Doù viennent-ils ?
Moula, ou mulla, moolah voire moulaga. « Il sagit dun emprunt à largot américain », nous apprend Aurore Vincenti dans Les mots du bitume (1). « Contrairement à ce que lon pourrait imaginer, il sagit dun argot plutôt ancien puisquon employait ce mot aux États-Unis dans les années 1920. » Et dans la culture américaine, Moolah is money, ajoute Aurore Vincenti. The Times of India affirme même que moolah est un mot fidjien qui serait lui-même lancêtre du mot anglais money Dans son ouvrage Aurore Vincenti souligne toutefois que lorigine lointaine de moula reste incertaine. Une chose est sûre : en France, moula a été pioché de lautre côté de lAtlantique pour désigner largent.
Kichta. Elle désigne une « liasse de billets de banque » et plus généralement largent selon le Dictionnaire de la zone. Pour lorigine du mot, cest plus délicat, de laveu même dAbdelkarim Tengour, fondateur du site : « Kichta est le dernier ajout du Dictionnairedelazone.fr. Pour celui-là, je nai pas de certitude sur lorigine ! »
Dabord la rue ou le rap ?
« Moula vient de la culture américaine. Des rappeurs comme Booba y puisent beaucoup de vocabulaire », confie Abdelkarim Tengour, par ailleurs auteur de Tout largot des banlieues. « Des mots comme artiche ou moula, moi, je ne les ai jamais entendus dans la rue ! Cest du vocabulaire qui est surtout popularisé par le rap. »
Difficile de savoir qui, en France, a le premier utilisé le terme moula pour parler dargent mais Booba est le premier à lavoir glissé dans les paroles dune chanson (Caramel en 2012). Et il en a popularisé lusage auprès des plus jeunes, comme en témoigne Abdelkarim Tengour : « Par exemple, pour moula, la plupart des contributeurs [le Dictionnaire de la zone est collaboratif, NDLR] ont entre 15 et 23 ans. »
Dans Les mots du bitume, Aurore Vicenti voit dans cet emprunt à la culture américaine une recherche de street credibility : « On emploie ce mot pour dire que lon connaît les réalités de la rue, que lon a tâté́ du bitume. ( ) Entendez par là tout un univers de violence, de thune et de drogue. » La linguiste ajoute en effet que lusage du mot moula renvoie désormais aussi à de la drogue.
Pour kichta, lusage est encore plus récent et popularisé là encore par des rappeurs. Rendez-vous dans quelques années pour mieux en tracer origine(s) et usage(s).
Heuss, Booba, Soolking
Extraits. Totalement hors sujet Abba et leur célèbre Money, money, money ? Oui ! Quoique Outre lévident clin dil au nom du site dinformation que vous êtes en train de consulter, ce retour en 1976 permet simplement de rappeler que la chanson sest souvent faite lécho denvies dargent. « Money, money, money, ça doit être amusant, dans le monde des gens riches ( ) Tout ce que je pourrais faire, si javais un peu dargent ( ). »
Dans un léger ou gros raccourci, les rappeurs sinscrivent ainsi dans une certaine tradition, quand ils réclament de largent tout en maquillant le mot dun mot dargot. Dailleurs le tout récent (2020) clip Kichta de Soolking démarre sur un faux jeu télévisé où la présentatrice demandent « le mot le plus populaire en argot pour désigner une grosse quantité dargent ». Flouze, moula, écu Non ! Kichta ? Oui. « Oh, la kichta. Eh, j'veux la kichta (...) »
Avant de faire le parallèle avec le tube Moulaga (100 millions de vues sur YouTube, tout de même), moulaga étant une extension de moula, répétons que cest bien Booba qui a été le premier à populariser cette expression dorigine américaine dans Caramel, en 2012 : « Jdois faire du biff, de la moula, du caramel ».
Mais cest bien Heuss (qui chantait déjà « la moulaga » dans le refrain d'Aristocrate début 2019) et Jul qui ont fait passer lexpression moula dans une toute autre dimension tout en glissant, au détour dun couplet, donc quelques mois avant Soolking : « Kichta compressée cest pour mieux décompresser ». Quand les rappeurs se répondent par morceaux interposés...
Les mots dargent, à suivre
Sur « Parlons de cash » (MoneyVox), vous en avez pour votre argent ! (Et ce même si lire nos articles ne vous coûte pas un biffeton ) A suivre, pour cette série dété : blé, avoine, biff, maille, caillasse, brique, fric, oseille, fraîche, lové, rond, radis, beurre, grisbi, pépètes, picaille, mitraille
- 1er épisode : Fric, pognon, flouze ou pèze : ce que cachent les mots de l'argent
- 2ème épisode : Héritage : combien valent les « 100 patates » des Inconnus ?
- 3ème épisode : Vous payez cash ou liquide ?
- 4ème épisode : Yeuma, némo, zeillo, yaska, neuthu, gengen Quand l'argent devient un langage codé
(1) Éditions Le Robert.



















