Notre activité est en forte croissance, avec un encours qui est passé de 20 à 23 milliards d'euros au cours de deux dernières années. Nous avons également levé 7 milliards d'euros l'an passé sur les marchés. Nous nous situons plutôt dans une réflexion de plus long terme : comment se prémunir contre les crises qui affectent le système bancaire, et qui semblent de reproduire régulièrement ? »

Le Livret Zesto a été lancé en partenariat avec le Crédit Mutuel-Arkéa. Comment s’est déroulé le rapprochement entre les deux banques ?

« Notre démarche a été simple : nous sommes allés voir ce que proposaient aujourd’hui les banques de dépôts sur Internet. Et c’est Fortuneo, la filiale de banque en ligne d’Arkéa, qui nous a paru le mieux correspondre à nos attentes. Nous les avons donc contactés. Nous leurs avons acheté le produit en marque blanche. RCI Banque s’occupe de la ligne commerciale du Livret Zesto, du marketing, de la promotion, et Arkea gère le back-office, notamment le conseil et l’informatique. »

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Tous les Français connaissent la marque Renault, mais ils sont beaucoup plus rares à connaître RCI Banque. N’est-ce pas un handicap pour faire connaître le Livret Zesto ?

« Sans doute, mais en France, seules les banques ont le droit de distribuer des livrets, et Renault n’en est pas une, au contraire de RCI Banque. Nous avons donc la nécessité d’installer la marque dans l’esprit des gens. Pour cela, nous avons tablé sur une campagne de communication, où la proximité avec Renault est fortement suggérée, mais aussi sur un produit qui attire l’œil par son taux. Nous avons positionné le Livret Zesto parmi les trois mieux-disants du marché des livrets bancaires, en terme de taux promotionnel mais aussi de taux standard. Enfin, nous avons fait le choix d’un livret bancaire classique, qui est le produit le plus rassurant pour les épargnants. »

Quels sont, en terme d’encours, les objectifs que vous vous êtes fixés ?

« Renault est le premier constructeur automobile français à tenter l'expérience, et il y a donc une part d'inconnu. Nous tablons sur un encours de dépôt de 500 millions d’euros à la fin de la première année, pour atteindre 2,5 milliards d'euros, soit environ 10% de nos encours de crédits, dans deux ans. »

Envisagez-vous d’ores et déjà une diversification de votre offre bancaire ?

« Nous n'avons pas pour projet de proposer des cartes bancaires, ce n'est d’ailleurs pas notre vocation. Par contre, il est probable que nous proposerons prochainement d'autres produits d'épargne, en particulier des comptes à terme. »