Les habitants de Fréhel appellent aujourd'hui « le bunker » ce container hébergeant un distributeur posé sur la place de l'église, au bord de la départementale, par le convoyeur de fonds Loomis depuis quatre ans.
« C'est un coût financier évidemment, mais c'est un service rendu à la population », explique Michèle Moisan, maire sans étiquette qui achève son troisième mandat, et ne se représente pas aux prochaines élections des 15 et 22 mars. L'installation a en effet coûté 60 000 euros à la commune, qui paie aussi environ 1 000 euros par mois de coût de fonctionnement.
Un poids non négligeable pour la commune, qui dispose d'un budget de 4,2 millions d'euros en fonctionnement et de 3,2 millions d'euros en investissement. Mais la décision a été votée « à l'unanimité » par le conseil municipal, rappelle cette dynamique septuagénaire, cheveux gris coupés courts et épaisses lunettes noires. Car « d'un point de vue démographie, on a quand même une population qui est assez âgée, qui utilise le « cash » », ajoute Mme Moisan.
Sans ce distributeur automatique de billets (ou « DAB »), « ça fait quand même 15-20 kilomètres aller-retour pour aller chercher de l'argent » dans les communes voisines, souligne la maire. « Et puis, les commerçants ici disaient : quand ils vont y aller, ils vont prendre leur pain, ils vont en profiter pour faire d'autres courses ailleurs ». « Ça fait marcher le commerce local, proprement dit », assure-t-elle : la boulangerie et le bar-tabac au centre du bourg et, plus loin, dans une petite zone commerciale une supérette, le marchand de bière, la couturière, l'institut de beauté.
De plus, cette commune de 2 000 hectares entre campagne et front de mer compte 1 658 habitants à l'année mais dépasse les 10 000 l'été, avec notamment un camping de 900 places, très fréquenté par des touristes allemands, pour qui l'argent liquide reste important.
« Ça sert aux commerçants »
Le jour du marché hebdomadaire, sous un ciel plutôt clément, quatre camionnettes occupent la place de l'église : le poissonnier, la marchande de galettes et deux marchandes de fruits et légumes. « C'est pratique »: les habitants comme les commerçants qui s'y trouvent sont d'accord, avoir un distributeur à disposition leur facilite la vie.
Armelle, qui vient d'emménager à Fréhel est venue à pied depuis chez elle avec son cabas. Si ce distributeur n'existait pas, « il faudrait aller jusqu'à Erquy ou Matignon », des communes à plusieurs kilomètres de distance, fait-elle remarquer, après avoir retiré de l'argent de l'automate. La jeune retraitée qui utilise facilement la carte pour les paiements observe que « les maraichers préfèrent être payés en espèces ».
En réalité, les deux vendeurs de fruits et légumes du marché acceptent la carte bancaire. Mais « seulement au-delà de 5 euros », précise l'une d'entre elles, Audrey Beurel, qui a vu un vrai basculement pour les paiements par carte depuis le Covid.
Jean-Mikaël Cade qui tient la poissonnerie et ne prend pas les cartes de paiement, trouve le distributeur « bien utile ». « C'est un investissement pour la mairie mais ça sert aux commerçants », estime-t-il, tout en installant ses poissons dans la glace sur son étal.
Plus de 18 000 retraits sur les 13 derniers mois
Depuis 4 ans, le nombre de retraits est en croissance constante, souligne Mme Moisan qui compte sur les 13 derniers mois plus de 18 000 retraits, avec des montants moyens d'une centaine d'euros. Soit 1,9 million d'euros en un an. « C'est beaucoup », constate-t-elle.
Un couple de touristes de passage ne voulant pas donner de nom, s'étonne après avoir fait un retrait : « C'est le seul distributeur du coin ? » Cet étonnement fait sourire Mme la maire qui a vu également disparaître l'agence postale de la commune, remplacée par un « point poste » dans la supérette. « Les collectivités, on est le paillasson de la République », constate-t-elle résignée, après avoir rendu hommage au travail de ses collaborateurs et à la fonction publique territoriale.


















