Des clients qui se font vider leur compte bancaire, ça n’arrive pas qu’aux autres. Le phénomène explose selon les autorités. Et les banques ne remboursent pas toujours leurs clients alors qu'elles sont, en principe, tenues de le faire.

C’est un phénomène qui prend de l’ampleur. Selon Omar Merchi, adjoint au chef de l’Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l’information et de la communication, la fraude bancaire a flambé de 42% sur les 4 premiers mois de l’année comparée à la même période de 2020. Interrogé par 60 millions de consommateurs, il constate que les pratiques des escrocs se raffinent.

Dans le famille du hameçonnage bancaire (phishing), ils arrivent à imiter les messages de la banque afin de renvoyer les victimes vers un site frauduleux. « Les victimes ne se rendent pas compte qu’elles ont cédé leurs données personnelles en cliquant sur un lien malveillant et elles sont persuadées d’avoir utilisé leur service bancaire habituel », explique le commissaire de police.

Seconde astuce : s’introduire sur l’ordinateur de la victime via une pièce jointe adressée dans un mail. « L’escroc peut récupérer identifiants bancaires, mots de passe, logins lorsqu’ils ont été mémorisés. Puis il revend ces données à une plateforme du dark Web. D’autres escrocs vont les acheter et les exploiter. Plusieurs semaines peuvent s’écouler entre la captation et la fraude perpétrée », détaille cet expert.

Sandra a perdu toutes ses économies

Résultat, de plus en plus de particuliers se font siphonner leur compte bancaire. A l’image de Sandra qui a perdu toutes ses économies, près de 4 300 euros, après avoir été contactée par un individu disant être un membre du service de lutte contre la fraude de sa banque : « Il détient mon nom, mon numéro de portable, de compte et le nom de mon conseiller, je n’ai aucune raison de me méfier. Il m’annonce qu’on est en train de vider mon compte, il me demande de faire immédiatement des manipulations pour tout stopper », explique-t-elle à 60 millions de consommateurs. Après avoir découvert le pot aux roses, elle contacte son conseiller qui lui promet un remboursement avant de se raviser le lendemain. Accusée de négligence, Sandra se voit proposer un crédit pour se remettre à flot !

En principe, les banques sont tenues de rembourser leurs clients en cas de fraude. « En cas d’opération de paiement non autorisée signalée par l’utilisateur (…), le prestataire de services de paie­ment du payeur rembourse immédiatement au payeur le mon­tant de l’opération non autorisée (…) », indique le Code monétaire et financier à l’article L. 133-18. Sauf qu’il existe une exception à cette règle : si le client a fait preuve de négligence.

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Les banques accusées

Un paravent derrière lequel les banques s’abriterait trop souvent. A l’automne dernier, l’association UFC-Que Choisir estimait que 30% des victimes de fraudes n'étaient pas remboursées. Interrogée alors, la Fédération bancaire française (FBF) rejetait ces accusations en expliquant qu'une fois la fraude révélée par le client, « chaque banque s'organise ensuite pour apprécier la situation, selon les circonstances et le type de fraude, et assurer le traitement ».

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Une ligne de défense que la FBF maintient après l’enquête publiée cette semaine par 60 millions de consommateurs : « Les banques françaises remboursent plus de 85% des demandes adressées par les clients en cas d’opérations de paiement par carte contestées. Mais toutes les fraudes ne sont pas des fraudes bancaires. Ainsi, les remboursements ne sont pas automatiques car il convient de vérifier que la contestation n’a pas pour origine un litige commercial, que la fraude ne vient pas d’une négligence grave ou que la contestation n’est pas faite hors délais légaux par exemple », indique la FBF dans un courriel adressé à MoneyVox. « Ce qui fait tout de même 15% de fraudes à la carte à la charge des clients. Et surtout, aucun chiffre n’est donné sur les virements frauduleux non remboursés, qui semblent constituer un grand tabou », rétorque 60 millions de consommateurs.

En effet, alors que dans le cadre de la fraude à la carte bancaire, « les contrats bancaires des sites marchands prévoient que les sommes ayant servi aux achats frauduleux sont débitées du compte du vendeur par sa banque », en revanche, il est impossible pour les banques de récupérer les sommes détournées en cas de virement frauduleux, « le bénéficiaire étant souvent un particulier, en France ou à l’étranger », souligne l’article de 60 millions de consommateurs.

Si votre banque fait la sourde oreille en cas de fraude, n’hésitez pas à contacter la médiatrice de la FBF. Reste ensuite l’option judiciaire pour faire condamner l’établissement bancaire. La jurisprudence est très favorable aux consommateurs. Dans plusieurs arrêts, la Cour de cassation a confirmé que les clients ne sont pas responsables a priori du piratage de leur compte bancaire et que c’est à la banque de prouver que le client a été négligent. Et non l’inverse.

Fraude sur compte bancaire : dans quels cas êtes-vous responsable ?

Les précautions à prendre pour éviter une fraude

  • Ne jamais utiliser un lien contenu dans un SMS ou un courriel pour se connecter à un site et fournir des informations sensibles.
  • Ne divulguez jamais d’informations par téléphone : « plus c’est urgent, plus c’est suspect », prévient 60 millions.
  • « Gardez l’antivirus à jour, changez régulièrement de mot de passe et ne préenregistrez pas vos identifiants de connexion et d’achat », rappelle le magazine.

Enfin, « en cas de fraude, le premier réflexe doit être de faire opposition, via sa banque en ligne, son appli, en appelant le numéro de téléphone inscrit sur votre carte bancaire ou directement votre banque. Il convient ensuite de prendre contact avec son conseiller, qui déterminera les circonstances et orientera sur les formalités à suivre », détaille la FBF.