La zone euro uniformise ses moyens de paiement. Dans le prolongement de l’introduction des billets et des pièces en euros, les virements et les prélèvements se feront obligatoirement, à compter du 1er février 2014, en norme SEPA (Espace unique de paiement en euros). Aujourd'hui, selon la FBF, seulement 1% des prélèvements se font sous ce format en France. Jean-Pierre Arens est le directeur général adjoint de Sentenial France, une société spécialisée dans la migration SEPA. Il appelle les entreprises à passer rapidement à la nouvelle norme européenne. Explications.

Jean-Pierre Arens, votre société est spécialisée dans la migration SEPA. Comment fonctionne-t-elle ?

« Sentenial est un groupe européen basé en Irlande mais qui travaille sur l’ensemble de l’espace européen dédié à SEPA. Nous proposons des services de paiement et de gestion de mandats SEPA pour les banques et les entreprises. Nous travaillons déjà avec des banques européennes comme ING, Commerzbank et Barclays. »

Dans moins d’un an, tous les prélèvements devront respecter la norme SEPA en France. Qu’est-ce qui différencie un prélèvement actuel d’un prélèvement SEPA ?

« Le prélèvement avant SEPA est un prélèvement national propre à chaque pays. Très concrètement, avant la mise en place de l’espace unique de paiement, un Français qui possède ses comptes bancaires en France ne peut être prélevé que par une entreprise qui a également des comptes en France. Avec SEPA, le consommateur européen pourra mettre en place un prélèvement dans l’ensemble de la zone euro et aux mêmes conditions qu’aujourd’hui. C’est une façon d’ouvrir l’économie pour les entreprises – qui ont un accès à une clientèle beaucoup plus large – et pour les consommateurs – qui ont accès à une économie beaucoup plus importante sur l’ensemble des pays européens. »

Le changement semble toucher principalement les entreprises…

« C’est exact. Aujourd’hui, lors de la mise en place d’un prélèvement, les particuliers signent une autorisation qui est ensuite gérée par leur banque. A partir du 1er février 2014, cette autorisation ne sera plus de la responsabilité de la banque mais de celle du fournisseur. Les entreprises auront donc à gérer une toute nouvelle base de données qu’elles ne possédaient pas avant. Et la règle est la même que l’entreprise soit EDF ou le petit fleuriste du coin de la rue ! Donc l’impact sur l’économie est énorme mais, malheureusement, il n’est pas bien connu dans les gros pays comme la France et l’Allemagne… »

Comment peut-on expliquer ce retard des gros pays européens ?

« Cela s’explique tout simplement par un manque d’information global. La mobilisation générale que l’on a vu dans d’autres pays n’a pas été la même dans les gros pays. Par exemple, en Irlande, la migration vers SEPA passe depuis trois mois tous les soirs sur toutes les chaînes de télévision avec des spots publicitaires financés par le gouvernement. Rien de similaire n’est mis en place aujourd’hui en France. »

Si les entreprises ne sont pas prêtes le 1er février prochain, qu’est-ce qu’elles risquent ?

« D’avoir de gros problèmes de trésorerie. En théorie, à partir du 1er février 2014, les banques ne pourront plus accepter des virements et des prélèvements traditionnels. Si le 2 février, une entreprise présente des milliers de prélèvements sous l’ancien format, elle ne sera pas payée.

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Il n’est pas trop tard pour migrer vers SEPA. Nous, Sentenial, comme nos concurrents, faisons de la communication auprès des entreprises en leur disant que nous avons une solution à leur apporter. Mais soyons clairs : si les entreprises nous demandent toutes une migration en trois mois, entre décembre 2013 et février 2014, nous ne pourrons pas répondre à une telle demande. Ni nous, ni nos concurrents. Le risque de saturation est très important et concerne surtout les moyennes et petites entreprises qui doivent réagir maintenant. »

Le particulier doit-il se préparer à l’arrivée de ces nouveaux prélèvements ?

« Il n’est pas impacté directement par la mise aux normes SEPA. En revanche, nous avons tous signé des autorisations de prélèvements tout au long de notre vie. Tous ces mandats que nous avons signé auparavant vont migrer vers SEPA et nos créanciers sont obligés de nous informer du fait qu’ils vont supprimer ce vieux mandat et qu’ils vont en mettre en place un nouveau. Donc pour chaque prélèvement autorisé, le particulier doit recevoir une information. S’il ne la reçoit pas, il a le droit de refuser le paiement.

Avec SEPA, le particulier aura également treize mois à compter de la date du prélèvement pour contester le paiement auprès de son créancier. Auparavant, le délai était d’un mois et la réclamation devait se faire auprès de la banque. »