
Le 23 juillet, la Banque centrale européenne (BCE) a dévoilé 10 propositions de graphisme présélectionnées pour la prochaine série de billets en euros de 5 à 200 euros. Les Européens sont d'ailleurs invités à donner leur avis à travers une enquête en ligne ouverte jusqu'au 21 septembre. Le Studio Idaë est la seule équipe française retenue parmi les 10 lauréats du concours. Isabelle Daëron, sa fondatrice, revient sur la genèse de ce travail.
Votre proposition de graphisme pour les billets de 5, 10, 20, 50, 100 euros et 200 euros a été retenue parmi celles de 1 200 agences de toute l'Europe. Vous êtes la seule Française à faire partie des 10 dernières en lice. Qu'est-ce qui vous a amené à postuler à ce concours ?
Isabelle Daëron : J'ai une formation de designer et j'ai créé le Studio Idaë il y a 8 ans avec pour objectif de travailler sur des projets pour des collectivités, des institutions ou des marques en lien avec l'espace public, les questions environnementales et sociétales. L'eau est un sujet qui revient régulièrement à travers la valorisation de zones humides et le réemploi des eaux non potables, par exemple. Ce qui nous a amenés à répondre à ce concours de la BCE sur la thématique liée aux fleuves et oiseaux, plutôt qu'à celle relative aux personnalités représentant la culture européenne. Même s'il était possible de faire des propositions pour les deux thématiques, comme l'ont fait d'autres agences.
Quel délai avez-vous eu pour formuler ces propositions ?
I.D. : Le 30 novembre 2023, le Conseil des gouverneurs de la BCE a décidé de lancer un nouveau processus de conception de nouveaux billets avec deux thèmes possibles : « Culture européenne » et « Fleuves et oiseaux ». Nous avons marqué notre intérêt en août 2025. Nous avons été jugés sur notre parcours, notre formation et nos différentes expériences (publications, projets, expositions, réalisations) en France, en Europe et à l'international. Sur les 1 200 candidatures européennes déposées il y a un an, une trentaine d'agences ont été présélectionnées. Nous avons reçu le cahier des charges du projet en novembre 2025, ainsi qu'une indemnité.
| Recto | Verso | |
|---|---|---|
| 5 | Source de montagne Un passereau dans un paysage de montagne | Parlement européen |
| 10 | Chute d'eau Un martin-pêcheur près d'une cascade ou d'une piscine naturelle | Commission européenne |
| 20 | Vallée d'une rivière encaissée Une colonie de guêpiers d'Europe sur une falaise sablonneuse longeant une large vallée en forme de V | Banque centrale européenne |
| 50 | Méandres d'une rivière Une cigogne blanche volant au-dessus d'une rivière sinueuse dans une vallée en forme de U | Cour de justice de l'Union européenne |
| 100 | Embouchure Une avocette survolant la surface d'une vasière | Conseil européen et Conseil de l'Union européenne |
| 200 | Paysage marin Un fou de Bassan volant au-dessus de grandes vagues marines | Cour des comptes européenne |
Source : communiqué de la BCE.
Nous avons eu 6 mois, jusqu'en avril 2026, pour rendre nos propositions de graphisme pour les nouveaux billets, incluant les éléments de sécurité. Les filigranes non visibles sur le billet ont été conçus pour faire référence aux naïades, figures tutélaires des cours d'eau dans la mythologie grecque.
Qu'est-ce que cela a représenté comme charge de travail ?
I.D. : Je suis accompagnée de 4 designers. Concevoir de nouveaux billets constitue un travail faramineux pour faire évoluer le projet et aboutir à la proposition finale. C'est une expérience unique, même si cet exercice implique de nombreux défis : comment incarner les valeurs de l'Europe dans un graphisme ? Comment créer du sens avec une proposition esthétique apaisée ?

Une monnaie a besoin avant tout de stabilité : il faut qu'elle soit rassurante. Il fallait réussir à trouver une esthétique sobre dans laquelle on ait confiance. Puis mettre en récit le cahier des charges : l'importance de l'eau, de nos écosystèmes, des oiseaux et faire le lien avec les éléments de sécurité du billet pour que tous les éléments fassent sens. Par exemple, les espèces d'oiseaux soulignent l'interdépendance de nos environnements et de nos sociétés, notre responsabilité de préserver leurs habitats naturels, et placent l'eau au centre de nos priorités.

Quelle était votre part de liberté vis-à-vis du cahier des charges ?
I.D. : Une fois le cahier des charges intégré, nous avons été assez libres dans la manière de représenter les oiseaux, les institutions européennes, les interactions humaines, les silhouettes... Nous avions la possibilité de travailler avec l'IA, mais nous avons opté pour un travail plus artisanal.
Nous avons constaté que notre travail était plus rapide et plus efficace à la main ou avec nos outils habituels que de demander à une IA de générer des images qui, en fait, ne nous convenaient pas. Surtout concernant le dessin des éléments de sécurité, qui nécessitent une certaine complexité et du détail. Et à partir d'une trame au feutre, nous avons obtenu un résultat singulier et unique.
La consultation publique en ligne sur le choix des 10 meilleures propositions se termine le 21 septembre et la BCE devrait rendre sa décision d'ici la fin de l'année. Si votre proposition est retenue pour le choix des futurs billets, quand seront-ils en circulation ?
I.D. : Après la décision de la BCE, il y aura encore un travail de post-production afin de préparer la gravure des nouveaux billets avec une mise en circulation espérée pour 2030. Dans tous les cas, c'est extraordinaire de faire partie des 10 projets lauréats et d'être la seule équipe française en lice. Je travaille depuis 15 ans sur les sujets liés à l'eau et aux éléments naturels. Ce projet sur la thématique des fleuves et des oiseaux est vraiment cohérent avec les valeurs que nous défendons.















