Tout commence par une question : savez-vous combien vous coûte votre banque ? Si vous avez la chance de ne pas être à découvert, la réponse est probablement non : pourquoi sen inquiéter, tant quon est dans le vert ? Dans « Nos très chères banques », le reportage de Cash Investigation diffusé ce jeudi 4 février sur France 2, un ancien directeur dagence bancaire en témoigne : « La plupart des gens ne regardent jamais leurs relevés de compte ». Cest un tort.
Pour certains pourtant, les frais bancaires, cest très concret et cest du quotidien. Cest le cas pour ceux que les pouvoirs publics désignent souvent comme « financièrement fragiles » : ces Français dont les charges dépassent, souvent de loin, les revenus, qui vivent perpétuellement à découvert et subissent chaque mois des incidents de paiement qui leur coûtent très, très chers
Des banques accros aux frais dincident ?
Le reportage réalisé par le journaliste Mathieu Robert le rappelle en effet : les frais font partie intégrante du modèle économique des banques françaises. En soi, cela na rien danormal. Elles rendent en effet à leurs clients des services indispensables, qui méritent rétribution : elles protègent leur argent, leur fournissent les outils pour payer leurs factures et leurs achats, financent leurs projets, les assurent contre les coups durs, les aident à épargner pour leur retraite
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Ce modèle, toutefois, trouve ses limites dans la manière dont elles facturent les incidents de paiement. Témoignage à lappui, le reportage montre la violence et, souvent, labsurdité de la cascade des frais qui sabat sur les gens en difficultés financières. Il constate aussi que cette logique punitive - il faut taper fort au portefeuille pour dissuader les gens de trop dépenser - ne fait en fait quenfoncer les gens. Il pose enfin la question : la machine ne sest-elle pas emballée ? Les banques ne sont-elles pas devenues accros aux frais dincident ?
Bercy espère plus de transparence
Il faut dire que le business est juteux : 6,5 milliards deuros par an, selon lestimation déconomistes de lInstitut national de la consommation (INC). Une estimation, car le chiffre exact est introuvable : aucune banque naccepte de le communiquer. Y compris aux pouvoirs publics : dans un des moments forts du documentaire, le ministre de lEconomie lui-même, Bruno Le Maire, explique quil na aucune idée de ce que les frais dincidents rapportent aux banques, mais avoue aussi quil aimerait bien le savoir, et appelle même les banques à faire preuve de plus de transparence. A ce moment, on se pose la question : quest-ce qui empêche de le leur imposer ?
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Une proximité entre patronat bancaire et haute fonction publique
Cest dailleurs une autre question intéressante posée par Cash Investigation : pourquoi les pouvoirs publics ninterviennent-ils pas avec plus de détermination pour contrarier cette mécanique des frais dincidents ? Certes, il y a quelques initiatives dans le domaine. Bruno Le Maire lui-même a obtenu des banques, dans le contexte de la crise des Gilets jaunes, quelles plafonnent à 25 euros par mois les frais dincident facturés aux clients financièrement fragiles. Elles ne risquent toutefois pas encore grand-chose à se dérober à cette obligation. Le ministre de lEconomie a décidé de ne pas passer par la loi, mais de se contenter dengagements de la profession. Seule sanction prévue en cas de manquement : exposer publiquement le nom des banques qui ne jouent pas le jeu. À condition que le régulateur réussisse à les prendre la main dans le sac.
Si les pouvoirs publics ne tapent pas plus fort, cest aussi en raison de la puissance du lobbying des banques sur les responsables publics, dautant plus efficace quils sont en général issus du même milieu : les patrons des banques sont souvent danciens hauts fonctionnaires, et le redeviendront peut-être à lavenir.
Le vrai bilan des tarifs bancaires plafonnés par l'Etat
Le jeudi 4 février sur France 2, déjà disponible sur le site de France Télévisions
« Nos très chères banques », reportage réalisé par Mathieu Robert et produit par Premières lignes pour Cash Investigation, sera diffusé ce jeudi 4 février à 21 h 05 heures sur France 2. Disponible en ligne déjà sur le site de France Télévisions.
Outre le business des frais bancaires, le reportage aborde deux autres sujets : les pratiques des sociétés de recouvrement, chargées par les banques de récupérer les impayés de leurs clients, et les techniques quelles utilisent pour encourager leurs conseillers à multiplier les ventes.





















