La Cour des comptes met son nez dans les frais bancaires. Plus particulièrement dans les frais dincidents occasionnés lors dun découvert. Dans leur rapport annuel, les magistrats dénoncent leur « opacité » et « labsence dinformation des pouvoirs publics à la fois sur leur montant global et sur leur détail par catégorie de clients et de frais ». Et pourtant les enjeux sont considérables.
Selon lestimation déconomistes de lInstitut national de la consommation (INC), le business rapporterait 6,5 milliards deuros par an aux banques. Il sagit dune estimation car aucune banque naccepte de communiquer ce que les agios, commission d'intervention et autres frais qui sen suivent lui rapporte. Et l'addition peut grimper très vite. En cas de découvert non autorisé par exemple, la banque va envoyer, en principe, à son client une lettre dinformation pour qu'il régularise sa situation. Son coût peut grimper jusqu'à 45 euros d'après le comparatif de MoneyVox.
Ce secret sur la manne des frais d'incidents est jalousement gardé puisque même le ministre de lEconomie ne le connaît pas. Interrogé récemment à ce sujet dans le cadre de lémission Cash Investigation consacrée au business opaque des frais bancaires, Bruno Le Maire a reconnu quil na aucune idée de la somme récoltée par les établissements financiers avec ce type dopérations, en précisant quil aimerait bien le connaître !
Des frais à éclaircir
Justement, cest ce que lui demande expressément la Cour des comptes. Dans ses recommandations, elle appelle Bercy à « évaluer et suivre le montant des frais dincident de paiement, des frais dirrégularité de fonctionnement et des commissions dintervention payés par les particuliers ». Si ces frais viennent bien rémunérer des prestations effectuées par les établissements de crédit car le compte du client est dans le rouge, la Cour des compte constate quelles sont décorrélées « de leur coût réel ».
Ces frais dincidents ont été plafonnés pour les clients fragiles récemment. En 2019, ces plafonnements ont bénéficié à 1,4 million de clients en situation de fragilité financière. Sauf que lefficacité de ce dispositif fait débat. Selon la Cour, il se heurte à lautonomie laissée aux banques « dans la définition des critères de sélection de ses bénéficiaires ». En effet, elles ne prennent pas le même seuil de revenus pour que leurs clients puissent bénéficier de cette protection.
« Plutôt que dharmoniser les critères donnant droit au plafonnement, le gouvernement sest contenté dimposer aux banques de les publier sur leurs sites internet en juillet. Alors quon aurait pu penser que les mauvais élèves prennent exemples sur les bons, cette lisibilité na pas été porteuse de modération tarifaire, bien au contraire. En novembre, BNP Paribas et La Banque Postale ont décidé de durcir drastiquement leurs plafonds de revenus de détection trimestriels pour les aligner sur ceux de leurs concurrents », dénonce lUFC-Que Choisir dans une récente enquête consacrée aux méthodes des banques pour contourner le plafonnement.
Un plafonnement pas assez efficace
Et malgré ce dispositif, la Cour constate que de nombreux bénéficiaires ont rencontré au moins un incident dans lannée et ont donc été facturés de frais, ce qui illustre les limites du plafonnement dans la prévention des incidents. « Plusieurs pistes de travail sont envisageables pour améliorer linformation des clients tout en minimisant le coût des incidents pour les établissements de crédit, quil sagisse par exemple dune extension aux prélèvements et virements de linformation préalable à leur rejet pour défaut de provision, de linformation par courriel ou SMS, de la possibilité donnée aux clients de choisir la date de certains prélèvements », suggère le rapport.
Si la Cour des comptes sattache principalement aux conséquences des frais dincidents pour les personnes les plus fragiles, certains veulent aller encore beaucoup plus loin. Une trentaine de députés Les Républicains proposent dexonérer les particuliers, jusquà 200 euros par an, de frais et autres commissions facturés à loccasion dun découvert bancaire. Considérant que ces frais dincident bancaire, tarifés avec des marges de 86%, nont aucune justification économique et risquent daggraver la situation financière des victimes de la crise, un nouveau plafond viserait à limiter à 10% les dites marges réalisées par les banques », indiquent les députés.
Selon une récente étude pour le comparateur Panorabanques, 51% des Français sont à découvert au moins une fois par an. Pour 35% dentre eux, le découvert est inférieur à 100 euros par mois. Cette exonération leur permettrait donc de ne plus payer de frais dincident.
Voir le classement des banques les moins chères en mars 2021










