Le chiffre impressionne : selon lassociation de consommateurs UFC-Que Choisir, dans 30% des cas, la victime dune fraude sur son compte bancaire nest pas remboursée par sa banque ! Ce en dépit dune réglementation qui, sur le papier au moins, lui est plutôt favorable. Voici ce quen dit en effet le Code monétaire et financier, dans son article L. 133-18 : « En cas dopération de paiement non autorisée signalée par lutilisateur ( ), le prestataire de services de paiement du payeur rembourse immédiatement au payeur le montant de lopération non autorisée ( ) ».
Le hic, cest quil existe des exceptions à cette règle. Une en particulier : si lusager a fait preuve de négligence en ne protégeant pas suffisamment ses identifiants et codes bancaires. UFC-Que Choisir reproche ainsi aux banques dabuser de cet argument.
Lire sur le sujet : Fraude sur compte bancaire : dans quels cas êtes-vous responsable ?
Des litiges en hausse
Le sujet est dautant plus sensible que les demandes de remboursement à la suite dune escroquerie sont en forte hausse. Pas seulement depuis le confinement, qui a créé nombre de nouvelles opportunités pour les fraudeurs. Dans son rapport 2019, Marie-Christine Caffet, la Médiatrice auprès de la Fédération bancaire française (FBF) pointe une hausse - de lordre de 30% en un an - des litiges liés aux moyens de paiement. Majoritairement des « dossiers de fraudes et descroqueries réalisées à partir des instruments de banque en ligne et affectant les moyens et opérations de paiement », note celle qui est chargée darbitrer les conflits entre banques et clients. Au fondement de la saisine, le plus souvent : le refus de la banque dindemniser le client victime de la fraude.
Le rapport détaille ainsi, entre autres, 3 exemples de médiations liées aux moyens de paiement. Point commun : à chaque fois, la médiatrice est allée dans le sens de la banque, en estimant que la responsabilité des victimes était engagée. Autant de cas concrets, donc, sur lesquels il faut être vigilant.
Cas n°1 - Lescroquerie au SMS
Dans ce dossier, un homme a été abusé par un SMS frauduleux, soi-disant expédié par un site de vente entre particuliers, linvitant à fournir ses coordonnées de carte bancaire afin de recevoir le paiement dun bien quil avait effectivement mis en vente. Après sêtre exécuté, en cliquant sur un lien inclus dans le SMS, il a subi un débit frauduleux de près de 880 euros.
Pour la médiatrice, la banque est ici fondée à ne pas indemniser son client, qui a fait preuve de « négligence grave » et a « failli à lobligation de prendre toutes mesures raisonnables pour préserver la sécurité de son moyen de paiement. »
Notre conseil
Ne jamais utiliser un lien contenu dans un SMS ou un courriel pour se connecter à un site et fournir des informations sensibles. Un message de votre banque, du Bon Coin ou de tout autre service vous invite à vous connecter ? Rendez-vous directement sur le site en question, via un moteur de recherche ou un favori que vous avez pris soin dajouter, sans passer par le lien fourni.
Cas n°2 - Des transactions frauduleuses par montre connectée
Ici, un homme déclare avoir subi deux débits frauduleux, correspondant à deux paiements effectués en boîte de nuit avec une montre connectée, pour un montant de plus de 2 200 euros. Il admet sa présence dans la boîte de nuit à lheure des paiements, na déclaré ni perte, ni vol de sa montre, mais conteste être à lorigine des paiements.
Pour la médiatrice, ce client na pas pris « les mesures suffisantes à la bonne conservation de ses données personnelles », ce qui justifie le refus de sa banque de lindemniser. Ces opérations « ont vraisemblablement été effectuées par un proche ou un tiers qui aurait eu connaissance du code secret permettant le déverrouillage de la montre pendant quelques minutes », conclut-elle.
Notre conseil
Bien choisir ses mots de passe ou ses codes, et les garder secrets . Il faut impérativement veiller à utiliser un code ou mot de passe spécifique pour chaque service, et de ne pas utiliser une suite de caractères trop facile à deviner : une date de naissance par exemple. Ce code ou mot de passe doit rester secret, y compris de vos proches. Évidemment, il ne doit pas être noté sur papier.
Cas n°3 - Lescroquerie aux faux virements par courriel
Dans ce dossier, une femme reçoit un courriel, quelle pense venir de sa banque, linvitant à activer un nouveau service permettant de faciliter lajout de nouveaux bénéficiaires de virement. Elle sexécute, en renseignant les codes daccès à sa banque en ligne, quelle fournit en fait aux escrocs. Dans la foulée, ces derniers accèdent à lespace bancaire de leur victime, modifient ladresse mail de référence, puis ajoutent de nouveaux comptes bénéficiaires vers lesquels ils opèrent des virements de plusieurs milliers deuros.
La médiatrice a estimé que la responsabilité de la cliente était engagée, car le courriel reçu « contenait des indices (telles que des phrases incomplètes ou des fautes dorthographe) qui auraient pu lui permettre, si elle avait été plus attentive, de douter de sa provenance ». Elle a néanmoins demandé le remboursement dun des virements frauduleux, dans la mesure où « la répétition de virements de montants élevés aurait dû attirer lattention de la banque ».
Notre conseil
Être attentif à lapparence des messages reçus. Il nest pas rare que les faux courriels ou SMS soient truffés de fautes dorthographe, derreurs de syntaxe ou dincohérences. Prenez donc le temps de bien lire le message, à la recherche de ces indices. Regardez aussi de près ladresse mail utilisée pour vous envoyer le message, et vérifiez quelle nest pas fantaisiste. Attention toutefois, cette vigilance sur la forme est nécessaire, mais pas suffisante : certains messages frauduleux peuvent en effet être extrêmement réalistes.


















