Jean Philippe, le directeur général du Crédit Agricole Pyrénées Gascogne, est également depuis peu président de Fia-Net Europe. A ce titre, il a répondu à nos questions concernant Kwixo, le service de paiement développé par Fia-Net et commercialisé depuis le début du mois par Crédit Agricole SA.

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Jean Philippe, à quand remonte la genèse du projet Kwixo ?

Nous y pensons depuis quatre ans. A l’origine, il s’agissait d’un projet issu d’une caisse régionale. Son développement a ensuite été confié à Fia-Net, qui s'est emparé de la question il y a environ un an et demi.

Pourquoi le Crédit Agricole a-t-il décidé d’investir dans ce type de service, qui permet de payer via le mobile et internet ?

Le commerce sur Internet est en plein développement, c’est un fait. En rester à demander à nos clients de saisir leur numéro de carte à chaque achat, c'est trop compliqué. Nous avons donc décidé de créer une solution de paiement qui soit à la fois bancaire et européenne. L'association d'une grande banque, le Crédit Agricole, et de Fia-Net, spécialiste depuis 10 ans des paiements sur internet, donne pour moi une vraie dimension au projet.

Parlez-nous de Fia-Net Europe, dont vous avez récemment pris la présidence du conseil d'administration ?

Fia-Net Europe est une filiale de Crédit Agricole SA (CASA) et des caisses régionales du Crédit Agricole, qui bénéficie du statut d'établissement de paiement au niveau européen. Elle fournit divers services aux commerçants en ligne : un sceau de confiance, attribué aux sites jugés fiables grâce à un système de cotation par les clients ; un système de paiement à la réception des produits, qui rassure les acheteurs ; un système d’analyse des commandes, enfin, qui permet de repérer les fraudeurs parmi les clients. Fia-Net compte aujourd’hui environ 1.100 sites marchands parmi ses clients, c’est donc un vrai spécialiste de l'achat et de la vente en ligne.

Comment comptez-vous faire de l’ombre à PayPal, votre concurrent américain, qui propose sensiblement les mêmes services ?

PayPal est un service très utile, j’en suis moi-même client depuis très longtemps. Mais il s’adresse aujourd’hui à des internautes assidus. Nous visons un public plus large. En nous appuyant sur les e-commerçants déjà clients de Fia-Net et sur une campagne de communication très forte, nous avons l'ambition de capter les nouveaux usagers du paiement électronique. Plus nous y parviendrons, plus nous serons attractifs pour les grandes enseignes sur internet, qui ne voudront pas se priver de la clientèle enrôlée sur Kwixo.

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Allez-vous également jouer sur les prix ?

Oui, notre stratégie est clairement d'être moins cher que PayPal. Notre tarification à destination des e-commerçants est systématiquement inférieure à ce qu’il pratique aujourd’hui. Même chose pour les paiements entre particuliers, facturés à l’heure actuelle 0,49 euros, quel que soit le montant transféré. (NDLR : Paypal facture de son côté 0,25 euros par transaction, plus 3,4% de la somme transférée).

Croyez-vous vraiment que le grand public est prêt à payer pour verser de l’argent à des proches, lorsqu’il peut le faire gratuitement par virement ou par chèque ?

Il y a effectivement des réactions de gens qui trouvent le service cher, qui nous soupçonnent même de vouloir nous en mettre plein les poches... Je peux vous assurer que c'est faux. Le prix de 49 centimes n'est pas cher par rapport au coût réel de l'opération, et je vois mal des opérateurs réussir à faire beaucoup moins. Le paradoxe, c'est qu'on ne paye pas les chèques, alors qu’ils coûtent très chers également. Aujourd'hui, il est de toute façon difficile de dire quel sera le tarif standard dans six mois ou un an. Il y a encore trop d'inconnus : le nombre d'acteurs qui vont intervenir sur ce secteur, la confiance que les gens vont accorder à une solution française... Mais il faut des expériences grand public pour avancer sur la question.

Kwixo a-t-il vocation à sortir des frontières françaises ?

Oui, Kwixo a l’ambition de devenir un outil de paiement européen, en phase avec l’axe stratégique du groupe Crédit Agricole, qui veut devenir le leader de la banque universelle de proximité en Europe. Pour des questions réglementaires, Kwixo n’est aujourd’hui disponible qu’en France. Mais nous allons dans le futur l’adapter, pays après pays, en commençant sans doute par le Luxembourg et la Belgique. Nous espérons également convaincre d’autres établissements bancaires de nous rejoindre dans l’aventure Kwixo.