Pouvez-vous présenter en quelques mots le Fonds de garantie des dépôts et de résolution ?
Thierry Dissaux : « Le FDGR a été créé en 1999 par la loi sur lépargne et la sécurité financière. Cest un organisme doté dune mission dintérêt général et qui gère trois mécanismes de garantie : la garantie des dépôts, la garantie des cautions et la garantie des investisseurs. La plus connue du grand public est la garantie des dépôts qui couvre lensemble des dépôts dun client, à hauteur de 100 000 euros par établissement de crédit. Tous les établissements de crédit agréés de la Place, toutes les banques, y adhèrent obligatoirement. Elles siègent à son conseil de surveillance, en présence également dun représentant de la direction du Trésor en tant que censeur. Nous sommes un organisme chargé dune mission dintérêt général, doté dune gouvernance bancaire, privée, et travaillant étroitement avec les pouvoirs publics, que ce soit le ministère des Finances ou lAutorité de contrôle prudentiel et de résolution [ACPR, superviseur chargé de contrôler lactivité des banques et des assurances en France, ndlr]. »
Quelles sont vos prérogatives ?
T.D. : « Le FGDR intervient de deux manières. De façon préventive, lACPR peut nous demander dintervenir auprès dun établissement en difficulté, en ouvrant une ligne de crédit, en rachetant un portefeuille, ou encore en recapitalisant létablissement, lidée étant de sauvegarder les intérêts de la clientèle et de mener le reste de létablissement à une liquidation ordonnée. Et, en cas de faillite avérée de létablissement, nous intervenons pour indemniser ses clients en moins de 7 jours ouvrables. »
Quels sont les dépôts bancaires garantis ?
« Le FGDR peut intervenir de manière préventive et en cas de faillite avérée d'une banque. »
T.D. : « Les dépôts sont divisés en deux catégories faisant lobjet de deux couvertures distinctes. Les livrets dépargne réglementée - à savoir le Livret A, le Livret de développement durable et solidaire (LDDS) et le Livret dépargne populaire (LEP) - bénéficient dune garantie de lEtat couvrant lensemble de ces dépôts. Sur ces livrets, nous ne sommes que lopérateur de lindemnisation, les fonds proviennent de lEtat. Sagissant des autres dépôts (compte courant, livret dépargne, Livret Jeune, PEL, CEL, la partie espèces dun PEA ), le FGDR les garantit à hauteur de 100 000 euros (1). Ces 100 000 euros valent par établissement et par déposant. Cela signifie que si vous avez des comptes dans une banque A qui fait défaut, vous êtes indemnisé dans la limite de 100 000 euros, et si la banque B où vous avez également des comptes fait elle aussi défaut, là encore, vos avoirs dans cet établissement sont couverts à hauteur de 100 000 euros. En cas de compte joint, les avoirs sont partagés entre les cotitulaires et ajoutés à leurs comptes personnels, chacun bénéficiant individuellement dune garantie jusquà 100 000 euros. »
Quid des dépôts dans les établissements de paiement comme Nickel ?
T.D. : « Les clients des établissements de paiement ne pensent pas toujours à s'interroger sur le statut et les modes de couverture de ces nouveaux acteurs. Ils ont l'impression d'utiliser des services de nature bancaire, mais derrière, ce ne sont pas nécessairement des établissements de crédit qui sont aux commandes. La garantie des dépôts couvre les seules faillites détablissements de crédit. Sans agrément d'établissement de crédit délivré par lACPR, les dépôts ne sont pas couverts. Il existe d'autres mécanismes de protection des établissements de paiement, comme par exemple le compte de cantonnement propre aux actifs de leur clientèle et ouvert auprès dune banque. »
Plus de détails : Néobanques : la garantie des dépôts ne couvre pas la faillite des comptes de paiement
Indemnisez-vous aussi les avoirs des professionnels ?
T.D. : « La garantie des dépôts couvre tous les clients des établissements. Cest-à-dire tous les particuliers, majeurs comme mineurs, et toutes les entreprises. Seules exceptions notables : les institutions financières et les autorités publiques. Une banque ou une entreprise dinvestissement, en effet, sont considérées comme professionnels de la finance, en capacité de gérer leur risque. »
En pratique, comment se passe le versement des fonds ?
