Comment adapter un mastodonte comme BPCE, 20% du marché français de la banque de détail, à l’âge du digital ? Le 2e groupe bancaire français présentait ce matin son plan de transformation de la banque de proximité, centré sur le numérique. Un plan qui n’entraînera la disparition, à horizon 2020, que d’une agence sur 20 environ.

C’est le signe que le sujet est de la plus haute importance : les huit membres du comité de direction générale de BPCE étaient rassemblés ce matin au 7e étage du siège du groupe, à Bercy, pour présenter le plan. La banque de proximité, cela reste en effet 70% des revenus de BPCE, a rappelé en introduction François Pérol, son président aux rares apparitions publiques. De quoi justifier ce focus, en amont de la présentation, en novembre 2017, de « Stratégie pour un monde digital », le nouveau plan stratégique du groupe pour la période 2018-2020.

Economiser pour investir

Alors que la plupart de ses concurrents (la Société Générale, le Crédit Agricole, BNP Paribas, etc) ont ces derniers mois dévoilé leur jeu, il était en effet devenu urgent pour BPCE de communiquer sur sa stratégie d’adaptation à la nouvelle donne numérique. Comment ce mastodonte, 30 millions de clients, 7.500 agences et grosso modo 20% du marché de la banque de détail en France, allait-il aborder le tournant décisif de la « digitalisation » ? De manière assez classique, au final.

Premier temps : faire des économies. Jean-Yves Forel, en charge de la transformation et de l’excellence opérationnelle, a ainsi annoncé un plan d’économies de 750 millions d’euros, 1 milliard d’euros en comptant la filiale Natixis, à horizon 2020. Deuxième temps : investir, à hauteur de 790 millions, pour « digitaliser » le modèle, l’adapter aux nouvelles contraintes (de marché, réglementaires, etc.) et aux nouveaux usages des clients.

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Les recettes du Chief Digital Officer

Pour y parvenir, BPCE a recruté en octobre 2016 Yves Tyrode, son premier Chief Digital Officer, chargé de prendre en main le destin numérique de la banque. L’homme, passé par Orange puis par la SNCF - dont il dirigeait la boutique en ligne Voyages-sncf.com -, a dévoilé ses recettes : une taskforce digitale, forte de 1.000 collaborateurs, dont une quarantaine de Digital Champions, salariés-relai des thématiques digitales dans le groupe ; 4 nouvelles plateformes technologiques, destinées à rationnaliser l’architecture IT du groupe ; une bibliothèque d’API ; une « cocooning team », chargée d’écouter les clients sur les réseaux sociaux, etc.

Côté clients, le directeur général pour le digital a également annoncé une forte accélération du rythme des innovations, avec une dizaine de nouveautés tous les trimestres. Au programme de la « saison 1 » de cette nouvelle ère plus « agile », le « nouveau compte », un compte courant ouvert en quelques minutes via le web ou le mobile ; le crédit immobilier, le crédit conso et l’assurance en ligne, avec dépôts des pièces à distance et signature électronique, notamment ; le paiement mobile sur Android, après l’iPhone ; et l’enrichissement des outils de PFM (Personal Finance Management) dévoilés dans le cadre de l’application Banxo.

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Quel impact sur le réseau d’agences ?

On le voit : plutôt à la traîne sur les usages bancaires numériques, BPCE a décidé de rattraper son retard sur ses principaux concurrents à vitesse grand V. Dans ce contexte, que devient la relation bancaire traditionnelle, en agence ? Sans surprise, François Pérol a annoncé une poursuite des fermetures, à peu près au même rythme qu’actuellement : 400 agences supplémentaires, tous réseaux confondus, à l’horizon 2020. Soit peu ou prou 5% du réseau actuel (plus de 7.500 agences). Beaucoup moins, au final, que d’autres enseignes, comme la Société Générale ou BNP Paribas, dont les réseaux vont être réduits de 20%.

Un choix justifié par François Pérol. « Les agences représentent encore aujourd’hui 98% de nos ventes de produits », a explique le patron de BPCE. « Il n’est pas question de désarmer notre réseau, ce ne serait pas rationnel. Nous allons au contraire continuer à le moderniser ». Pas question non plus de faire place nette pour les concurrents, Crédit Agricole ou Crédit Mutuel, dans les communes rurales. Les fermetures de points de vente concerneront ainsi plutôt des rapprochements d’agences urbaines et périurbaines, tout en maintenant une promesse : que chaque client urbain ait accès à une agence en moins de 10 minutes, et en moins de 20 minutes pour les clients ruraux.

Ces fermetures entraîneront par ailleurs la destruction d'entre 3.000 et 4.000 emplois (sur 108.000 environ) au cours des 3 prochaines années. Sur les 11.000 salariés qui partiront en retraite sur la période, 1 sur 3 en effet ne sera pas remplacé. Il pourra y avoir également, à l'occasion de fusions d'enseignes régionales, des plans de départs volontaires, a expliqué François Pérol.

De nouvelles fusions dans les régions

La simplification des réseaux BPCE va en effet passer par de nouveaux rapprochements, à l’image des créations récentes de la Banque Populaire Auvergne Rhône-Alpes ou de la Caisse d’Epargne Hauts-de-France. Trois nouvelles fusions sont prévues à l’horizon 2020. Sans plus de précision dans l’immédiat, si ce n’est que l’objectif est de faire coïncider autant que possible les zones de chalandise avec les nouvelles régions administratives issues de la réforme de 2016. A terme, les Banques Populaires locales ne devraient plus être qu’au nombre de 12, et les Caisses d’Epargne de 14.

Mise à jour (22 février, 13h30) - Rectification du nombre des destructions d'emplois liées aux fermetures d'agences