Le procès de Jérôme Kerviel s’est ouvert mardi dernier devant le tribunal correctionnel de Paris et se poursuivra jusqu’au 25 juin prochain. L’ancien trader est accusé d'avoir causé 4,9 milliards de pertes à son employeur de l'époque, la Société Générale, en début 2008. Retour sur les premiers jours d'audience.

Selon l'accusation, Jérôme Kerviel a pris des positions spéculatives exorbitantes sur les marchés financiers à l'insu de sa hiérarchie, en déjouant les contrôles à l'aide d'opérations fictives, mensonges et fausses déclarations. Agé de 33 ans, le jeune homme encourt cinq ans de prison, 375.000 euros d'amende et des dommages et intérêts à hauteur de la perte subie par la banque début 2008, soit 4,9 milliards d'euros, un record à l'époque. Face à lui pendant ce procès, sept parties civiles : la Société Générale, mais aussi des petits porteurs, salariés ou retraités actionnaires de la banque, qui réclament réparation.

Tout l’enjeu du procès est de déterminer si Jérôme Kerviel a agit à l’insu de sa hiérarchie ou si la Société Générale était au courant des positions risquées qu’il avait prises sur les marchés et fermait les yeux tant que cela rapportait de l’argent. Les lignes directrices de l’accusation et de la défense s’articulent autour de cette question. Jérôme Kerviel ne nie pas les faits, mais refuse de porter l’entière responsabilité de ce qu’il considère comme les dérives d’un système. De son côté, la Société Générale dit avoir été trompé par son trader, qui, selon elle, maquillait volontairement les risques qu’il prenait.

Cette première semaine de procès a été marquée par différents témoignages. L’ex- patron, ainsi que certains collègues de l’ancien trader, se sont exprimés à la barre, mais de nombreux témoins ne se sont pas présentés au tribunal.

« Vous m’avez menti ! »

Lors de l’audience de mercredi, l’ancien patron de Jérôme Kerviel, Jean-Pierre Mustier, qui a quitté la Société Générale en 2009, a témoigné très énervé, lançant à son ex-employé : « Vous m’avez menti, vous m’avez menti tout le temps ! ». Lui-même ancien trader, il s’est indigné des risques pris par Jérôme Kerviel, les qualifiant d’ « inhumains », « d’inconséquents » et même de « criminels ».

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« Ses actes, je ne les explique pas »

Jeudi, Salim Ménouchi, 31 ans, est le premier ex-collègue de Jérôme Kerviel à témoigner au procès. Toujours en poste à la Société Générale, celui-ci s’est dit « très surpris » à la découverte des agissements de son confrère. « Ses actes, je ne les explique pas, je suis déçu par son comportement », a –t-il déclaré au tribunal, déplorant que son ex-collègue ait « mis en danger » la banque, en prenant « des positions aberrantes » sur les marchés.

« La hiérarchie directe ne pouvait tout ignorer »

Ce vendredi, quatrième jour d’audience, Benoît Taillieu, ancien responsable du service où Jérôme Kerviel travaillait, l’a défendu en affirmant que « la hiérarchie directe de Jérôme Kerviel ne pouvait ignorer totalement les activités de Jérôme Kerviel. C’est une certitude, c’est une évidence ». Aujourd’hui retiré du monde de la finance et gérant d’une société d’architecture intérieure, Benoît Taillieu a assuré qu’il parlait « en toute liberté ». Son témoignage vient conforter la ligne de défense adoptée par l’accusé.

Reprise des débats lundi 14 juin à 9h30.