« La seule chose que les déposants ont à faire est de sassurer quils disposent dun autre compte bancaire. »
T.D. : « Les textes mis en place ces dernières années dans le cadre de lUnion Bancaire ont renforcé la protection des déposants. Le délai dindemnisation est ainsi passé de 3 mois à 20 jours et maintenant à 7 jours ouvrables. Pour tenir ce délai, nous avons mis en place un processus de remontée et de traitement de linformation collectée auprès de chacun de nos établissements bancaires adhérents. Au plus tard dans les 7 jours suivant le défaut dune banque, nous ouvrons sur notre site web un espace sécurisé dindemnisation. Les clients sont invités à sy connecter, sauthentifier et saisir le numéro dun nouveau compte pour recevoir leur indemnisation. La seule chose que les déposants ont à faire est de sassurer quils disposent dun autre compte bancaire pour toucher leur indemnisation. »
Comment sont calculées les contributions des banques au Fonds de garantie des dépôts ?
T.D. : « Lindicateur essentiel est la masse de dépôts que le FGDR doit couvrir si un défaut survenait. Ce faisant, plus la masse de dépôts dune banque est importante, plus sa contribution est élevée. De plus, si un établissement bancaire apparait plus risqué quun autre lACPR le mesure avec une série dindicateurs dédiés sa prime de risque en est accrue. A linverse, une banque adoptant une gestion saine de ses facteurs de risques bénéficie dune décote. »
Les banques dénoncent-elles l'opacité du système, comme cela a été récemment le cas au niveau européen dans le cadre du Fonds de résolution unique ?
T.D. : « Nous levons les contributions. Nous ne les calculons pas. En cas de plaintes éventuelles, celles-ci sont adressées à lACPR. Les critères sont encadrés par lAutorité bancaire européenne et les calculs opérés par lACPR sur la base des données prudentielles des banques. Les contributions nont donc bien sûr rien darbitraire. »
A lhorizon 2024, le fonds de garantie devra couvrir 0,5% de lensemble des dépôts bancaires, soit 5,5 milliards deuros. Où en êtes-vous dans cette collecte ?
T.D. : « Au 31 décembre 2017, le FGDR dispose de 3,9 milliards deuros. Nous allons lever 400 millions supplémentaires dici quelques semaines pour lannée 2018. Par ailleurs, nous avons négocié début 2018, auprès dun groupe de banques, une ligne de crédit de 1,4 milliard deuros qui sajoute à nos ressources disponibles. En termes de capacité dintervention, nous atteignons donc dès à présent lobjectif cible de couverture des dépôts à lhorizon 2024. »
5,5 milliards deuros : nous sommes plus proches des dépôts clients des banques en ligne que dune banque traditionnelle
« Activer le fonds de garantie pour les déposants dun établissement de crédit systémique naurait pas de sens. »
T.D. : « Non, ce nest pas le cas. La masse de nos ressources est supérieure à lestimation des indemnisations qui pourraient être à réaliser, quil sagisse dune banque en ligne ou dune banque traditionnelle. Par ailleurs, en cas de risque de défaillance dun établissement de premier plan, le Mécanisme européen de résolution unique, via le Fonds de résolution unique qui sera doté de 55 milliards deuros dici 2023, soit 1% des dépôts des établissements de crédit agirait en premier lieu. Il nest pas question dactiver le Fonds de garantie pour les déposants dun établissement de crédit systémique. Cela naurait pas de sens. »
Régulièrement mis sur le devant de la scène, la mise en place dun fonds commun européen de garantie des dépôts achoppe pour le moment. Quelle est votre position ?
T.D. : « La question sous-jacente - est-il est souhaitable de mettre en place un système de solidarité entre les fonds de garantie des dépôts européens ? - est de nature politique. Nous navons donc pas vocation à nous prononcer sur cette question. En revanche, si un tel mécanisme devait entrer en vigueur, il y aurait différentes manières de le mettre en place. Et, là-dessus, nous pouvons offrir des recommandations. Nous menons dailleurs une réflexion conjointe avec les autres fonds de garantie des dépôts européens au travers de notre association, lEFDI [European Forum of Deposit Insurers, ndlr]. Nous sommes ainsi en train de finaliser un document danalyse du projet EDIS sous langle de la faisabilité technique. A titre dexemple, nous insisterons sur le fait que, si loption du transfert au niveau européen de toutes les ressources des fonds nationaux devait être retenue, alors chaque fonds national devrait aussi disposer dun droit daccès inconditionnel à ces liquidités, de manière à pouvoir mener à bien sa mission dindemnisation dans le délai de 7 jours ouvrables. »
(1) Le plafond dindemnisation est augmenté de 500 000 euros supplémentaires par événement en cas de circonstances exceptionnelles comme la vente dun bien immobilier, le versement dun héritage, dindemnités de licenciement...




















