Successeur de Paylib en France, ce système de paiement permet d'envoyer et de recevoir de l'argent de compte à compte en temps réel.

Deux ans après son lancement, Wero revendique quelque 60 millions d'utilisateurs en Belgique, en France et en Allemagne, selon son promoteur, l'European Payments Initiative (EPI), avant une extension attendue d'ici fin septembre au Luxembourg, et un déploiement ultérieur aux Pays-Bas et en Autriche.

« C'est au tour des commerçants d'entrer dans le jeu »

Après avoir réussi son implantation auprès des particuliers, Wero joue désormais sa crédibilité dans le commerce. « C'est au tour des commerçants d'entrer dans le jeu », a résumé mardi Thierry Laborde, directeur général délégué de BNP Paribas, lors d'une conférence de presse marquée par l'annonce de l'arrivée du système de paiement chez Fnac Darty début 2027.

Comme en Allemagne et en Belgique, où le système est déjà utilisé pour les paiements en ligne, l'EPI entend changer d'échelle en France en s'attaquant au marché du e-commerce. Après Orange, qui permet depuis début septembre aux clients de sa marque Sosh de régler leurs factures via Wero, Decathlon prévoit à son tour de déployer la solution dans le pays à partir d'octobre.

Décathlon en octobre, Air France fin 2026, Fnac Darty en 2027

Chez Air France, où 80% des achats sont aujourd'hui réglés par carte bancaire, le groupe voit notamment un intérêt dans le modèle tarifaire proposé par Wero. Il compte l'adopter d'ici à la fin de l'année. « Le transport aérien est un secteur particulièrement concurrentiel avec des marges assez faibles », a souligné Bruno Lecerf, directeur des financements et de la trésorerie du groupe. La compagnie met en avant le plafonnement des frais au-delà de 1 000 euros, un avantage pour des billets dont le montant peut rapidement grimper.

Pour Fnac Darty, l'intérêt réside davantage dans la capacité à déployer une même solution sur plusieurs marchés européens où le distributeur français est présent. « Quand on fait le choix d'intégrer tel ou tel moyen de paiement (..) dans tel ou tel pays, on ne peut pas faire tout », a expliqué Martin Aunos, directeur services économie circulaire et paiements du groupe. Selon lui, la possibilité de répliquer facilement une même intégration dans plusieurs pays européens a pesé dans la décision d'adopter Wero.

De nouvelles fonctionnalités seront ajoutées par la suite, parmi lesquelles les abonnements, le paiement à la livraison ou encore les achats en un clic. Les paiements sans contact en magasin seront également introduits. Le paiement sans contact va être proposé l'année prochaine, « progressivement », a assuré Martina Weimert, directrice générale d'EPI.

« Limiter les dépendances »

Au-delà des enjeux commerciaux, le développement de Wero s'inscrit dans une volonté plus large de réduire la dépendance de l'Europe aux grands réseaux de paiement étrangers, alors que Visa, Mastercard, PayPal ou encore Apple Pay occupent une place prépondérante dans les transactions du quotidien. « Notre enjeu, c'est de limiter les dépendances et surtout, pour les marchands, d'offrir des alternatives », a insisté Thierry Laborde.

Cette ambition ne met pourtant pas le système à l'abri des difficultés rencontrées par les autres moyens de paiement. Ces derniers mois, plusieurs tentatives d'escroquerie ont été signalées, notamment des campagnes d'hameçonnage dans lesquelles les fraudeurs cherchent à obtenir les coordonnées bancaires de leurs victimes. Les banques rappellent ainsi que, comme pour les virements classiques ou les paiements par carte, la vigilance des utilisateurs reste indispensable.

La bataille des paiements ne se limite toutefois pas à Wero puisqu'un autre moyen de paiement est en cours de création en Europe, l'euro numérique de détail, version dématérialisée des pièces et des billets attendue pour 2029, soutenu par la Banque centrale européenne. Le projet suscite toutefois depuis plusieurs années des réserves dans le secteur bancaire, qui craint un transfert d'une partie des dépôts vers les portefeuilles d'euros numériques et un affaiblissement du rôle des banques dans le financement de l'économie.