Depuis le confinement, les Français, préservés de la crise du coronavirus, accumulaient de l’argent sur leurs comptes courants. D'après la Banque de France, cette tendance s'est essoufflée en août. Dans certains départements, les comptes bancaires se sont même vidés.

C’est l’un des grands paradoxes, explicable et expliqué, de la crise du coronavirus. D’un côté, le confinement a mis en difficultés des centaines de milliers de Français modestes, en contrats de travail précaires, comme l’attestent par exemple les données du Secours populaire. Durant les 8 semaines de confinement, près 1,3 million de personnes ont sollicité l'aide alimentaire de cette association, dont 45% pour la première fois. De l’autre côté, le confinement a permis aux Français mieux lotis d’économiser, comme l’attestent les chiffres de la Banque de France. Entre fin mars et fin mai 2020, les dépôts bancaires sur les comptes courants, les livrets et autres plans d’épargne ont en effet bondi de 160 milliards d’euros (+7%).

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Le confinement passé, les Français ont dans l’ensemble continué à mettre de l’argent de côté. En juillet, les dépôts bancaires ont en effet progressé de 36,4 milliards d’euros. Cette hausse est portée essentiellement par les Franciliens qui ont mis 13,9 milliards d’euros sur leurs comptes et livrets bancaires, dont 6,7 milliards venant des Parisiens. Toutefois en août, cette tendance s’est essoufflée d’après les chiffres dévoilés ce 23 octobre par la Banque de France. Entre fin juillet et fin août, les dépôts bancaires n’ont progressé que de 200 millions d’euros.

Les comptes courants se vident en Ile-de-France et dans le Rhône

Fait remarquable : cette collecte limitée résulte des habitants de Paris qui ont puisé massivement sur leurs comptes courants (-6,4 milliards par rapport à fin juillet) et leurs comptes à terme (-6,1 milliards d’euros). Ces sommes ont en partie été versées sur des livrets d’épargne, mais pour 800 millions d’euros seulement. Résultat, les dépôts totaux dans les établissements parisiens ont chuté de 11,7 milliards d’euros en août, à 512,1 milliards d’euros.

En Ile-de-France, les habitants de l’Essonne (-100 millions d’euros) et du Val-de-Marne (-300 millions d’euros) ont aussi puisé sur leurs divers comptes bancaires en août dernier. En métropole, les habitants du Rhône ont également plus prélevé d’argent qu’ils n'ont alimenté leurs comptes. Dans ce département, les comptes chèques se sont ainsi vidés de 500 millions d’euros en août, dont 200 millions se sont retrouvés sur des livrets d’épargne.

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Rééquilibrage, vacances ou difficultés financières ?

Dans les autres départements et régions de France, les dépôts bancaires ont continué à progresser en août, ce, principalement en Corse (+2% à 10 milliards d’euros d'encours à fin août), en Provence-Alpes-Côte-d’Azur (+1,1% à 165,1 milliards d’euros) et en Occitanie (+1% à 173,4 milliards d’euros).

Plusieurs hypothèses peuvent être faites pour interpréter cette collecte plus faible voire cette décollecte dans certains départements. Faut-il y voir un début de rééquilibrage ? Les déposants après avoir versé tout leur surplus de salaire sur leur compte courant commencent-ils à en virer sur des placements ? En tout cas, l’évolution de l'encours sur l’assurance vie, en baisse de 7 milliards d'euros depuis le début de l'année, ne va pas dans ce sens. Est-ce l’effet des dépenses de vacances estivales ou d'un rattrapage de la consommation empêchée durant le confinement ? Ou, à l'inverse, la crise commence-t-elle à se propager à des habitants plutôt préservés jusqu'alors ? Réponses dans les semaines à venir, à l'aune du couvre-feu.